/opinion/blogs
Navigation

Michel Girard et l’investissement du gouvernement dans le programme C Series

La ministre Dominique Anglade
Photo d'archives Agence QMI, Simon Clark La ministre Dominique Anglade

Coup d'oeil sur cet article

Monsieur Girard,

Au cours des derniers mois, vous avez signé près d’une vingtaine de chroniques dans lesquelles vous dénoncez de façon répétitive la façon dont le gouvernement du Québec est intervenu auprès de Bombardier afin de sauver la C Series.

D’un texte à l’autre, vous reprochez au gouvernement d’avoir effectué un mauvais choix en investissant dans la C Series plutôt que dans Bombardier Inc. et d’avoir laissé le partenaire Airbus prendre le contrôle du programme.

La diversité des opinions est toujours bienvenue, y compris dans le monde de l’investissement, qui, vous le savez bien, n’est pas une science exacte. Toutefois, je ne peux que constater que vos chroniques manquent d’équilibre, élément essentiel pour que vos lecteurs puissent se faire, eux aussi, une opinion éclairée sur le sujet.

Comme vous m’avez si souvent interpelée au cours des derniers mois, permettez-moi de faire quelques rectifications.

Un investissement réfléchi, arrivé au bon moment

En octobre 2015, Bombardier n’avait pas seulement besoin d’un investissement important pour poursuivre le développement de la C Series, l’entreprise nécessitait également un signal clair envers le programme pour redonner confiance au marché. L’investissement du gouvernement du Québec est arrivé au bon moment et a permis de solidifier l’ensemble des activités de la compagnie, ce qui a rassuré le marché quant à la viabilité du programme.

Une très grande majorité d’analystes financiers et des experts en aérospatiale ont d’ailleurs reconnu que l’investissement du gouvernement dans la C Series, plutôt que dans la société mère, a permis d’améliorer de façon significative l’avenir du programme, de même que les perspectives financières de Bombardier.

Lorsque vous évoquez la montée de la valeur des actions de l’entreprise, c’est très souvent pour déplorer que le Québec n’en profite pas suffisamment. Cela dit, nulle part dans vos textes, ne peut-on trouver la moindre allusion au fait que ce remarquable succès boursier puisse peut-être s’expliquer en partie par le choix du gouvernement d’investir directement dans la C Series et par les mesures mises en place par la direction de la compagnie. Sinon, à quoi attribuez-vous cette embellie boursière?

L’arrivée du partenaire Airbus

Dès le départ, nous avons été très clairs : pour compléter le programme, des investissements totaux de quelque 3 G$ seraient nécessaires et le gouvernement du Québec avait fait sa part. Il fallait donc trouver un troisième partenaire. Il faut savoir que le marché des avions commerciaux est difficile à percer seul ou avec seulement un partenaire financier.

Avec la finalisation du partenariat avec Airbus, les acheteurs potentiels ont été rassurés et plusieurs nouvelles commandes se sont ajoutées. En combinant l’avion le plus innovant et performant de sa catégorie, créé et développé par le génie québécois, à la force de vente et à la crédibilité d’Airbus, nous avons généré un véritable « momentum » dans un segment de marché très déjà prometteur.

La valeur du placement

Vous martelez que le gouvernement du Québec a vu la valeur de son investissement fondre. Rien n’est plus faux.

Selon la firme KPMG, la valeur de la participation du gouvernement a été évaluée entre 1,1 G$ et 1,3 G$ au 31 mars 2018. Et ce montant exclut les 100 millions de bons de souscription. Donc, si on liquidait tout aujourd’hui, la valeur de l’action de Bombardier étant à près de 5 $, notre investissement de 1,3 G$ vaudrait entre 1,38 G$ et 1,58 G$. Difficile de crier au gaspillage de fonds publics.

Mais ce que vous omettez systématiquement de dire dans vos chroniques, c’est que ce geste posé par le gouvernement a permis à la fois de préserver les activités à Mirabel, qui représentent quelque 2 000 emplois bien rémunérés jusqu’en 2041, de maintenir le siège social du programme à Montréal et de consolider les emplois des 40 000 travailleurs du secteur de l’aérospatial dont la C Series est la locomotive. L’écosystème lui-même accueille ces changements favorablement. Je reviens d’ailleurs de ma 5e participation au Salon de l’aéronautique à Farnborough en autant d’années et je peux vous assurer que cette dernière édition fut sans aucun doute la plus emballante pour le Québec.

Le pari que nous avons pris était risqué à n’en point douter. Mais ne rien faire l’était tout autant, sinon plus. Aujourd’hui, nous sommes en train de faire la démonstration que le pari a fonctionné et tous les prophètes de malheur n’empêcheront pas à cet avion conçu et assemblé chez nous de poursuivre son envol.

Heureusement, nous pouvons compter sur des clients satisfaits, des PME québécoises qui profitent de l’embellie, des employés qui croient en leur avenir et un marché boursier qui reconnaît les résultats.

Et vous, reconnaitrez-vous un jour que le pari a fonctionné? Peut-être vous faudra-t-il encore du temps et une bonne vingtaine d’autres chroniques. Mais je ne désespère pas...

-L'auteure de ce texte est Dominique Anglade, vice-première ministre, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et ministre responsable de la Stratégie numérique


« Merci Madame la ministre de me donner «encore du temps et une bonne vingtaine d'autres chroniques» pour essayer de comprendre votre «deal» !

Au lieu d’investir directement dans la création de la Société en commandite Avions C Series (SCACS), il aurait été préférable d’investir dans le capital-actions de Bombardier, tout en exigeant que les capitaux aillent évidemment dans le programme de la C Series.

Si tel avait été le cas, le placement de 1,3 milliard dans la C Series vaudrait aujourd’hui trois fois plus, l’action de Bombardier ayant plus que triplée de valeur depuis octobre 2015.

- Michel Girard