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Dettes morales et tension maximum

Louise Penny
Photo Pierre-Paul Poulin Louise Penny

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Après avoir fait son entrée dans Le Petit Larousse illustré sous la plume de Daniel Pennac, posant juste en face du rocher Percé, l’écrivaine québécoise Louise Penny propose Maisons de verre, la 13e enquête d’Armand Gamache. Cette fois, on se retrouve à Three Pines, au lendemain de l’Halloween, et une silhouette masquée et drapée de noir apparaît dans le parc.

L’inconnu a l’air d’espionner quelqu’un, et il ne faut pas attendre longtemps avant que tout le village ressente un malaise.

Armand Gamache, fraîchement nommé directeur de la Sûreté du Québec, aimerait le voir disparaître. Mais il n’a aucun motif pour l’arrêter.

Quelques jours plus tard, la créature a disparu. Mais un cadavre est retrouvé dans l’église Saint-Thomas.

Il semble qu’une dette morale ait été payée... et qu’elle ne soit pas étrangère à la crise des opioïdes, qui a des rebondissements partout, même à Three Pines et aux Îles-de-la-Madeleine.

Gamache, l’inspecteur Beauvoir et Isabelle Lacoste, chef des homicides, ouvrent l’enquête. Entre un procès retentissant et difficile et l’assassin qui n’est pas le seul à devoir rendre des comptes, le suspense est maintenu à son maximum.

Structure complexe

Louise Penny, extrêmement habile et méticuleuse dans sa manière de mener le suspense, a exploré pour la première fois un procédé par ellipses dans ce roman qui s’est hissé à la première position du palmarès du New York Times, dans sa version originale anglaise.

L’action se fond entre passé et présent, alternant avec ce qui se passe à Three Pines et le procès.

Cette 13e enquête de Gamache est celle qui a été la plus difficile à écrire, affirme-t-elle, justement en raison de sa structure complexe, des aller-retour dans le temps, de même qu’à cause de certains thèmes qui sont explorés.

« Il m’a fallu y penser beaucoup et travailler longtemps », dit-elle, en entrevue de sa maison de Knowlton, dans les Cantons-de-l’Est.

La conscience

« Je voulais cette fois parler de la conscience, et la place qu’elle a dans nos vies. La sagesse veut que la conscience soit une bonne chose – et elle l’est, parce qu’on ne souhaite pas côtoyer quelqu’un qui a mauvaise conscience, ou pas de conscience du tout. Mais la conscience peut nous mener au mauvais endroit. Et c’est ce qui m’intéressait : parler de ceux qui, en apparence, ont bonne conscience... et font des choses terribles, sans même s’en rendre compte. »

« Combien de choses horribles ont été faites dans le monde, suivies de la phrase classique : “Je ne faisais que suivre ma conscience” ? Combien d’homosexuels ont été pendus, combien de cliniques d’avortement ont été bombardées, tout [cela] au nom de la conscience ? » questionne-t-elle.

« Gamache a du mal à savoir quoi faire et a lui aussi des démêlés avec sa propre conscience dans cette histoire. La réponse n’est pas claire. Et des personnes en qui il a confiance l’ont supplié de ne pas faire ce que lui-même considère comme juste, comme la chose à faire. »

Personnage intimidant

Louise Penny a également amené, dans cette histoire, l’étonnant personnage de la culture espagnole appelé « cobrador del frac », chargé d’intimider et de faire honte aux gens qui ont des dettes morales à payer.

« Celui que j’ai créé est quelque peu différent de ceux qui existent, je crois, à Barcelone. J’y ai ajouté des éléments de fiction. Mais c’est une personne qui est chargée non seulement du recouvrement des dettes, mais aussi de faire honte aux gens qui en ont. Le pouvoir de la honte. C’est terrifiant d’avoir quelqu’un qui vous fixe sans arrêt. Mais ce n’est pas illégal. »

  • Louise Penny a obtenu de très prestigieux prix littéraires et fait connaître le Québec partout dans le monde avec sa série Armand Gamache enquête, publiée dans 26 langues.
  • Elle est décorée de l’Ordre national du Québec et de l’Ordre du Canada.

EXTRAIT

Maisons de verre, Louise Penny, Éditions  Flammarion Québec,  464 pages
Photo courtoisie
Maisons de verre, Louise Penny, Éditions Flammarion Québec, 464 pages

« Maureen Corriveau venait juste de faire son entrée dans la magistrature. C’était, savait pertinemment Gamache, la première affaire de meurtre qu’elle traitait. Il avait de la compassion pour elle. Elle ne pouvait pas se douter du sale tour que le hasard lui avait joué. Qu’elle allait se retrouver avec un tas de désagréments sur les bras.

C’était une femme d’âge mûr qui ne craignait pas de laisser voir ses cheveux gris. Peut-être pour afficher son autorité ou sa maturité. Désormais, elle n’avait besoin d’impressionner personne. »

– Louise Penny, Maisons de verre, Éditions Flammarion Québec