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Dix ans après la mort de Fredy Villanueva: Montréal-Nord toujours divisé

Dix ans après la mort de Fredy Villanueva: Montréal-Nord toujours divisé
Francis Pilon

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Dix ans après la mort de Fredy Villanueva, tombé sous les balles d’un policier, la population de l’arrondissement de Montréal-Nord semble toujours divisée: victime selon certains, il s'agissait, pour d'autres, d'un voyou.

Selon le criminologue François Bérard, qui est directeur général de la maison de transition Saint-Laurent dans l’arrondissement et qui siégeait à la Table de quartier Montréal-Nord en santé, certaines personnes refusent que la mort de Fredy Villanueva, âgé de 18 ans à l’époque, soit commémorée.

«Il y en a qui veulent sincèrement passer à autre chose. Ça fait 10 ans et ils sont tannés. Mais il y en a d’autres qui, effectivement, cherchent à effacer l’événement dont ils nient l’ampleur. Pour eux, c’est une gang de p’tits bums. Puis l’émeute, selon eux, ça serait des p’tits bums qui se seraient mobilisés», a indiqué M. Bérard.

Depuis l’intervention policière du 9 août 2008 pour une partie de dés dans le stationnement de l’aréna Henri-Bourassa et l’émeute qui a suivi le lendemain, la population de l’arrondissement s'interroge toujours sur la façon de se souvenir de l’événement.

«Ce que je reçois aussi, comme message, c’est que les gens ont peur d’envoyer un signal aux groupes criminalisés, qu’ils ont gagné si on commémore Fredy», a ajouté le criminologue, rappelant que le frère de Fredy, Dany, que les policiers interpellaient au moment du drame, a des démêlés avec la justice.

Preuves demandées

Will Prosper, cofondateur du mouvement Montréal-Nord Républik, affirme qu’il serait curieux de voir ou de lire les courriels qu'ont échangés avec les autorités ceux qui s’opposent au projet d'une place publique à la mémoire de Fredy Villanueva.

La semaine dernière, M. Prosper et d’autres intervenants ont fait une sortie contre le projet présenté par l’arrondissement, qui consisterait à créer la place de l’Espoir dans le parc Henri-Bourassa sans mentionner le nom de Villanueva.

«Quand tu passes sur Saint-Denis, tu vois des bicyclettes [vélos fantômes] ou des croix sur les autoroutes quand il y a eu des accidents. Parfois, ces gens-là ont bu et ils ont eu un accident. C’est contre le Code criminel, ça, mais on ne retire pas leur croix pour autant. On ne parle même pas de ça, avec Fredy, il n’y a même pas d’infraction criminelle dans son cas», a noté M. Prosper.

Le criminologue François Bérard explique que ceux qui souhaitent que la mort de Fredy Villanueva soit commémorée veulent aussi rappeler les événements qui y sont associés.

«Une partie de ces gens veulent aussi dénoncer des actions des policiers et une partie du système. Ces gens ont peur qu’on efface un moment clé de Montréal-Nord», a-t-il dit.

Christine Black, mairesse de l’arrondissement de Montréal-Nord, avoue que ses concitoyens sont toujours polarisés sur cette question en 2018 et que c’est pour cette raison qu’il n’est pas question, pour le moment, de rendre hommage à Fredy Villanueva.

Relation tendue

Une certaine tension semble subsister parmi les résidents du quartier, et cela peut teinter les perceptions.

«Une personne peut appeler le 911 parce qu’elle a vu une personne racisée traverser la rue et replacer sa ceinture. Elle appelle le 911 parce qu’elle pense qu’il a mis une arme à feu dans son pantalon. Le policier arrive sur place, intervient auprès de l’individu, et on pourrait croire que c’est du profilage si on ne connaît pas le contexte derrière», a donné pour exemple le commandant du poste de quartier 39, Miguël Alston, ajoutant qu’un appel a déjà été fait au 911 pour signaler une bagarre alors qu'il ne s'agissait que d'un groupe d'individus qui parlaient fort dans un parc.

Quelques dates

  • 9 août 2008: Les agents Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte interrompent une partie de dés qui contrevient à un règlement municipal. Alors que les policiers tentaient d’arrêter le frère de Fredy Villanueva, Dany, qui avait des antécédents judiciaires, d’autres jeunes se sont rapprochés et l'un des agents a ouvert le feu. Fredy Villanueva a été tué et deux personnes ont été blessées.
  • 10 août 2008: Une violente émeute éclate dans Montréal-Nord à la suite de la mort du jeune homme de 18 ans, qui n’avait aucun casier judiciaire.
  • Mai 2013: Le gouvernement du Québec adopte le projet de loi pour la création du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), chargé d'enquêter lorsqu’un civil est blessé ou tué pendant une intervention policière.
  • 17 décembre 2013: Le coroner André Perreault conclut que Fredy Villanueva ne méritait pas de mourir sous les balles d’un policier. Il mentionne aussi que les deux policiers ne peuvent être blâmés pour leur intervention, qui aurait pu se résumer à un banal contrôle de routine. «La mort de Fredy Villanueva est liée à un ensemble de facteurs humains», écrit M. Perrault, qui fait de multiples recommandations pour améliorer les pratiques du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) dans l’arrondissement.
  • Juin 2018: Des résidents et des organismes de Montréal-Nord déplorent que l’arrondissement ait décidé de ne pas intégrer un hommage à Fredy Villanueva dans le réaménagement du parc Henri-Bourassa.