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Vie et mort du grand chef inca

Vie et mort de l’Inca Atahuallpa, Gilbert Vaudey, Éditions Christian Bourgois
Photo courtoisie Vie et mort de l’Inca Atahuallpa, Gilbert Vaudey, Éditions Christian Bourgois

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L’histoire des peuples vaincus a toujours exercé sur moi une étrange fascination.

Dans cet ouvrage, on en apprend un peu plus sur les Incas du Pérou, dont la civilisation était parmi les plus avancées, pouvant même se comparer à celle des Romains. Cela est prouvé par leurs travaux d’aménagement du territoire, avec ses routes pavées en montagne, ses tunnels, ses escaliers, ses murets, ses canaux et canalisations. « Elles représentent à l’échelle continentale un chef-d’œuvre de génie civil. »

Mais c’est surtout sur la défaite du grand chef inca Atahuallpa que nous entretient l’auteur de cet ouvrage captivant. Les combats ne durèrent qu’une demi-heure, semble-t-il, face à l’armée sans pitié espagnole, dirigée par le sanguin Francisco Pizarro. « On y dénombra deux mille morts et quantité de blessés », sans compter ceux qu’on poursuivit par la suite.

Les Incas faisaient face à une petite poignée de soldats, mais l’artillerie et la cavalerie produisirent un effet dévastateur, à la fois physique et psychologique. « C’étaient des choses nouvelles pour eux [les Incas] et ils cherchèrent plutôt à s’enfuir plutôt qu’à combattre. » C’en était fait du roi du temple du Soleil, qui était tombé bêtement dans le traquenard tendu par les Espagnols.

Atahuallpa était de bonne foi, semble-t-il, il était venu à la rencontre des barbares espagnols qui foulaient son royaume sans ménagement à la recherche d’or, d’argent et de pierres précieuses.

Il avait revêtu ses plus beaux atours, mais surtout il avait respecté la consigne de venir désarmé, en compagnie d’une partie de ses hommes tout aussi désarmés.

Aucune pitié

Je me demande : combien de temps a duré la bataille des plaines d’Abraham ? Et comment s’appelait le traître qui a indiqué aux Anglais le passage de l’anse aux Foulons ?

Les Espagnols furent sans pitié, ils massacrèrent tous les Incas qu’ils trouvèrent sur leur passage, « peut-être six à sept mille Indiens », mais capturèrent vivant le chef inca. Les troupes anglaises de Wolf furent sans pitié, elles dévastèrent les campagnes, incendièrent les fermes et les récoltes pour créer la famine sur la côte de Beaupré et dans le bas du fleuve.

La capture du chef indien s’explique par la fourberie d’une poignée d’Espagnols, on parle ici d’une troupe d’à peine cent soixante soldats, tous plus avides les uns que les autres de s’emparer du « trésor des Incas ».

Atahuallpa sera détenu pendant plusieurs mois. Cela s’explique par le fait qu’il tenta de monnayer sa liberté en promettant aux assoiffés Espagnols de remplir leurs maisons d’or, d’argent et de pierres précieuses. Il tint parole. Fort de son autorité sur son peuple, malgré sa captivité, il fit rassembler ce butin à travers tout le territoire qu’il contrôlait et petit à petit le trésor fut acheminé à l’ennemi.

Mais les Espagnols, étonnés de son autorité et de son pouvoir moral, craignaient que le chef inca ne prépare sa revanche et ne soit en train d’organiser une attaque contre le retranchement des envahisseurs qui attendaient incessamment l’arrivée de renforts. Ils décidèrent donc de tuer le fils du soleil, qui ne servait plus à rien désormais.

Pour la forme, on lui dressa un acte d’accusation : « usurpation, fratricide, inceste, idolâtrie, rébellion », puis après l’avoir sentencié à la peine capitale, on lui fit choisir entre le bûcher et le garrot. Il préféra le deuxième supplice, car ainsi son corps serait conservé et son père le Soleil le ressusciterait.

Chaque année, au cœur des Andes, les peuples indiens du Cuzco célèbrent la mort du héros vaincu pour garder sa mémoire bien vivante.