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Des cyclistes craignent les enragés

Autant sur les routes que sur les réseaux sociaux, ils sont la cible d’automobilistes qui en ont contre eux

Michel Longpré-Boisvert, âgé de 28 ans, prend son vélo tous les jours. Le résident de Longueuil aimerait voir un meilleur partage de la route entre les cyclistes et les automobilistes québécois. Il dénonce également la violence sur internet.
Photo Antoine Lacroix Michel Longpré-Boisvert, âgé de 28 ans, prend son vélo tous les jours. Le résident de Longueuil aimerait voir un meilleur partage de la route entre les cyclistes et les automobilistes québécois. Il dénonce également la violence sur internet.

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Ils se font crier des menaces de mort, lancer des objets et klaxonner agressivement. Une dizaine de cyclistes qui sillonnent les rues et routes du Québec, été comme hiver, ont confié au Journal être si souvent la cible des foudres d’automobilistes impatients qu’ils craignent parfois un dénouement tragique.

« La plupart des confrontations que j’ai eues se sont terminées avec les mots : “La prochaine fois, si t’es pas content, je te roulerai dessus”. C’est grave ! », raconte Mathieu Murphy-Perron, 33 ans. Le Montréalais enfourche son vélo tous les jours pour aller travailler.

Il dit s’être fait lancer un mégot de cigarette parce qu’il avait roulé sur la voie publique au lieu de la piste cyclable pleine de flaques d’eau.

« Le gars dans le camion m’a dit : “Tiens, tu vas pouvoir rester au sec”. Ça m’a dégoûté », poursuit-il.

René Pruneau raconte avoir eu très peur il y a deux ans quand il s’est fait prendre en chasse avec un ami par un automobiliste sur la rue Ontario à Montréal.

« L’auto s’est approchée de moi et le passager a sorti ses mains et cherchait à me faire tomber. Elle revenait sur ses pas pour nous poursuivre. On a dû se réfugier dans un resto pour finalement appeler la police », relate l’homme de 55 ans, qui utilise aussi sa bicyclette chaque jour.

Partage de la route

Certains aménagements de pistes cyclables sont problématiques et dangereux, selon le Montréalais Patrick Ouellet. Plusieurs cyclistes vont préférer rouler dans la voie publique, au grand dam des conducteurs.

« C’est comme s’ils n’acceptaient pas de devoir partager la rue. J’ai beau respecter toutes les règles et ne pas empiéter dans leur voie, je vais assurément en déranger quelques-uns, pour aucune raison », estime de son côté Michel Longpré-Boisvert, 28 ans, de Longueuil.

Vélo Québec déplore cette attitude. L’organisme croit que plusieurs automobilistes voient les amateurs de vélo comme des « parasites qui ne paient pas leur droit d’être sur la route », ne déboursant pas pour des plaques d’immatriculation et un permis de conduire.

« Les taxes foncières, notamment, permettent de payer la voie publique. Le cycliste a donc autant le droit de rouler en sécurité, d’autant qu’il est plus vulnérable qu’une voiture », affirme Magali Bebronne, chargée de programme pour l’organisme.

Enragés du clavier

À l’ère du numérique, la rage envers les cyclistes sur les routes se transpose sur les réseaux sociaux. Le Journal y a constaté de violents propos envers les cyclistes.

« La solution serait de rouler sur les pistes cyclables avec les voitures », écrit un internaute sur Facebook sous une vidéo où l’on voit un cycliste se faire happer par une voiture.

« C’est simple, tu passes très près pour que ton miroir l’accroche, pis tu dis au policier que t’avais le soleil dans le visage et que tu ne l’as pas vu », propose un second sous une autre vidéo du genre.

« Il y a les enragés au volant et les enragés du clavier. Ça fait peur. Tout d’un coup qu’ils passent de la parole aux actes », lance M. Longpré-Boisvert.

Ça se « joue » souvent à deux

Les cas extrêmes de rage au volant se « jouent » le plus souvent à deux, selon le psychologue spécialisé en comportements dangereux Richard Langevin.

« Ça prend des répliques de part et d’autre, qui vont mener à une escalade jusqu’à la violence. S’il n’y a pas d’huile sur le feu pour que ça dégénère, la tension va finir par se résorber », dit-il.

De nombreux comportements peuvent être qualifiés de rage au volant : coller le derrière d’une voiture ou le suivre avec insistance, engueuler une personne ainsi que la klaxonner à répétition.

Si n’importe quel conducteur peut expérimenter un jour un épisode de rage au volant, certains d’entre eux ont toutefois des prédispositions à la déclencher.

Les automobilistes agressifs sont en général moins scolarisés que l’ensemble de la population et possèdent un moins bon revenu, explique le psychologue François St Père.

Plusieurs d’entre eux manifestent des comportements asociaux. Certains auront déjà fait l’objet d’inculpations pour des infractions majeures au Code de la sécurité routière (conduite dangereuse, excès de vitesse) ou pour des méfaits punis par le Code criminel.

Dans la grande majorité des cas, ce seront des hommes, poursuit M. St Père.

Période négative

Une personne au tempérament agressif ou une autre qui vit une période négative ou de stress a beaucoup plus de chances de se mettre en colère facilement si elle est confrontée à une inconduite de la route, estime François St Père.

