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L’incroyable épopée d’un vaccin

Javier Moro
Photo courtoisie,Angela Lopez-Soto

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L’écrivain et scénariste espagnol Javier Moro a fouillé les archives d’Espagne et de plusieurs pays d’Amérique du Nord et du Sud pour raconter l’expédition extraordinaire organisée dans les années 1800 pour mettre au point le vaccin contre la variole dans son nouveau roman historique, L’expédition de l’espoir.

Javier Moro présente dans ce roman l’une des plus grandes réalisations de l’histoire : la mise au point et le transport du vaccin contre la variole de l’Europe à l’Amérique, en 1803, grâce à une vingtaine d’orphelins mis à bord d’un navire.

Les courageux jeunes, placés sous la surveillance de la soignante Isabel Zendal, qui provenait de la Galice profonde, du médecin Francisco Xavier Balmis et de son assistant Josep Salvany, ont en quelque sorte servi de « transporteurs » vivants pour le vaccin qui allait ultimement sauver la vie de millions de personnes.

La mission n’a pas été simple : ils ont fait face à des tempêtes et des naufrages tandis que les responsables de l’expédition faisaient aussi face à la résistance du clergé et à la corruption des élus.

Une histoire inconnue

« Même pour les Espagnols, cette histoire est un peu une surprise, dit-il en entrevue, dans un français impeccable. L’histoire de l’expédition du vaccin est très inconnue en Espagne. Je suis tombé dessus par hasard, en faisant la promotion de mon autre livre, qui était sur le Brésil, où j’avais eu un grand prix littéraire en Espagne. On m’a fait un interview au Jardin botanique de Madrid et la directrice m’a révélé qu’ils avaient des archives sensationnelles et que pratiquement aucun écrivain n’y allait pour faire des recherches.

« Elle m’a dit : nous avons tout le matériel de toutes les expéditions scientifiques et géographiques de l’Espagne depuis le début des temps. J’ai parlé avec elle, j’y suis allé, et en parlant de plusieurs expéditions, celle-ci m’a tout de suite interpellé. C’était tellement original, tellement loufoque, tellement espagnol, cette expédition, lorsque l’empire était sur le point de tomber. »

Une réussite

Javier Moro explique que cette grande traversée à vocation médicale n’était pas purement philanthropique : c’était aussi un geste politique.

« Il fallait calmer les propriétaires terriens espagnols d’Amérique, dont la main-d’œuvre crevait comme des mouches sous l’effet de la variole. Mais finalement, si les Anglais ont inventé le vaccin, les Espagnols ont mis en place la vaccination et l’ont appliquée à une échelle massive, dans le but d’en finir avec la variole. »

L’expédition a été un énorme succès. « Les chiffres disent qu’après le passage de l’expédition, la variole a commencé à décliner en Amérique. Les médecins qui ont participé comprenaient très bien la technologie de l’époque et savaient très bien vacciner.

C’est pour ça qu’ils ont emporté des enfants pour que le vaccin arrive dans le meilleur état possible là-bas. Ils créaient dans chaque ville un comité de vaccin qui était finalement l’embryon de la santé publique de tous ces pays. »

C’était une maladie terrible, qui frappait sans discrimination. « Il y avait une urgence de faire quelque chose contre la variole et cette expédition, avec 22 enfants espagnols, témoignait d’une volonté farouche de sauver le monde. »

<b><i>L’expédition de l’espoir</i></b><br>
Javier Moro, Éditions Robert Laffont, 442 pages
Photo courtoisie, Editions Robert Laffont
L’expédition de l’espoir
Javier Moro, Éditions Robert Laffont, 442 pages
  • Javier Moro est écrivain et scénariste. Il habite à Madrid.
  • Il a écrit Une passion indienne, Le sari rose et L’Empereur aux mille conquêtes, tous best-sellers.
  • Il a vécu plusieurs années aux États-Unis, où il a collaboré avec le réalisateur Ridley Scott.
  • Il aimerait beaucoup rencontrer ses lecteurs québécois : son grand-père était consul de France au Canada, à Halifax, après la guerre.