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Leçons de vie, leçons de piano

Alex Toth (erratum)
Photo courtoisie Alex Toth (erratum)
Daniel Lytwynuk
Québec Amérique, 173 pages, 2018

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Avec Alex Toth (erratum), on se retrouve devant un roman qui bouscule son personnage principal, l’art et le lecteur. De quoi donner à réfléchir !

Alex Toth, c’est à la fois le titre du roman et le nom de son protagoniste. Mais le mot « erratum » qui s’ajoute souligne que ce n’est pas si clair : à quel Alex Toth avons-nous affaire ?

A priori, il s’agit d’un célèbre pianiste, un Québécois qui promène son immense talent à travers le monde. Au début de la quarantaine, il a déjà une longue carrière derrière lui, avec des admirateurs qui accourent parce qu’ils savent quelle richesse il tire du répertoire romantique qui est sa spécialité.

Mais Alex Toth s’ennuie. Il a une femme aimante, un agent qui voit à tout, une routine confortable, et une vie sans guère de piment.

Ça changera au hasard d’une rencontre avec une peintre de 25 ans, Gwendoline. Ça y est, se dit-on : le cliché de l’homme mûr, mais las de son travail et de son couple, qui va puiser de la jeunesse auprès d’une jolie bohème. Ne pourrait-on pas en sortir ?

Justement, on en sortira. Pas tout à fait, puisqu’il y a – on n’y échappe pas – une tension sexuelle entre Gwendoline et Alex. Mais elle permet de comprendre pourquoi celui-ci se laisse à ce point envoûter. Cette femme-là va quand même virer sa vie à l’envers, et lui, pas du tout y résister !

C’est toutefois par l’art que le grand chambardement passera, et ça nous est admirablement présenté. Daniel Lytwynuk signe ici son premier roman, mais il maîtrise à la fois l’intrigue particulière qu’il met en scène, les confrontations entre Alex Toth et Gwendoline puis avec son entourage, et les questionnements que soulève le sens de l’art et le travail de l’artiste.

Réflexion sur l’art

Comme l’énonce Gwendoline : « L’Art au début, c’est une vocation, et c’est merveilleux. Puis ça devient du travail. C’est à ce moment-là que les problèmes commencent. Quand ça devient une carrière, c’est foutu. » Foutu pour l’artiste qui s’installe dans un ronron, foutu pour le public qui ne découvre plus grand-chose.

Gwendoline va donc se mêler des concerts d’Alex Toth, l’incitant d’abord à y intégrer de nouvelles partitions – occasion­­­ pour lui et pour nous de découvrir des œuvres de compositrices – puis s’insérant de plus en plus dans la mise en scène de ses spectacles, qui en deviennent extravagants. Ça se prépare toujours en cachette, et de l’agent de Toth à sa femme en passant par le milieu de la musique, tous sont persuadés qu’il y a là un suicide artistique.

Le lecteur lui-même s’interroge. Alex Toth, au fond, est aussi dépendant de la belle Gwendoline qu’il l’était de son agent. Et l’art est-il si bien servi quand il sombre dans les artifices ?

Mais la folie qui traverse ce roman ouvre aussi les horizons : on pourrait donc faire preuve d’audace en jouant du classique ? C’est vivifiant à constater !