« S’il y a un élément déclencheur, cette personne va plus aisément entrer dans un épisode de rage derrière son volant », affirme-t-il.

Une personne avec une moins bonne confiance en elle sera plus prompte à réagir agressivement contre un autre conducteur, avance quant à lui M. Langevin.

« Elle voudra prouver à l’autre personne son erreur et aller chercher réparation en intimidant », explique-t-il.

Aussi, une personne aura tendance à reproduire le comportement de ses parents.

« Plus jeune, vous avez pu voir vos parents réagir agressivement, en klaxonnant ou en criant. Votre jugement sera altéré, en enregistrant qu’il s’agit d’un comportement à reproduire », fait valoir M. Langevin.

Endroit « protégé »

La conception de plus en plus confortable des véhicules, dans lesquels nous passons beaucoup de temps, crée à tort un sentiment de sécurité, selon M. St Père.

« On se sent protégé dans une voiture, ça devient plus facile de libérer nos émotions, il y a moins de retenue, moins de filtre. »

Tout le monde a sa « bulle » et il en va de même en voiture, croit M. Langevin.

« En se faisant couper de trop près, on se sent envahi dans notre intégrité. C’est une sorte de peur qui peut nous faire répondre de manière colérique, comme par réflexe pour se défendre. C’est un instinct de survie », poursuit-il.

6 cas de rage au volant

9 DÉCEMBRE 2017

Michel Longpré-Boisvert, âgé de 28 ans, prend son vélo tous les jours. Le résident de Longueuil aimerait voir un meilleur partage de la route entre les cyclistes et les automobilistes québécois. Il dénonce également la violence sur internet.
Photo d'archives, Agence QMI

Après avoir percuté un véhicule sur l’autoroute 40 à Montréal, Roberto Rego Bulhoes est entré dans une course folle, avec ses quatre enfants à bord. Dans sa cavale, étant poursuivi par le conducteur de la première automobile qu’il a emboutie, l’homme est entré en collision avec deux autres voitures. La poursuite s’est terminée une vingtaine de kilomètres plus loin, à Longueuil, après qu’il a foncé dans un muret, causant un bouchon de circulation monstre.

22 JUILLET 2016

Michel Longpré-Boisvert, âgé de 28 ans, prend son vélo tous les jours. Le résident de Longueuil aimerait voir un meilleur partage de la route entre les cyclistes et les automobilistes québécois. Il dénonce également la violence sur internet.
Capture d'écran TVA Nouvelles

Un accrochage entre une remorque et une voiture sur une autoroute à Terrebonne s’est transformé en tentative de meurtre. François Fugère s’est fait poignarder à cinq reprises après que l’autre conducteur, furieux, s’en est pris à lui quand ils se sont arrêtés pour constater les dégâts.

5 AVRIL 2015

Michel Longpré-Boisvert, âgé de 28 ans, prend son vélo tous les jours. Le résident de Longueuil aimerait voir un meilleur partage de la route entre les cyclistes et les automobilistes québécois. Il dénonce également la violence sur internet.
Photo courtoisie

Manuel Delisle, de Saint-Jérôme, n’a pas eu à purger de peine après avoir été impliqué dans une histoire de rage au volant à la tronçonneuse dont les images ont fait le tour du monde. Le juge a estimé que l’autre partie avait aussi sa part de responsabilité dans les actions de Delisle, qui n’a blessé personne.

2 MARS 2015

Michel Longpré-Boisvert, âgé de 28 ans, prend son vélo tous les jours. Le résident de Longueuil aimerait voir un meilleur partage de la route entre les cyclistes et les automobilistes québécois. Il dénonce également la violence sur internet.
Photo d'archives, Ben Pelosse et Agence QMi

Marko Lubin a arraché avec ses dents le doigt de Jonathan Cormier (en mortaise) avant de percuter son père, Michel Cormier, lui causant de graves blessures. Lubin était entré en colère après s’être fait couper par le père et le fils à Montréal. Celui-ci était sorti du véhicule pour lui dire de cesser de klaxonner. Lubin a écopé de cinq ans de pénitencier en juin dernier.

9 DÉCEMBRE 2010

Michel Longpré-Boisvert, âgé de 28 ans, prend son vélo tous les jours. Le résident de Longueuil aimerait voir un meilleur partage de la route entre les cyclistes et les automobilistes québécois. Il dénonce également la violence sur internet.
Photo d'archives, Ben Pelosse

À Montréal, Jeffrey Lindsor (avec la chemise bleue sur la photo) a percuté à mort George De Castro avec sa voiture alors que celui-ci le poursuivait en courant. Le ton avait monté à la suite d’un conflit entre les deux hommes pour un stationnement. Jeffrey Lindsor a été acquitté. Il soutenait qu’il s’agissait d’un bête accident.

19 DÉCEMBRE 2003

Michel Longpré-Boisvert, âgé de 28 ans, prend son vélo tous les jours. Le résident de Longueuil aimerait voir un meilleur partage de la route entre les cyclistes et les automobilistes québécois. Il dénonce également la violence sur internet.
Photo d'archives

Jorge Gustavo Mazzara a causé la mort d’un jeune automobiliste de 21 ans, Simon Lafrance, à Longueuil. Il l’a tué à coups de bâton de baseball après qu’il a frôlé le véhicule de la victime dans un stationnement d’un restaurant. Il a été condamné à quatre ans et demi de prison.