/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Qu’ont donc gagné les Autochtones?

Coup d'oeil sur cet article

Comme toutes les controverses, celle ayant suivi l’annulation de SLĀV et de Kanata a fini par se résorber. Du moins, c’est ce qu’il semble. Si plusieurs polémiques s’éteignent sans conséquence, il n’en sera pas de même pour celle qu’on vient de traverser.

Le Conseil des arts du Canada devra de son côté réfléchir aux conséquences de ses « nouvelles » règles d’inclusion des Autochtones. Les intentions du Conseil sont louables, mais la création ne saurait être soumise à des quotas d’inspiration politique qui n’ont rien à voir avec la réalité de la création. Les autres organismes subventionnaires devront se livrer à la même réflexion.

Il n’y a pas de débat à faire sur la diversité. En 2018, le principe de diversité devrait aller de soi. Les diffuseurs, les producteurs de spectacles, de théâtre, de cinéma ou de télévision devraient avoir intégré le principe depuis longtemps. J’ai démontré dans cette chronique, statistiques à l’appui, que le réseau français de Radio-Canada est très mauvais élève en la matière.

L’APPROPRIATION CULTURELLE

Doit-on continuer à débattre de l’appropriation culturelle ? Sûrement ! Mais pas de la manière dont on l’a fait jusqu’ici. Pas en annulant des spectacles sans les voir ou en faisant la part belle à une frange d’hystériques et de manifestants enragés.

L’appropriation culturelle est une notion récente. Elle prend hélas ! une connotation de plus en plus péjorative, car on la brandit à tort et à travers. Ses tenants les plus radicaux justifient ainsi leur opposition à toute forme d’échanges culturels sous prétexte qu’ils mettent en péril la culture d’une minorité qui serait opprimée. Même s’ils donnent l’impression de combattre le racisme, ils sont foncièrement racistes, rejetant tout emprunt d’éléments de leur culture par une culture qu’ils jugent oppressante.

La question de l’appropriation culturelle est très complexe. En soi, elle semble contredire la tendance de plus en plus fréquente des cultures de s’alimenter les unes aux autres. Internet, qui a fait de la planète un village global, nous a tellement rapproché les uns les autres que les échanges culturels se multiplient sans même que nous en soyons conscients. Ces échanges ne peuvent survenir sans une certaine appropriation de part et d’autre.

L’HISTOIRE DE KANATA

Quoi qu’il en soit, il ne saurait être question d’appropriation culturelle pour Kanata, puisque ce projet mort-né est le point de vue de Robert Lepage et de Michel Nadeau sur la tragédie des Premières Nations et n’engage en rien celles-ci. Les auteurs et la productrice Ariane Mnouchkine avaient même accepté d’ajouter un quatrième acte permettant aux Autochtones d’exprimer leur propre point de vue.

De retour d’une tournée au Québec des deux côtés du fleuve Saint-Laurent jusqu’à hauteur de Tadoussac, je peux affirmer que la plupart des Québécois tiennent les Autochtones responsables de l’annulation de Kanata. Bien à tort, car c’est la faute de quelques irréductibles, d’un producteur frileux et d’un Conseil des arts embrouillé.

L’interminable salve d’applaudissements saluant l’arrivée de Robert Lepage sur scène après chaque représentation de La Flûte enchantée, au Grand Théâtre de Québec, en disait long sur le parti qu’ont pris les Québécois dans cette triste affaire.

Les Autochtones n’y ont rien gagné, mais ils ont beaucoup perdu.