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Frapper le mur

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Quand des politiciens parlent d’ériger des murs entre les nations, on s’insurge, avec raison. On préfère le métissage, le vivre ensemble. Mais quand des militants disent : « Seuls les Noirs peuvent parler des Noirs, seuls les autochtones peuvent parler des autochtones », est-ce qu’ils ne sont pas justement en train de bâtir des murs entre les gens ?

Ce qui nous unit

Avez-vous écouté à Radio-Canada l’entrevue de Stéphan Bureau avec Ariane Mnouchkine, du Théâtre du Soleil ? Cette grande dame du théâtre, qui devait présenter à Paris le spectacle de Robert Lepage, a dit au sujet des militants qui exigeaient que des acteurs autochtones jouent dans Kanata : « Ils font fi de ce qui est universel en art, de ce qui nous unit au lieu de nous diviser. Avec les réseaux sociaux, les murs sont en train de s’élever à une allure stratosphérique ! »

Ça m’a fait penser à Michel Tremblay.

Il a écrit Les belles-sœurs en 1965 et cette pièce a été jouée à travers le monde, dans une multitude de langues. Des situations vécues par des femmes des quartiers pauvres du Québec ont touché depuis 50 ans des spectateurs de Madrid à Édimbourg.

Pourquoi des spectateurs en Italie et en Belgique s’intéresseraient-ils au sort de Germaine Lauzon, femme au foyer née pour un petit pain ?

Parce que Germaine n’est pas juste une femme blanche québécoise des années 1960. Elle est profondément humaine. Sa douleur, sa colère, son « Misère, môman, kesséça ? » peuvent être compris en flamand ou en japonais.

C’est selon moi la plus grosse erreur commise par les opposants à SLĀV et à Kanata : ils n’ont pas compris que quand une histoire nous touche, c’est parce qu’elle est universelle. Ce n’est pas « une histoire d’esclaves noirs » ou « une histoire d’autochtones victimes de la colonisation ». Et parce que ces histoires sont universelles, tout le monde a le droit de les raconter.

Si on statue que seul le groupe X peut raconter des histoires du groupe X, on érige des murs entre le groupe X et le reste du monde.

Et si on avait appliqué cette pensée au théâtre de Tremblay­­­, il ne serait pas un des auteurs francophones le plus traduit à travers le monde. Seuls des « pure laine » pourraient jouer Germaine Lauzon. Pensez-vous sérieusement que la culture québécoise aurait été gagnante de rester cloisonnée ainsi entre nos quatre murs ?

Acheter la paix

En septembre, chez Duceppe, on va présenter Oslo, de l’auteur américain J. T. Rogers. Cette pièce raconte les négociations secrètes entre Israël et l’OLP, guidées par des diplomates norvégiens, qui ont mené aux accords d’Oslo en 1993.

Emmanuel Bilodeau et Isabelle Blais vont jouer des Norvégiens. Jean-François Casabonne va jouer Shimon Peres. Manuel Tadros, qui est égyptien, va jouer un Palestinien. Reda Guerinik, Algérien né au Maroc, sera un Palestinien et Ariel Ifergan, qui est né à Montréal dans une famille sépharade mixte, interprétera un Israélien.

J’aimerais bien que les militants qui ont contesté SLĀV et Kanata aillent voir Oslo. Ils comprendraient quelle est la nature du théâtre (se glisser dans la peau de l’Autre).

Quelle meilleure façon de dénoncer les « murs » culturels qu’une pièce sur des accords de paix entre Israéliens et Palestiniens ?