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Picasso, génie ou pervers?

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Si vous en avez marre de la Police de la morale culturelle qui sévit en ce moment, je vous recommande une série télé absolument extraordinaire : c’est la série Genius, proposée par National Geographic, consacrée à Pablo Picasso. Quelle vie passionnante ! Quel créateur prolifique ! Cet artiste était tout ce que notre époque de culs serrés déteste : un homme qui aimait les femmes, qui les collectionnait, qui refusait de céder à la pression et qui créait ce qu’il voulait en se moquant des conventions.

Banderas époustouflant

C’est Antonio Banderas qui interprète le « génie » Picasso et on a vraiment l’impression qu’il a été mis sur cette terre pour interpréter le rôle du plus grand artiste du 20e siècle. Avec les prothèses et le maquillage (qui prenaient jusqu’à six heures par jour de tournage), il ressemble à Picasso comme deux gouttes d’eau. Il a son énergie dévastatrice, sa puissance et sa fougue.

Mais ce n’est pas seulement pour cette performance d’acteur qu’il faut voir la série Genius : Picasso. C’est pour se rappeler à quel point le peintre des Demoiselles d’Avignon était un esprit libre.

La scène qui m’a le plus marquée se déroule alors que Picasso se rapproche du Parti communiste. Il visite les pays de l’Est et rencontre des représentants du parti qui commencent à vouloir lui dicter ce qu’il devrait peindre. Pablo Picasso, qui n’a pas de patience pour les curés donneurs de leçons, lance à ses interlocuteurs qui lui reprochaient de trop peindre de jolies choses : « Les Allemands disaient que mes œuvres étaient “dégénérées”. Vous, vous me dites que mes œuvres sont trop bourgeoises. Finalement, vous êtes exactement comme eux. »

Ce que disait Picasso, c’est qu’il refusait de peindre pour une cause. Il refusait qu’on lui dicte quoi peindre, ou qu’on lui dicte quel sujet était approprié ou pas. Tiens, tiens, ça me fait penser à deux épisodes récents de l’actualité culturelle...

Un génie créatif qui doit se battre contre les censeurs qui veulent « bonifier » son œuvre et qui veulent le forcer à appuyer une cause. Des censeurs qui veulent imposer l’art « acceptable », l’art « pur », l’art approuvé par un comité.

Seins, fesses, etc.

Cet été, à Paris, j’ai vu deux expositions formidables consacrées au grand artiste espagnol. Une première, au Musée Picasso, entièrement consacrée au chef d’œuvre Guernica. Et une deuxième à l’opéra Garnier, portant sur Picasso et la danse. Dans cette expo fascinante, on trouve des œuvres très graphiques, créées par Picasso dans la dernière partie de sa vie, quand il dessinait des danseuses ou des acrobates avec des détails anatomiques assez crus. Des vues frontales de vulves, d’anus, de jambes écartées. Une avalanche de fesses, de seins, dessinées avec gourmandise. C’est sensuel, sexuel, érotique.

Quand je visitais cette expo, je m’imaginais la réaction horrifiée de nos petites sœurs du bon pasteur québécoises, qui dénoncent les vilains artistes qui osent représenter des femmes nues. Elles se seraient sûrement étouffées ou auraient exigé qu’on organise, en contrepartie, une exposition d’artistes féministes non binaires.

Pouvez-vous croire qu’une humoriste féministe américaine dans un de ses numéros de stand-up parle de « Bill Cosby, Harvey Weinstein et Pablo Picasso », comme si ces trois hommes étaient à mettre dans la même catégorie de machos agresseurs ?

Si Picasso voyait ce qui se passe aujourd’hui, il utiliserait sûrement quelques jurons bien sentis en espagnol.