/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Interdit aux Blancs

Coup d'oeil sur cet article

Vous pensiez que les opposants à Kanata allaient trop loin en exigeant que seuls des autochtones puissent raconter des histoires autochtones ? Vous n’avez rien vu.

Il y a des gens qui pensent que seul un artiste visuel autochtone a le droit de faire le portrait d’une éminente personnalité autochtone.

CHACUN CHEZ SOI

Dans le cadre de sa collection Hommage aux bâtisseurs culturels montréalais, la métropole aura bientôt une murale rendant hommage à Alanis Obomsawin, réalisatrice autochtone de grand talent, qui a produit plus de 50 œuvres, entre autres pour l’ONF.

Mais l’appel d’offres de l’organisme MU pour cette murale spécifie bien clairement : « Ce concours s’adresse exclusivement aux artistes professionnels autochtones canadiens ».

En plus d’être discriminatoire, cette consigne est absurde. C’est comme si on disait aux Blancs qu’ils ne peuvent pas « comprendre » le talent et l’impact de Mme Obomsawin. Qu’ils ne peuvent pas lui rendre hommage. On en est rendu là.

Je dois être très naïve, mais je pense sincèrement que la force de l’art, c’est de rassembler les humains. De créer des liens. De voir que malgré nos différences, on a quelque chose en commun.

Or, en réservant la confection de cette murale à des artistes autochtones, on édifie des murs (excusez le jeu de mots) au lieu d’en abattre.

MESURES COERCITIVES ?

Toujours au sujet de l’art autochtone, vendredi, le premier ministre Philippe Couillard a servi toute une leçon à l’aile jeunesse de son parti, qui proposait que « les producteurs qui feraient plus de place à la diversité (minorités visibles et Autochtones) auraient droit à un meilleur financement public lorsqu’ils soumettraient leurs œuvres à la [SODEC] et au [CALQ] ».

Or le PM a répliqué : « Je résiste beaucoup à l’idée de l’État qui porte un jugement sur une œuvre artistique. Si on fait du théâtre, par définition, on se met dans la peau de quelqu’un d’autre. »

Cette citation du PM sur le fait de se mettre « dans la peau d’un autre » m’a fait penser à Tomson Highway, le dramaturge cri du Manitoba, qu’on appelle le Michel Tremblay du Nord.

En 2013, dans le Maclean’s, une journaliste lui avait demandé ce qu’il pensait des metteurs en scène qui avaient peur de l’appropriation culturelle et refusaient de faire jouer ses pièces qui se déroulent dans des réserves autochtones par des acteurs blancs.

Il avait répondu : « Je ne veux pas particulièrement travailler avec des gens qui ont peur. Et les gens qui pensent ainsi ont peur, ils sont pissous ! Je me sens plus à l’aise avec des gens qui sont braves et courageux. Qui sont politiquement incorrects, pour l’amour de Dieu. J’adore les gens politiquement incorrects. Je veux dire, c’est essentiel pour l’art. »

Et il a ajouté : « Si une lesbienne chinoise noire est engagée pour jouer le rôle d’un chef de réserve indienne, c’est le choix d’un metteur en scène ou d’un producteur et les autres devraient se mêler de leurs oignons. »

Si seulement on avait entendu ça au moment de la controverse Kanata !

LA QUESTION QUI TUE

Qu’est-ce qui est le plus progressiste d’après vous ?

La méthode coercitive des jeunes libéraux, des murales interdites aux Blancs, ou la « non-rectitude politique » de Tomson Highway ?