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Poursuivre le combat, même s'il semble désespéré

CANADA-POLITICS/PARIZEAU
REUTERS

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Depuis 1995, certains souverainistes sont devenus fédéralistes: c’est inévitable. Les convictions politiques ne sont pas statiques et elles se modifient quand on passe d’une conjoncture historique à une autre. Ces ex-souverainistes ne croient plus l'indépendance désirable, ils la croient même nuisible pour le peuple québécois. Ou du moins, ils s’imaginent que sa poursuite est désormais une perte de temps : le temps de l’État-nation est dépassé, disent-ils, et il serait bête que les Québécois s’entêtent à se donner d’un cadre politique condamné à l’obsolescence. Ce n'est pas mon avis mais je peux comprendre que nos convictions politiques puissent se transformer profondément. Un fédéraliste peut devenir souverainiste, et un souverainiste peut devenir un fédéraliste.

Mais d'autres souverainistes, qui demain, voteront, militeront ou se présenteront pour la CAQ ou d'autres partis, se sont moins laissés convaincre des vertus du fédéralisme canadien qu’ils n’en sont venus à croire que la souveraineté n’adviendra tout simplement pas, ce dont souvent ils se désolent. Ils jugent que c'est une cause perdue, ou du moins, qu’elle n’a aucune chance de se réaliser dans le cycle historique dans lequel nous entrons. Ils veulent alors aborder la politique autrement: s’ils jugent que l’absence de souveraineté est un problème, ils n’en viennent pas à la conclusion, pour autant, qu’il s’agisse d’un problème absolument fondamental, compromettant notre existence comme peuple. Au mieux, ils confient la réalisation de la souveraineté aux prochaines générations. Mais au fond d'eux-mêmes, ils pensent encore que le Québec aurait dû devenir un pays, et devrait un jour le devenir – ou du moins, ils pourraient de nouveau le penser. C'est à ceux-là que les souverainistes actifs devront s’intéresser dans les années à venir – bien davantage qu’aux fédéralistes radicaux qui eux, refusent l’idée même d’indépendance et quelquefois, vont jusqu’à contester l’existence même du peuple québécois. Il ne faudra pas oublier non plus les indifférents de la nouvelle génération, qui n’ont jamais vraiment entendu parler de la souveraineté autrement qu’à la manière d’une rengaine patriotarde, et qui pourraient s’y montrer intéressés, pour peu qu’ils soient animés ne serait-ce que minimalement par le sentiment national.

D'ici là, les indépendantistes résolus, qui entendent poursuivre le combat même s'il semble désespéré, auront une mission historique aussi ingrate que fondamentale: garder vivante la flamme de l’indépendance, s’assurer qu’elle ne s’éteigne pas. Concrètement, cela veut dire qu’ils devront garder vivante la question nationale dans la vie politique et s’assurer qu’existe encore un véhicule politique capable de porter l’indépendance, pour éviter que cette idée ne soit refoulée dans la seule société civile, où des groupes militants désorganisés et désunis chercheraient à reprendre la bataille. Il s’agira, à certains égards, de faire en sorte que les Québécois ne voient pas l’indépendance comme une idée pour de bon vaincue mais comme une idée vers laquelle ils pourraient de nouveau avoir à se tourner, si les circonstances historiques l’exigent. Cette lutte sera indissociable du combat identitaire, à travers lequel les Québécois pourraient retrouver le chemin de la question nationale et faire de nouveau l’expérience du caractère fondamentalement contraignant et étouffant du régime canadien.

Il arrive que l'histoire redonne sa chance à une idée qu'on croit perdue. Mais pour cela, ceux qui lui sont fidèles ne doivent pas l'avoir abandonné pendant les mauvais jours et les mauvaises années. Cette pensée devrait habiter les nationalistes québécois qui demeurent convaincus de la nécessité vitale de l'indépendance.