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Où s’en va le Conseil des arts du Canada ?

Simon Brault
Photo Le Journal de Montréal, Martin Chevalier Simon Brault

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On s’attend normalement à ce que le discernement et la prudence soient liés en ce qui concerne la responsabilité et la maturité.

J’ose espérer que je dis moins de bêtises aujourd’hui qu’à 20 ans.

Réunis en congrès samedi dernier, les jeunes du PLQ voulaient que les artistes soient assujettis à « un processus d’octroi des subventions plus rigoureux » selon le traitement réservé aux minorités ethniques.

Philippe Couillard a rapidement fermé cette porte.

Dérive

Les jeunes s’étaient emparés de cette notion d’appropriation culturelle, importée des États-Unis, sans trop y réfléchir.

Ils ont beaucoup insisté sur le « dialogue » : dialoguer sur quoi exactement ? Jusqu’où ?

Ils ont parlé de « respect » et de « sensibilité » : qui juge ce qui est respectueux et sensible, et comment ?

C’est un trait propre aux ailes jeunesse de tous les partis : pour faire parler de soi, on embarque dans tous les trains à la mode, surtout quand ils prétendent transporter des bons sentiments, mais on descend plusieurs stations au-delà du souhaitable.

Quand ces mêmes sentiments sont repris par des gens dont l’expérience et la responsabilité sont grandes, l’affaire devient cependant plus inquiétante, d’où la première phrase de cette chronique.

Simon Brault est le directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada. Il a une longue et riche feuille de route dans le milieu culturel.

Le Conseil des arts du Canada, c’est rien de moins que le plus important organisme public de soutien aux arts du Canada, ce qu’il fait au moyen de subventions, de prix et de services d’accompagnement aux artistes.

En 2016, le gouvernement Trudeau a annoncé un doublement sur cinq ans de son budget, le faisant passer de 150 millions $ en 2015 à 310 millions $ en 2021.

C’est beaucoup d’argent, et il vient des poches des contribuables.

Évidemment, pour décider qui reçoit ou pas de l’argent, il faut des critères.

Que l’on tienne compte, dans l’octroi des subventions, de la diversité culturelle de notre société n’est pas déraisonnable en soi.

Mais M. Brault semble déterminé à aller beaucoup plus loin.

Danger

En septembre 2017, il cosignait une lettre dans laquelle on pouvait lire : « L’appropriation des récits, des façons d’être et des œuvres d’art autochtones est tout simplement une continuité du colonialisme et de l’affirmation de ses droits sur la propriété des peuples autochtones. »

Ici, le concept d’appropriation culturelle n’est plus une tocade d’un universitaire militant, d’un apprenti politicien ou d’un porte-parole d’un lobby.

Il est endossé par le dirigeant du plus important organisme de soutien à la culture au Canada.

Tous ceux qui se soucient de la liberté artistique devraient s’en inquiéter infiniment plus que des cabrioles des jeunes du PLQ.