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Une guerre que le Canada doit gagner

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Le gouvernement saoudien a une sacrée dose de culot. Il vient d’annoncer qu’il consent à poursuivre ses ventes de pétrole au Canada, alors même que les mesures qu’il a prises contre le Canada sont celles qui précèdent une déclaration de guerre. Si Justin Trudeau avait des couilles, il annoncerait que le Canada va cesser d’acheter du pétrole saoudien.

Au lieu de cela, le silence du gouvernement canadien résonne comme une sorte de remerciement envers l’Arabie saoudite. Bien entendu que le gouvernement saoudien veut continuer à vendre du pétrole au Canada. Le Canada pourrait facilement s’approvisionner ailleurs en pétrole. Et l’Arabie saoudite ne veut surtout pas cesser de vendre son pétrole à qui ce que ce soit.

Faut-il continuer à commercer avec l’Arabie saoudite ?

Le Canada n’a plus aucune raison commerciale d’acheter du pétrole de l’Arabie saoudite, puisque ce pays a annulé tous les achats qu’il effectuait au Canada, autant en biens qu’en services. Pourquoi dès lors ne pas lui rendre la pareille ? C’est que des entreprises canadiennes rêvent de retrouver leurs capitaux saoudiens, et des universités, leurs étudiants. C’est que dans le merveilleux monde de la diplomatie, on cherche toujours à garder contact, à raccommoder les gens, à préserver les acquis. Mais il arrive un moment où la diplomatie molle devient inutile, voire nocive. Un moment où les intérêts politiques l’emportent sur les intérêts économiques. Le Canada se trouve à cet endroit précis dans ses relations avec l’Arabie saoudite.

Quel est l’enjeu de cette guerre ?

L’enjeu n’est plus uniquement celui de la défense des droits de la personne en Arabie saoudite ou celui du commerce entre ce pays et le Canada. À travers le Canada, l’Arabie saoudite tente d’ébranler l’ordre mondial instauré par les grandes démocraties depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Si le Canada cède, le résultat sera clair : il deviendra inacceptable de critiquer publiquement un des régimes les plus ignoble la planète. Les politiciens occidentaux devront courber l’échine pour obtenir l’aumône que le gouvernement saoudien voudra bien leur tendre. D’autres régimes du même acabit suivront l’exemple de l’Arabie saoudite.

Pourquoi adopter la ligne dure ?

Adopter une ligne très dure face à l’Arabie saoudite peut paraître absurde. Après tout, l’Arabie saoudite soudoie de nombreux gouvernements à travers le monde grâce à ses dépenses somptuaires. Mais le pays est copieusement détesté par de nombreuses populations du monde musulman. L’Arabie saoudite est aussi un des piliers de l’islamisme que combattent les démocraties. Les diplomates le savent bien. En coulisses, ils féliciteront un Canada qui se tient debout devant la monarchie des Saoud.

Que doit faire le Canada ?

L’Arabie saoudite a lancé une guerre économique et diplomatique au Canada. Le gouvernement canadien doit y répondre en engageant contre l’Arabie saoudite une campagne similaire à celle qu’il avait menée contre le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud. Car c’est bien un apartheid contre les femmes que le régime saoudien défend. Pire, il en fait la promotion à travers le monde, avec l’idéologie religieuse wahhabite.

Trudeau va-t-il agir ?

Les diplomates effarouchés et les marchands de tapis conseillent à Trudeau de se taire et de réparer les pots cassés. Au contraire, il doit prendre des mesures énergiques. Justin Trudeau a le choix de passer l’Histoire comme un mollasson qui plie devant le despotisme ou comme un courageux visionnaire. Malheureusement, personne ne retient son souffle.