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« Pecunia nervus belli »

CCQ Couillard
Photo d'archives Simon Clark

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Selon mon nouveau collègue « Spin doctor », Benjamin, la stratégie de Philippe Couillard de déclencher les élections plus tôt vise à laisser plus de temps à François Legault pour se pendre avec sa propre corde.

Des commentateurs politiques sont d’accord avec lui. Moi pas tant que ça. T’sé, même à gauche, on s’intéresse à l’argent, le nerf de la guerre (« pecunia nervus belli »).

Plus de temps pour dépenser encore plus

Je pense plutôt que le chef libéral a compris qu’une élection se gagne (malheureusement) à coup de millions de dollars. Et les coffres du PLQ sont remplis, bien plus que ceux de ses adversaires. En déclenchant les élections plut tôt, les Libéraux allongeraient d’autant de jours la période pendant laquelle ils peuvent dépenser, sans compter eux.

En 2014, lors du dernier scrutin québécois, aucun des partis n’a atteint la limite des dépenses électorales permises par le DGEQ (plus de 8 millions $). Le PLQ et le PQ ont dépensé un peu plus de 80% de cette limite, la CAQ moins que la moitié permise et QS même pas le quart. Il est clair que pendant la campagne électorale, le parti avec le plus gros trésor de guerre bénéficie d’un net avantage.

Cette année, il est à parier que l’écart entre le PLQ et ses adversaires sera encore plus grand. La CAQ et QS n’ont juste pas les moyens d’accoter les Libéraux et le PQ traîne un déficit qu’il vient à peine d’effacer avec sa récolte de contributions en 2018.

Morale de cette histoire : si vous voulez aider à rétablir l’équilibre, votez pour le parti le plus pauvre et qui obtient le moins de votes... cela l’aidera au cours des 4 prochaines années à se renflouer en vue de l’élections de 2020!

En effet, maintenant près des trois quarts du financement des partis proviennent des ristournes du DGEQ, calculées sur la base de leurs résultats électoraux, et dans une moindre mesure des contributions qu’ils amassent annuellement et que le DGEQ accote avec une autre ristourne.

Les dépenses pré-électorales : le « free for all »

Les élections à date fixe sont venues changer la donne également. Comme les dépenses en dehors de la campagne ne sont pas comptabilisées par le DGEQ, c’est le « free for all » avant le déclenchement des élections : aucune limite n’est imposée aux partis.

Les campagnes publicitaires organisées par les partis depuis le début de l’année et encore plus récemment sont là pour le prouver.

Et là, je ne parle pas des budgets consacrés aux médias sociaux, au personnel militant qu’on choisit de payer pour préparer la « machine électorale », aux pancartes qu’on distribue pour décorer les gazons des citoyens qui ont choisi d’afficher leurs couleurs, des publicités qu’on se paie dans le journal mensuel local, des locaux électoraux qui sont déjà prêts à vous accueillir, voire même de la pizza qu’on paie aux bénévoles qui ont déjà commencé la distribution porte-à-porte du dépliant de leur candidat préféré.  

Comment voulez-vous que la bataille se fasse à armes égales, alors qu’à la fin 2017, le PLQ avait des actifs nets de plus de 8 millions $ et que ses adversaires n’atteignaient même pas les six chiffres et qu’un de ceux-là était déficitaire?

Notre système électoral est malade. Même avec des élections à date fixe, une réforme récente du financement des partis politiques et des moyens accrus accordés au DGEQ, l’argent mène encore la danse.

Dans un prochain texte, j’aborderai la question du financement politique. Mais si on commençait par réduire la limite maximale de dépenses électorales des partis? Et vous, avez-vous des solutions?