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Commotion cérébrale: il s'effondre sur le terrain de football

Pendant 10 heures, «il n’y avait plus de son ni d’image», confie un ex-footballeur

Le rêve de devenir un footballeur professionnel s’est éteint il y a 6 ans pour Simon Bussières-Labrecque. « Il ne faut pas trop pousser. Oui, une saison, ce n’est pas long, mais tu peux toujours jouer la saison suivante et l’autre d’après, si tu fais attention à toi. »
Photo Stevens Leblanc Le rêve de devenir un footballeur professionnel s’est éteint il y a 6 ans pour Simon Bussières-Labrecque. « Il ne faut pas trop pousser. Oui, une saison, ce n’est pas long, mais tu peux toujours jouer la saison suivante et l’autre d’après, si tu fais attention à toi. »

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C’était en octobre 2012, alors que les Vikings de l’école secondaire Les Etchemins entamaient le troisième quart. Simon Bussières-Labrecque saute sur le terrain, mais avant même le botté d’envoi, il s’effondre tête première devant ses coéquipiers.

« Il n’y a plus eu de son ni d’image pendant 10 heures. J’avais les yeux ouverts, mais je ne répondais pas », se souvient l’ancien footballeur, qui a encore de la difficulté à aborder ces douloureux souvenirs.

Son seul regret

Comme plusieurs autres joueurs qui ont subi d’importantes commotions cérébrales, Simon est encore incapable de se rappeler cette dernière partie ni son transport en ambulance, accompagné de son père rongé par l’inquiétude.

Aujourd’hui âgé de 22 ans et retraité depuis six ans, il n’entretient qu’un seul regret : ne pas avoir écouté ses maux de tête durant le match.

« C’est un monde où on ne fait pas attention à nous autres. C’est go le match, c’est la saison, et tu te reposeras pendant la saison morte. Mais tu peux perdre ta qualité de vie, et c’est à ça que les jeunes ne pensent pas sur le terrain », tonne-t-il.

Dans son cas, c’est l’accumulation de plusieurs coups à la tête au football, jumelés à une importante commotion subie à l’âge de cinq ans, qui lui auront coûté sa carrière.

« C’est casque à casque toute la game. Je jouais offensif et défensif cette année-là, puisque nous n’étions pas assez », se rappelle-t-il.

Retour au jeu « l’esprit brouillé »

L’ancien joueur du Rouge et Or Philippe Lambert, victime de quatre commotions, dont deux dans d’autres sports, est encore un passionné de football, mais admet lui aussi qu’il ferait les choses différemment.

En 2007, alors qu’il jouait au niveau collégial, il se rappelle être retourné au jeu « l’esprit brouillé », après avoir reçu un important coup à la tête.

Tous les symptômes

« J’ai vécu tous les symptômes, énumère-t-il. Les points noirs, j’ai vu orange, j’ai eu des vomissements, j’ai aussi eu des acouphènes pendant six mois », se remémore le sportif de 30 ans, qui a poursuivi sa carrière en tant qu’entraîneur.

« Retourner au jeu après un coup comme ça, ça ne se fait plus », insiste-t-il.

Aujourd’hui, le sportif révèle qu’il a, à l’occasion, des troubles de mémoire à court terme.

« Je pense que c’est plus que la normale, en raison de mes antécédents », mentionne-t-il.

 

La NFL ne donne pas l’exemple

 

La « mentalité de chevalier invincible » au football changera lorsque les équipes professionnelles « donneront l’exemple », estime le spécialiste en psychologie de la performance Dany Bernard.

« [Le football professionnel], c’est comme un toit qui coule, illustre-t-il. Tu as beau changer le plancher, ton toit va toujours couler. »

Selon lui, les joueurs de la NFL, notamment, retournent trop rapidement au jeu après une commotion cérébrale.

Cet avis est partagé par d’anciens joueurs de niveau universitaire et collégial.

« Le processus [de retour au jeu] s’est amélioré [mais il reste encore du travail à faire]. Je trouve que c’est vraiment trop rapide », confie l’ex-joueur du Rouge et Or de l’Université Laval Philippe Lambert.

Nouvelle génération

D’autres joueurs et entraîneurs interrogés par Le Journal estiment qu’une nouvelle génération de sportifs viendra bientôt changer la donne.

<b>Nicholas Desharnais</b><br />
Ancien joueur
Photo Didier Debusschère
Nicholas Desharnais
Ancien joueur

C’est du moins l’opinion de l’ex-footballeur de niveau collégial Nicholas Desharnais, aujourd’hui âgé de 30 ans.

« Les joueurs plus sensibilisés sont rendus au cégep, dit-il. Je dirais donc que plus on monte [de niveau], plus les mentalités restent à changer », estime celui qui a évolué avec l’équipe du campus Notre-Dame-de-Foy.

Ce changement de génération se fait aussi sentir chez les entraîneurs, estime Patrice Blackburn, entraîneur adjoint des Vikings de l’école secondaire des Etchemins depuis 17 ans.

« Aujourd’hui, on doit former les coachs qui arrivent, notamment sur le fait de ne pas encourager les gros plaqués », dit-il.

« Les jeunes restent des jeunes. Quand il y a un gros hit, ils s’exclament, mais nous les coachs, avant de sauter, on leur dit de se calmer », ajoute son collègue entraîneur-chef, Nicolas Laroche.

Ce changement d’attitude à l’égard des commotions a obligé les fédérations sportives à changer certains aspects du jeu, par exemple en ce qui concerne les plaqués « casque à casque », qui sont maintenant susceptibles de punitions.

« Ce n’est pas parce que l’arbitre ne voit pas [un coup à la tête] qu’on s’en lave les mains. On essaie de responsabiliser les jeunes », assure M. Laroche.