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L’anxiété de ne pas avoir le temps de tout lire

Nico Archambault
Photo courtoisie Nico Archambault

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Le chorégraphe et danseur québécois Nico Archambault envoie régulièrement tout valser pour se consacrer exclusivement à la lecture.

Est-ce qu’il y a un livre qui a ouvert la danse, un livre grâce auquel vous avez commencé à vraiment apprécier la lecture ?

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Ce dont je me souviens surtout, c’est d’avoir toujours eu un livre entre les mains. Les bandes dessinées ont ouvert le chemin, mais j’ai intégré les romans très rapidement. Alors si je dois pointer un coupable du doigt, la responsabilité retomberait à parts égales sur Le Parfum de Patrick Süskind, sur la trilogie du Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien et sur la trilogie des Fourmis de Bernard Werber.

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Depuis, qu’aimez-vous particulièrement lire ?

J’ai un besoin compulsif de lire, doublé d’une anxiété de ne pas avoir le temps de tout lire. Je tente donc d’alterner afin de pouvoir passer d’un type de littérature à un autre : biographies, ouvrages scientifiques, poésie, polars, théâtre, romans historiques, philosophie, nouvelles, thrillers, manuels techniques, essais, livres de cuisine, science-fi, magazines, etc.


Vous pouvez nous parler des livres qui vous ont le plus marqué au cours de ces dernières années ?

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Sapiens : Une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari, un essai publié originalement en hébreu dans lequel l’auteur revient sur l’histoire de l’humanité et de son évolution. Au centre de cet essai se trouve une théorie très intéressante avançant que l’Homo sapiens doit son statut d’espèce dominante au fait qu’il est le seul animal à pouvoir collaborer de façon efficace avec un très grand nombre de ses semblables et que cette capacité ne peut s’expliquer que par sa faculté à croire en des notions fictives qui n’existent que dans son imagination, comme la politique, les religions, les droits de l’homme, les frontières, etc.

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Just Kids de Patti Smith. Dans son premier roman autobiographique, Patti Smith offre le récit intime de sa relation avec le photographe Robert Mapplethorpe dans le New York maintenant légendaire de la fin des années 60. Une histoire honnête et touchante, racontée avec une qualité lyrique unique, propre à l’œuvre de Smith. J’ai été touché et impressionné par la précision des souvenirs évoqués, qui nous plongent au cœur de leur relation et au cœur du New York qui les a vus éclore en tant qu’artistes, entourés de leurs contemporains (Andy Warhol, Janis Joplin, Lou Reed, etc.). Au final, j’en suis ressorti avec un désir de vivre plus fort chaque moment afin de pouvoir moi aussi, dans le futur, réveiller les morts et conjurer une image du passé précise et détaillée. Au point de pouvoir revivre certains souvenirs et y entraîner les gens, comme s’ils en avaient eux-mêmes été témoins.

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Jérusalem de Yotam Ottolenghi et Sami Tamimi, qui explorent la cuisine vivante de leur ville natale avec ses diverses communautés musulmanes, juives et chrétiennes. Ce superbe livre de cuisine propose 120 recettes de leur point de vue interculturel unique, des plats de légumes inventifs aux desserts sucrés et riches. Je suis un fou de gastronomie, et je suis donc attiré par les livres de cuisine. Mais là où la plupart de ces livres ne me servent que d’outils de référence, celui-ci a contribué à me faire découvrir un monde et une culture que je ne soupçonnais pas. Ce livre a réorienté ma façon de penser en cuisine et son influence doit se faire sentir dans la grande majorité de mes plats !


Et quelle a été votre plus récente découverte ?

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Andromaque, le classique de Racine. « Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector... qui est mort. » Un format parfait. Et un rythme (en alexandrins) qui finit, après une courte période d’adaptation, par reprogrammer le rythme de nos propres pensées, à un point tel que notre propre dialogue intérieur finit par en emprunter la structure et la musique. J’ai lu Andromaque pour la première fois l’an dernier et depuis, j’ai dû le relire en tout ou en partie une bonne dizaine de fois.


Est-ce qu’il y a un auteur dont vous avez presque tout lu ?

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Haruki Murakami, Bernard Werber, Michel Folco et Tolkien.


Que recherchez-vous le plus, lorsque vous ouvrez un bouquin ?

De façon très simple, je cherche à me nourrir la tête et l’esprit. À entraîner mon imagination et à adopter, pour un temps, le rythme et les émotions de quelqu’un d’autre. À apprendre ou à être inspiré.


Y a-t-il des endroits où vous préférez lire ?

J’ai la chance de pouvoir lire partout et dans toutes les conditions sans être trop dérangé, mais j’apprécie particulièrement les moyens de transport sur de longues distances (train, avion, bateau). J’aime aussi m’arrêter en voiture quelque part pour lire. L’idée que personne ne puisse me joindre ou me trouver est particulièrement propice pour atteindre ce « rythme » de lecture qui nous permet de dévorer la moitié d’un livre sans voir passer le temps ou lever les yeux une seule fois.