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Le naufrage du PQ

Le naufrage du PQ
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

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L’automne dernier, je me suis présenté dans le comté de Gouin à l’occasion d’une élection partielle. Le PQ a décidé de s’abstenir de présenter un candidat. Pas besoin de dire que j’étais intrigué de voir comment cette absence allait se faire sentir.

J’ai pu constater en faisant du porte à porte que le PQ ne manquait à personne. Les nationalistes, les indépendantistes, les électeurs de centre, centre-droit ou centre-gauche avaient tous la possibilité de voter pour un autre parti qui représentait tout aussi bien sinon mieux leurs convictions.

La récente campagne d’autodérision du PQ rappelle cruellement les difficultés de Jean-François Lisée à trouver une place sur l’échiquier politique. On ne voit plus très bien l’utilité de ce parti, à part nous faire sourire le temps d’une publicité. Il est bien de faire parler de soi en politique, sauf quand ça témoigne d’une incapacité à traiter des véritables enjeux qui touchent la population.

On entend  bien au loin un «spin» qui voudrait faire croire que le PQ a encore une chance de remonter la pente et de gagner la prochaine campagne électorale. On donne en exemple pour se convaincre l’élection-surprise de Valérie Plante ou la remontée de Justin Trudeau en 2015 et on se répète ad nauseam, en espérant que ça devienne une vérité, que les appuis de la population à la CAQ vont s’effondrer.

Il serait pourtant très surprenant que le PQ parvienne à remonter la pente d’ici la prochaine élection.

En perte de vitesse depuis 15 ans

Le problème du PQ est avant tout historique. C’est le parti d’une cause qui ne répond plus aux aspirations de la majorité de la population. Le PQ ne cesse de perdre des votes d’une élection à l’autre, principalement en raison de la fatigue des Québécois envers la question constitutionnelle. L’appétit n’est plus au rendez-vous depuis 1995. L’attrait pour le PQ s’en ressent.

Il n’y a aucun signe que cette tendance s’inversera lors de la prochaine élection. Au contraire, la montée de la CAQ dans les sondages montre que son nationalisme affirmé correspond davantage aux aspirations des Québécois.

Lisée dur à suivre

Il est difficile d’amorcer une remontée électorale pour un chef s’il n’a pas derrière lui un parti prêt à l’appuyer. En changeant constamment de priorités et de messages, le chef du PQ est dur à suivre pour la population et encore davantage pour ses candidats. La dernière année nous a appris quelque chose sur le PQ : Lisée n’a pas d’autorité sur son caucus. On ne compte plus le nombre de fois où il a dû se rétracter suite à une rencontre avec ses députés.

Désigner Véronique Hivon comme vice-cheffe témoigne également de son incapacité à rassembler ses troupes. Au lieu de renforcer son leadership, cette nomination envoie le message que Lisée  n’a peut-être pas à lui seul les qualités pour diriger un parti, encore moins pour devenir le prochain premier ministre.  

Son manque de jugement affecte également sa crédibilité. Alors qu’une vaste majorité de la population – y compris les électeurs traditionnels du PQ – veut se débarrasser du gouvernement Couillard, le co-chef péquiste tire toutes ses salves contre Legault. Il y a là un choix stratégique pour le moins incompréhensible. Quand Lisée et Couillard tirent à unisson contre Legault, la population entend que le seul véritable adversaire de Couillard, c’est le chef de la CAQ.

De mauvais choix politiques

Afin d’amorcer une remontée électorale, il faut aussi qu’un parti puisse compter sur quelques idées fortes susceptibles de rassembler la population. En renonçant à tenir un référendum dans un premier mandat, le PQ se retrouve avec un vide qu’il a bien du mal à remplir.

Le virage vers la gauche amorcé dans les derniers mois le distingue difficilement de QS qui occupe déjà cet espace politique. La volonté de se repositionner autour du slogan « État fort » est pour le moins étonnante. Quelqu’un au Québec a-t-il réellement besoin de plus de bureaucratie dans sa vie?

Vers une débâcle?

Pour toutes ces raisons, il serait étonnant que Lisée parvienne à renverser la tendance d’ici la prochaine élection.

Les sondages sont sans équivoque : le PQ n’est pas compétitif. Les projections de Brian Breguet du site Too close to call fait à partir du sondage LCN/Léger de juin donne à peine 5 sièges au PQ*. Ce serait sa plus faible récolte depuis sa fondation. Il ne serait même pas reconnu comme parti officiel à l’Assemblée nationale.

En s’accrochant à une illusoire remontée comme à une bouée de sauvetage, le PQ nous rappelle que ce qu’il vit, c’est un naufrage.