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Un Montréal post-apocalyptique

WE 0818 Boileau
Photo courtoisie Dévorés
Charles-Étienne Ferland
Les éditions L’Interligne, 211 pages

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Officiellement, Dévorés est un roman d’anticipation post-apocalyptique. Mieux vaut dire que c’est un très bon suspense, pour rassurer les lecteurs qui seraient méfiants du genre. Car ce roman vaut la peine d’être lu !

Au cinéma, en littérature, les histoires de peur aux créatures effrayantes viennent toujours d’ailleurs. Pas avec Dévorés. Ici, on est en plein cœur de Montréal, et ça ajoute au plaisir d’une histoire qui ne manque ni de rythme ni de rebondissements.

Pourtant, la nouvelle espèce de guêpe que l’auteur Charles-Étienne Ferland a créée est universelle. Elle s’attaque à la terre entière, réduisant à néant toutes les cultures agricoles. Lorsqu’il ne reste plus rien, la guêpe se trouve une autre proie : les humains.

Nous suivrons cette effroyable guerre aux côtés de Jack et de ses amis, étudiants à l’Université de Montréal qui se tiennent tapis dans leur appartement du quartier Côte-des-Neiges. Bien des survivants – car quelques semaines ont suffi pour que Montréal ne compte plus que 10 000 personnes – ont préféré se réfugier dans le métro. C’est la nuit que ces gens sortent en quête de conserves et d’aliments secs parce que les guêpes ne circulent que lorsque le soleil est levé.

Cela fait des mois que ça dure et Jack ne voit qu’une issue : rejoindre sa famille qui serait réfugiée sur une île du lac Ontario, trop loin du rivage pour avoir été atteinte par la dévastation.

Charles-Étienne Ferland, dont c’est le premier roman, nous raconte tout cela comme si on y était, avec un souci de réalisme qui rend son récit... plausible. Mieux encore, son histoire est assez solide pour plaire aux amateurs de dystopie, mais écrit avec une telle humanité que les lecteurs réticents devant la science-fiction embarqueront aussi.

Il faut dire que l’auteur connaît son sujet. Passionné depuis l’enfance par les insectes, il a entrepris une maîtrise en entomologie. Sa description des guêpes anthropophages et des ravages qu’elles peuvent commettre s’appuie donc sur des bases scientifiques réelles, ce qui ajoute à l’intérêt.

Quant aux réactions humaines, elles sont tout à fait envisageables dans un monde où seule compte la survie. Se promener la nuit dans les rues de Montréal, ou même par ses toits pour échapper aux bandes qui rôdent, prend dès lors une inquiétante allure. Il y a à cet égard des scènes qui font imaginer quel film d’aventure ce récit pourrait donner.

Surtout, il y a Jack. On trouve chez ce jeune homme sensible, aux prises avec l’inimaginable, des réminiscences de héros au cœur pur des récits pour adolescents. Mais l’auteur a donné à ce Jack un esprit suffisamment tourmenté pour dépasser le cliché. On s’y attache.

C’est sans doute pourquoi, après un récit aussi haletant, la fin nous déroute. Toutes les pistes sont ouvertes, sans vraiment de conclusion.

On croit comprendre que l’auteur prépare une suite. C’est grandement souhaité. Et ce serait encore mieux si un cinéaste curieux pouvait mesurer le potentiel à tirer d’une après-apocalypse aussi captivante !