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Pas assez bon pour Stevenson

Adonis Stevenson.
Photo d’archives Adonis Stevenson.

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Mon Dieu que la tentation est forte ! Ça serait tellement facile d’être méchant avec Adonis Stevenson.

Tellement facile d’insister. Ah ! Comme ça, Eleider Alvarez n’était pas assez bon pour obtenir une chance pour le titre WBC ! Oh ! C’est vrai, Showtime n’était pas intéressé par un combat impliquant Alvarez !

Ah bon !

J’ai des petites nouvelles pour Al Haymon, Adonis Stevenson et Showtime. Qu’ils aillent demander à Peter Nelson, le grand boss de HBO, s’il est content d’avoir Eleider Alvarez à son réseau. Qu’ils se fassent expliquer à quel point Alvarez cadre bien dans sa politique de favoriser sa clientèle de boxe hispanique. HBO se retrouve avec un champion du monde incontesté qui a battu l’intimidant Sergey Kovalev en l’assommant proprement au septième round.

Cela dit, ce serait facile de jeter le blâme pour ces rendez-vous ratés au seul Adonis Stevenson. Mais, il se peut aussi que Stevenson ait compris qu’Alvarez représentait un trop grand danger pour lui. En tous les cas, Adonis Stevenson se retrouve devant un constat que les amateurs font spontanément. Il a l’air du gars qui s’est poussé de son vrai challenger pendant trois ans.

BRAVO CHAMPION

Ce titre mondial acquis contre le champion le plus crédible de la catégorie, Alvarez ne l’a pas volé. Il aura patienté pendant trois ans, et c’est l’intervention de Kathy Duva qui l’a sorti d’un cul-de-sac qui risquait de lui coûter sa carrière.

Il a gagné de bonnes bourses contre Lucian Bute et Jean Pascal, mais c’était des combats qu’on lui offrait pour le faire patienter. Il était déjà l’aspirant obligatoire de Stevenson depuis novembre 2015.

Et ce que Duva lui offrait, c’était Kovalev. Revenu de deux défaites contre André Ward. Redevenu champion du monde. Un Kovalev qui avait appris des leçons en reconquérant son titre.

Alvarez a gagné de façon nette et spectaculaire. En un combat, il s’est acquis une réputation tout autour de la planète boxe. Il est devenu ce qu’on appelle un nom.

Au Québec, les journalistes et les gens du milieu de la boxe savaient déjà à quel point Alvarez était une bonne personne. On s’intéressait à son épouse et à sa fille qui attendaient ses rares visites en Colombie. Les Laurent Poulin et Vincent Tremblay des blogues de boxe ont tous partagé de beaux et bons moments à leur café favori avec Alvarez, qui a toujours été l’humilité incarnée.

Et pourtant, ils ne travaillent pas pour Québecor, Power et Radio Canada. Ils partagent simplement la même passion pour la boxe.

Samedi, à Atlantic City, Eleider Alvarez a parlé espagnol et français. C’était sa façon de remercier son pays natal et sa nation d’accueil.

Je me permets une demande spéciale : « Eleider, si Adonis t’invite à l’affronter, n’attends pas trop. Le champion d’Al Haymon a quand même quarante ans ».

DU TRÈS GRAND MARC RAMSAY

J’ai suivi le combat de Falardeau, en visite chez mon frère sur le bord de son lac. Pour une fois que je ne travaillais pas ringside, j’en ai profité pour écouter religieusement ce que Marc Ramsay disait entre les rounds. HBO lui avait installé un micro, et c’était passionnant de vivre en direct les analyses et les directives de Ramsay.

Quand Alvarez a dérogé du plan en voulant jouer au dur avec Kovalev au quatrième round, Ramsay l’a vite ramené à l’ordre. Le coach savait que les trois semaines passées à l’entraînement en hautes montagnes à Bogota commenceraient à rapporter gros. L’entraînement en altitude oblige l’organisme à fournir plus d’oxygène à l’effort. En redescendant au niveau de la mer à Atlantic City, cet apport supplémentaire d’oxygène allait payer.

Avant le septième, Ramsay a dit à Alvarez : « On va commencer le septième round. On est rendu exactement où on voulait être dans le combat. Tu tiens tes mains bien hautes devant ta figure, mais tu commences maintenant à mettre de la pression. C’est le temps. Let’s be f...physical. Envoye la bombe et les boulettes ».

Deux minutes et cinquante secondes plus tard, Kovalev était assommé. Et pourtant, l’arbitre lui avait donné un compte interminable de 20 secondes (39 à 19 au chronomètre) après sa deuxième chute au plancher.

Ne restait plus à Eleider qu’à crier sa joie et sa fierté.

Et nous, à l’accueillir.

Trois champions du monde pour gym

C’est évident qu’il y a des bémols à l’affirmation. Mais on parlera des bémols à une autre occasion. Ce matin, techniquement, GYM détient les contrats de trois champions du monde chez les mi-lourds. Adonis Stevenson, Artur Beterbiev et maintenant Eleider Alvarez.

À ma connaissance, c’est la première fois dans l’histoire de la boxe au Québec et sans doute au Canada qu’un promoteur détient les contrats de trois des quatre champions d’une même catégorie.

Ce haut fait d’armes est basé sur un travail de recrutement agressif mené par Bernard Barré et Marc Ramsay. Dans le cas de Ramsay, ce dépistage s’est doublé d’une formidable compétence et d’un acharnement au travail remarquable.

GYM a frôlé la catastrophe à plusieurs reprises au cours des deux dernières années. Et l’association avec Al Haymon est devenue un boulet qu’on doit traîner. Et je n’ai pas envie de parler de la foire Pascal-Bossé.

Mais ce matin, même les plus grands détracteurs d’Yvon Michel sont obligés de reconnaître le fait. Ce qui pouvait arriver de mieux est arrivé. Son vrai champion, pourtant si souvent sacrifié au cours des deux dernières années, est champion du monde.

Un champion gentil, intelligent, qui parle français et qui aime le monde. Et que, depuis samedi, le monde admire et aime aussi.

On top of the world...