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Les fourberies de Philippe

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Si la réputation de Philippe Couillard était celle d’un homme de cœur et de bon jugement, l’éviction de son député François Ouimet au profit d’un ex-joueur de hockey, Enrico Ciccone, n’aurait jamais provoqué la levée de boucliers à laquelle on assiste.

Si levée de boucliers il y a, c’est justement parce que le geste posé par le premier ministre confirme puissamment ce que sa manière de gouverner révèle de lui depuis quatre ans. Soit que le chef libéral manque souvent de jugement, de compassion et d’intelligence émotionnelle.

La carte blanche qu’il a offerte à son ministre Gaétan Barrette pour déglinguer le système de santé publique en témoigne déjà amplement. L’exécution politique de François Ouimet y ajoute un trait tout aussi troublant : un manque navrant de respect envers un homme intègre et un membre de sa propre équipe. Qui plus est, un député élu depuis 1994.

Jetable après usage

Sous prétexte d’un « renouveau » du PLQ, M. Couillard jette son député aux orties. Que François Ouimet se sente « trahi » tient de l’euphémisme. Il jure d’ailleurs que le premier ministre lui avait donné son imprimatur pour se présenter à nouveau dans Marquette, un comté libéral ultra sûr.

À preuve, son investiture était prévue pour le 15 août. Même les photos de M. Ouimet pour les affiches électorales ont été prises. M. Couillard l’a pourtant sacrifié à la veille même de son investiture.

On dit que la politique est un sport extrême, dont le maniement du poignard dans le dos est la première discipline requise. Un chef doit-il pour autant se croire permis d’éliminer sans broncher un de ses députés les plus respectés par ses pairs ?

Philippe Couillard lance néanmoins que sa « parole vaut beaucoup ». Ce sont les « circonstances » qui, dit-il, auraient changé. Or, jusqu’à preuve du contraire, l’explication semble avoir été cousue de fil blanc chirurgical.

Coller à la peau

Pour Enrico Ciccone, son entrée en scène en restera entachée. Il n’y en aura pas de facile, disent les sportifs. Le fantôme de François Ouimet le suivra en effet de près dans son porte-à-porte.

Le Journal rapportait aussi hier que l’exécutif libéral dans Marquette démissionnerait à la fin du mandat. Il pourrait même y avoir contestation judiciaire. Bref, dans l’équipe libérale, l’« affaire » Ouimet n’a rien pour rassurer des troupes inquiètes de perdre les élections du 1er octobre.

Traînant de la patte derrière la CAQ, pour le chef libéral, plombé par les effets négatifs de son austérité et l’usure inévitable du PLQ après presque 15 ans au pouvoir, le limogeage brutal de François Ouimet risque de lui coller à la peau.

La campagne sera longue. La bataille s’annonce féroce. Que M. Couillard se déleste ainsi sans ménagement d’un de ses soldats les plus loyaux et droits en dit long sur un chef qui, craignant de voir venir sa possible défaite, multiplie les erreurs de jugement.

Sur ce, je prends une brève semaine de pause. Au plaisir de vous retrouver, le 28 août.