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La «C Series» des bévues

L’entente entre Bombardier, Airbus et le gouvernement du Québec a été annoncée le 20 octobre dernier, à Mirabel, en présence du premier ministre Philippe Couillard et des principales têtes dirigeantes des deux multinationales.
Photo d’archives, Joël Lemay L’entente entre Bombardier, Airbus et le gouvernement du Québec a été annoncée le 20 octobre dernier, à Mirabel, en présence du premier ministre Philippe Couillard et des principales têtes dirigeantes des deux multinationales.

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Non, mais quel dossier mal négocié que celui de la participation du gouvernement Couillard dans la C Series !

J’en ai appris une « bonne » à propos de la C Series.

Imaginez-vous que le gouvernement Couillard avait négocié dans son entente avec Bombardier une clause qui lui garantissait un « prix plancher » de 1 milliard $ US (1,3 G$ CA) dans le cadre d’un éventuel rachat par Bombardier de la participation de Québec dans la Société en commandite Avions C Series (SCACS). Initialement, Québec détenait 49,5 % des parts de la SCACS et Bombardier, 50,5 %.

Cette clause majeure permettait ainsi au gouvernement du Québec de récupérer au minimum le montant de son investissement initial lors du rachat de sa participation dans la SCACS. Et l’entente prévoyait que si la valeur marchande de cette participation gouvernementale était supérieure, c’est ce montant que Québec aurait obtenu.

Eh bien ! Nos champions négociateurs du gouvernement Couillard (avec à sa tête la ministre de l’Économie, Dominique Anglade) ont accepté de renoncer à cette garantie du « prix plancher » lors de la prise de contrôle de la SCACS par le géant de l’aéronautique européen, Airbus. Aujourd’hui, Airbus détient 50,01 % des parts de la SCACS, Bombardier, 34 %, et Québec, 16 %.

En vertu du nouveau « deal » conclu avec Airbus, il a été convenu que la part de Québec est seulement rachetable « à sa juste valeur de marché » à partir de 2023. Le gouvernement du Québec n’a donc plus l’assurance de récupérer son investissement de 1 milliard $ US.

PRUDENCE D’AIRBUS

Ne soyons pas dupes. Si Airbus, qui n’a pas investi une cenne pour acquérir le contrôle de la SCACS, a exigé la radiation de la clause du « prix plancher » de rachat de la part du Québec à 1 milliard $ US, c’est parce que le géant européen n’est absolument pas convaincu que la C Series va connaître le succès commercial d’ici 2023, tout en étant rentable.

Tant mieux si Airbus se trompe ! Car si le carnet de commandes de l’avion C Series, rebaptisé A220-300 par Airbus, enregistre une forte croissance au fil des prochaines années, la « juste valeur de marché » de la part de 16 % de Québec dans la SCACS devrait se rapprocher du milliard $ US que nous avons investi, sinon le dépasser possiblement.

Mais soyons réalistes. Pour que cela se produise, il faudra que la SCACS atteigne une valeur marchande de 6,25 milliards $ US, soit trois fois sa valeur de juin 2016, moment où Québec a versé sa mise de 1 milliard $ US.

AUTRES FAUX PAS

Le gouvernement Couillard a également fait preuve de faiblesse lorsqu’il a accepté de se faire couper de moitié le nombre de bons de souscription que Bombardier lui avait initialement octroyés lors de l’annonce en octobre 2015 de son investissement de 1 milliard $ US.

Québec devait obtenir 200 millions de bons de souscription lui permettant d’acquérir des actions de Bombardier à 2,21 $ pièce. Lors de l’annonce du versement de l’argent, en juin 2016, on a découvert que Québec avait obtenu seulement 100 millions de bons au lieu de 200 millions.

Cette coupe de 100 millions de bons de souscription représente aujourd’hui un manque à gagner d’au moins 250 millions de dollars pour Québec.

C’est d’autant choquant de voir Québec renoncer à ce bloc de 100 millions de bons de souscription après avoir investi 1 milliard $ US, que Airbus, sans injecter une cenne, a obtenu 100 millions de bons de souscription de Bombardier, en plus de mettre le grappin sur 50,01 % de la SCACS.

Cela dit, la majorité des observateurs étaient en faveur d’une aide gouvernementale pour assurer la survie de la C Series. Mais au lieu d’acquérir une participation dans la SCACS, il aurait été préférable d’obtenir un bloc d’actions de Bombardier.

Si tel avait été le cas, le placement de Québec vaudrait aujourd’hui trois fois plus !