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Le pays d'abord, le Oui ensuite...

Le pays d'abord, le Oui ensuite...

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Il y a quelque chose de divertissant chez Québec solidaire. Cette façon originale de faire des bulles. Cette capacité unique de jongler avec les utopies. Et ce talent naturel pour la jovialité. 

On écarquille les yeux devant son dernier slogan : Québec libre!  Oui, monsieur! Québec libre, on dit ça en 2018! 

Ah ouin? Sérieux? On imagine que c’est sérieux, qu’on ne se moque pas des amnésiques et des simples d’esprit.

On suppute que le conseil central, Ô source intarissable de clairvoyance, Ô sommet de brillance, il a dû approuver ces deux mots. Oblitération officielle : Québec libre! Comme en 1970 et bien avant la Commission de toponymie...

Les commissaires du peuple à l’affichage n’ont peur de rien, vraiment, pas même du ridicule. Québec libre? Me semble, oui, qu'elle approche la libération... Avec bretelles, ceinture et bobettes de latex...

De quoi ragaillardir Claudette Carbonneau, la grande prêtresse du Oui. On se dit, devant les posters orangina, que le brouillard se lève et que le pays viendra, le Survenant que les Didace n’espéraient plus...

Et c’est à Québec, siège de l’État et arrière-train du mammouth, que QS a choisi de lancer son nouveau spectacle pré-électoral. Zanetti et Dorion, c'est Ti-Gus et Ti-Mousse en safari chez les pauvres.

On ne doute pas de la joie des apparatchiks de la Capitale et des Appalaches et de l’émoustillement des poupées russes communautaires, genre t’sé veux dire, un pays à bâbord toute...

Pourtant, quand on connaît le programme de QS, les mots perdent leur sens plus vite que l’envie de rire s’estompe. «Québec libre»... Hein?

Libre d’y croire, mettons. Comme à la surveillance aérienne des autoroutes ou à l’immaculée conception. C'est vrai qu'on n'a pas tout essayé: alors pourquoi pas le pays par grossesse nerveuse...

Le pays d'abord, le Oui ensuite...
Photo Agence QMI,, Joël Lemay

Parce qu’avec QS, le pays naîtra au pied de l’arc-en-ciel... Encore faudra-t-il un gouvernement solidaire, ce qui n’est pas demain la veille. Mais donnons au rêve quelques instants de réalité : une fois élus, les solidaires voudront créer, après d’autres élections, une Assemblée constituante qui sera le prélude à l’indépendance.

Que çé ça une constituante? C’est dans les mots choisis de la gauche rutilante, une alliance démocratique, sociale et nationale pour regrouper l’ensemble des forces syndicales, populaires, féministes, étudiantes, écologistes et les partis souverainistes autour de la reconnaissance de la souveraineté populaire qui se concrétisera par l’élection d’une Assemblée constituante.

Récapitulons : QS se fait élire et organise l'élection des membres (paritaires) de la constituante laquelle devra ensuite consulter les Québécois avant d’élaborer la constitution d’un Québec indépendant, la dite constitution devant être soumise à son tour au scrutin populaire...

En résumé, avec QS, c’est le pays d’abord, le Oui ensuite. Original, non? Y a que la gauche locale pour nous pondre un œuf pareil! Un Fabergé tout doré! Ce ne sera pas une constitution, ce sera une convention collective, une liste de droits divins et de droits acquis. Il y aura de tout pour tous. Ce sera la recette du bonheur pour tous, en autant que tous soient égaux...

Le pays d'abord, le Oui ensuite...
PHOTO COURTOISIE

Ottawa dans tout ça? On comprend, ou doit-on comprendre?, qu’Ottawa sera le dindon de la farce. Bouche bée et baisés seront-ils, les fédéraux. Aussi simple que ça! Ça aussi, c’est nouveau, la passivité d’Ottawa dans l’équation du souverainisme nouveau genre...

C'est qu'avec le scoutisme référendaire, on sort de l’impasse comme on dit Hasta la vista, Baby! : «L’élection d’une Assemblée constituante est donc un acte démocratique par excellence, un acte à la fois de rupture avec le statu quo du régime fédéral canadien et un acte réellement fondateur. En ce sens, c’est une suspension des mécanismes de la réforme constitutionnelle prévue par l’Acte de l’Amérique du Nord britannique».

Le consensus des provinces, finalement, on s’en tape ! C'est plus simple comme ça, et plus facile à vendre aux imbéciles.

Évidemment, tout ça est bien beau mais il ne faut pas être pressé. Ils sont nombreux ceux qui, avant de voir surgir un pays de la confédération des soviets locaux, seront liés par bail emphytéotique au colombarium du coin...

Le PQ propose 2022. Ça aussi, c’est comique. 2022, c’est après-demain. Mais QS est tordant avec son Québec libre. On parle de quoi au juste? 2046, 2054? Mettons qu’on a le temps de la voir venir et de la voir mourir, la constituante... En attendant, faut pas nous prendre pour des demeurés... Avec la recette de QS, le Québec sera une perpétuelle assemblée syndicale...

Tout le monde sera évidemment au micro de gauche... Ça, même les demeurés l'auront vite compris...