/opinion/blogs/columnists
Navigation

La vacuité Legault

La vacuité Legault
Photo Jean-François Desgagnés

Coup d'oeil sur cet article

Nous avons pu lire au cours des dernières semaines quelques opinions de citoyens qui manifestent déjà une certaine lassitude au regard de la campagne électorale québécoise qui s’amorcera dans quelques jours. Plusieurs se plaignent de la politique spectacle et du vide qui se dégagent des propos des politiciens, mais paradoxalement, c’est le plus insipide des chefs de partis, François Legault, qui mène dans les sondages.

Le chef de la CAQ réaffirmait encore récemment qu’il n’est ni à droite, ni à gauche, ni fédéraliste, ni souverainiste, en voulant défendre la candidature de Youri Chassin, un personnage pourtant clairement identifié à la droite néolibérale la plus radicale. Contrairement à ses opposants, qui ont une vision claire sur le plan socioéconomique et constitutionnel, monsieur Legault préfère entretenir le flou à l’instar d’un Emmanuel Macron qui s’est fait élire avec le « ni à gauche ni à droite » sans se définir clairement comme centriste, mais qui gouverne aujourd’hui la France avec des politiques de droite.

Dans l’entrevue exclusive que le chef caquiste a livré au Journal, il prétend donner priorité au portefeuille des Québécois en disant vouloir leur en laisser plus dedans. Tel un PDG d’entreprise, il avance une opération comptable qui relève de la pensée magique en sous-estimant l’effet de ses coupes dans les dépenses gouvernementales et en surestimant sa capacité de développer l’économie du Québec à l’intérieur du régime fédéral canadien. Il devrait savoir que sans un véritable projet politique fondé sur une vision constitutionnelle et socioéconomique claire, il condamne le Québec au « sur place » et il aurait l’air, s’il était élu premier ministre, d’un haut dirigeant de compagnie occupé à se construire une rente intéressante en se préoccupant bien peu de l’avenir de l’entreprise.

Il est vrai que sur ce plan il y a peu de différence entre les libéraux et les caquistes, si ce n’est le caractère résolument fédéraliste et soumis affiché par les libéraux. Cela ne veut pas dire que les caquistes le sont moins, mais ils préfèrent le cacher avant une élection en espérant manger dans tous les râteliers. Nous devrions tirer des leçons de la gouvernance libérale qui a baissé nos impôts et nous en a laissé moins dans le portefeuille. Les libéraux ont servi leurs amis et ils sont bien récompensés à leur sortie de la vie politique. Monsieur Legault voudrait-il leur ravir un poste prestigieux pour à son tour pouvoir profiter des bonnes grâces du grand capital? En cela, la campagne de la coalition syndicale touche sa cible en visant à démonter que Legault et Couillard sont du pareil au même.

Est-ce que les Québécois s’apprêtent à se contenter d’une pâle copie des libéraux dont on cache finement les pourtours pour mystifier l’électeur? Dans un tel cas, les lassés de la politique devront comprendre que le vide reproché aux politiciens est la sensation de l’heure en reflétant notre propre vacuité. Quant à moi, je préfèrerais tout de même que François Legault aille construire sa rente comme PDG à Hydro Québec pendant que nous choisirions clairement un destin plus socialiste et indépendant des contraintes étrangères.