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Le silence des États-Unis et la dispute canado-saoudienne

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La crise qui oppose le Canada à l’Arabie saoudite au sujet du traitement réservé à certains activistes pour les droits de l’homme dans ce pays n’est pas sans lien avec les changements de la politique étrangère américaine depuis l’entrée en poste de Donald Trump.

Les choses ne vont pas très bien depuis quelques années entre le Canada et l’Arabie saoudite.

Au Canada, on apprécie les retombées économiques des contrats militaires avec ce pays, mais on apprécie moins l’usage qu’il en fait au Yémen et son traitement des dissidents politiques comme Raif Badawi, dont la famille est réfugiée chez nous.

Pour les Saoudiens, les critiques persistantes des représentants canadiens contre le régime sont un irritant dont on pourrait se passer. Les tweets émis récemment par des responsables du ministère canadien des Affaires étrangères sont la goutte qui a fait déborder le vase.

Réaction démesurée

La réaction épidermique des Saoudiens à deux tweets qu’ils auraient facilement pu ignorer a pris Ottawa par surprise.

L’Arabie saoudite a expulsé l’ambassadeur canadien, mis un moratoire sur le commerce et l’investissement, rappelé des milliers d’étudiants saoudiens au Canada, suspendu les vols de son transporteur national et interdit l’importation de céréales canadiennes.

Pourquoi une réaction de cette ampleur ?

Champ libre aux autocrates

Dans un passé pas si lointain, une des raisons pour lesquelles les réactions à ce genre d’impairs diplomatiques étaient plus limitées était que le régime saoudien pouvait s’attendre à une certaine solidarité entre les pays occidentaux, dont les États-Unis.

Jusqu’à récemment, en effet, ne serait-ce que sur le plan du discours, les États-Unis accordaient une certaine importance aux valeurs démocratiques et au respect des droits de l’homme des régimes avec lesquels ils transigeaient.

Depuis l’entrée en poste de Donald Trump, il est clair que son administration fait peu de cas de ce genre de considérations dans la conduite de sa politique étrangère.

Dès la toute première sortie internationale de Trump, les princes saoudiens ont pu constater que le nouveau président allait leur donner le champ libre. Ils n’auraient même plus besoin de faire semblant de promettre d’avancer vers la démocratie et les droits de l’homme.

Avec Trump, les dirigeants autoritaires comme Vladimir Poutine ou les dictateurs comme Kim Jong-un aussi ont le champ libre.

Les princes saoudiens ont bien compris le message.

Abdication du leadership

L’abandon de la promotion de valeurs universelles fondamentales est une autre facette de l’abdication du leadership international des États-Unis par l’administration Trump.

En l’absence de leadership de la part de la plus grande puissance mondiale, l’Arabie saoudite et d’autres régimes autoritaires du même acabit peuvent désormais sanctionner les petits pays qui critiquent leurs pratiques internes sans craindre la réaction du géant américain.

À juste titre, le gouvernement canadien est déterminé à ne pas céder devant les pressions de l’Arabie saoudite, mais, dans un monde redéfini par la politique étrangère de Trump, les coûts de mener une telle politique en solitaire pourraient être lourds.