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Vente avortée de «La tour Eiffel» de Chagall: le Musée des beaux-arts du Canada avait mal préparé son dossier

Tour Eiffel Marc Chagall
Photo courtoisie, Musée des beaux-arts du Canada

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Le Musée des beaux-arts du Canada avait sous-évalué la réaction du public et mal préparé son argumentaire dans les mois précédant l’annonce de son intention de vendre un tableau de Marc Chagall pour financer l’achat d’une importante œuvre, propriété de la paroisse Notre-Dame de Québec.

C’est ce que suggèrent deux documents obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information par l’Agence QMI.

Au mois d’avril dernier, le directeur du musée d’Ottawa, Marc Mayer, confirmait que son institution comptait vendre chez Christie’s, à New York, La tour Eiffel de Chagall afin d’acheter de la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Québec un tableau du peintre néo-classique Jacques-Louis David, Saint Jérôme entendant les trompettes du Jugement dernier.

Les semaines qui ont suivi ont été passablement houleuses pour M. Mayer. Des journalistes se sont intéressés au sujet, alors que des experts en arts visuels et des citoyens attaquaient l’initiative sans retenue.

L’ampleur de la controverse a éventuellement forcé le Musée à retirer La tour Eiffel de la vente de Christie’s.

Le dossier avait pourtant été préparé de longue date, mais apparemment pas de la meilleure façon. Le procès-verbal de la réunion du 4 décembre 2017 du Comité d’acquisitions du conseil d’administration du Musée en donne une idée. Au cours de cette réunion, le projet d’acheter le David en vendant le Chagall a été présenté par Paul Lang, le conservateur en chef de l’époque.

«Les discussions ont porté [...] sur la capacité de l’institution à faire face à la réaction négative du public, peut-on lire dans le procès-verbal – obtenu dans sa version en anglais. Marc Mayer et Paul Lang expliquent qu’il ne s’agit pas d’un rejet des œuvres de Chagall, mais plutôt d’une occasion d’améliorer la collection nationale en acquérant Saint Jérôme

Un autre document montre aussi le peu de clairvoyance, cette fois du ministère du Patrimoine canadien.

«Comme la politique de disposition du Musée respecte les normes professionnelles, on s’attend à ce que les critiques soient limitées, peut-on lire dans une “fiche descriptive” préparée à l’intention de la ministre de l’époque, Mélanie Joly. Si la disposition attire l’attention des médias, le Musée s’y préparera, le cas échéant.»

Il est précisé dans la note qu’étant donné que les recettes serviraient à des acquisitions futures de la collection, «le Musée s’attend à ce que cela neutralise toutes les préoccupations et les critiques».

Selon l’expert en gestion de crise Frédéric Verreault, de la firme TACT Intelligence-conseil, la réaction a été manifestement sous-estimée, alors qu’on tentait aussi de soutenir une position difficile à défendre.

Il a comparé cette affaire au départ de P.K. Subban de Montréal il y a deux ans.

«Est-ce que Marc Bergevin s’est suffisamment soucié du ressac chez les partisans et chez la population lorsqu’il a laissé partir P.K. Subban? Deux ans plus tard, manifestement, [on peut constater que] l’organisation du Canadien a sous-estimé l’impact de la portée d’un tel échange. C’est un peu la même [chose]; il y a là une décision qui finit par [ne jamais être] défendue adéquatement auprès de la population.»