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La liberté recule et recule

La liberté recule et recule
Photo d’archives, Daphnée Dion-Viens

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Prenons des films et des romans classiques, ou qui ont connu un immense succès populaire.

Disons : Blade Runner, La Servante écarlate, Hunger Games, 1984, Fahrenheit 451, Le Meilleur des mondes, Orange mécanique, V for Vendetta, Soumission, Atlas Shrugged, etc.

La liste pourrait être allongée sans fin.

Contrôle

Toutes ces œuvres imaginent un futur invariablement sombre.

Le pouvoir est autoritaire, voire totalitaire, ou en voie de le devenir.

La liberté individuelle a reculé. La surveillance a été renforcée.

Les machines ne sont plus des outils d’épanouissement, mais des instruments de contrôle social.

Le héros ou l’héroïne doit lutter pour rester libre, ou pour reconquérir sa liberté, ou pour libérer les autres.

Il peut aussi se résigner ou changer de camp.

Vous me direz qu’il est difficile de construire un suspense en dépeignant un futur formidable.

Mais est-ce un hasard si le futur imaginé par ceux dont c’est le métier d’imaginer est invariablement plus noir que le présent ?

Regardons maintenant autour de nous.

Il y a des caméras partout.

La censure revient dans l’art.

Des extrémistes religieux revendiquent des droits quand ils sont minoritaires, mais enlèvent des droits aux autres dès qu’ils prennent le pouvoir.

Les régimes autoritaires ont le vent dans les voiles.

Trump prive d’accès à la Maison-Blanche les journalistes qui lui déplaisent et mène une guerre sans répit contre ceux qui relèvent ses mensonges.

Le fondateur de Facebook nous joue la comédie en s’excusant de ne pas avoir mieux protégé nos données.

En réalité, il fait de l’argent en vendant les renseignements personnels que nous lui donnons trop facilement.

Un juge a voulu forcer une journaliste d’ici à dévoiler ses sources.

Au nom des bons sentiments, le cours d’ECR poursuit son travail d’endoctrinement et de liquidation de l’esprit critique.

Nos jeunes se croient libres, mais passent leur temps à s’autocensurer.

Inquiétude

La session dernière, j’ai évoqué tout cela devant mes étudiants de première année, fraîchement sortis du cégep.

J’ai voulu secouer leur confort, ébranler leurs certitudes.

Je leur ai montré que la liberté individuelle et la vie privée, loin de s’étendre, se rétrécissaient, sauf pour des questions qui ne touchent qu’une infime minorité, comme choisir si on veut être homme ou femme.

Je leur ai montré que plusieurs de leurs opinions ne reposaient sur rien d’autre que leur désir de se protéger en donnant la réponse qu’ils pensent que l’on attend d’eux, et non ce qu’ils pensent vraiment.

Le plus allumé d’entre eux a levé la main et m’a dit : « Vous avez raison, monsieur, mais comme nous n’avons rien connu d’autre, nous n’en sommes pas vraiment conscients. »

Quel avenir cela dessine-t-il ?