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Gertrude Bourdon : la ministre du privé en santé?

Gertrude Bourdon et Gaétan Barrette

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La rumeur circule que Gertrude Bourdon, celle-là même qui vient de renier François Legault, va se présenter pour le PLQ dans la circonscription de Jean-Lesage aux prochaines élections.

Hey, c’est chez nous ça!

De liens étroits avec le privé en santé permis par le ministre

Si Gaétan Barrette veut rester à la Santé, pas de problème. S'il est réélu, Philippe Couillard a juste à créer un nouveau ministère pour la recrue Bourdon : le Privé en santé.

Car, outre les grandes qualités que l’on semble lui reconnaître, quelque chose me chicotte avec l’actuelle PDG du CHU de Québec : ses liens avec les grands du privé en santé, tels que Siemens, TELUS, Greybox, CAE Santé, Ubisoft, Emovi, Medtronic Canada, Imagia, Kinova Robotics, Medicago, etc. En effet, Mme Bourdon siège aux conseils d'administration d'organismes et de sociétés tels que Medtech, Québec International ou Alliance Santé Québec.

Mais Gertrude Bourdon peut s’en défendre : le ministre Barette lui-même, lui en a donné la permission.

Ce dernier souhaite seulement qu’elle agisse « avec réserve et dans le respect de l'éthique professionnelle ».  C’est ce que révèle une lettre du ministre à la PDG le 1er mars 2016, dans le laquelle il mentionne « que ces autres fonctions ne devraient pas vous empêcher d’exécuter l’ensemble de vos responsabilités de présidente-directrice générale de votre établissement. »

Et oui, l’actuelle ministre de la Santé permet aux hauts gestionnaires de la santé au Québec de fricoter avec le privé.

Selon Yves Lévesque, chercheur indépendant qui a produit une étude exhaustive[i] sur les relations corporatives entretenus par 600 membres de CA des établissements publics en santé et services sociaux : « Mme Bourdon est loin d'être la seule PDG d'établissement public de santé qui a des liens étroits avec le privé. Ni la seule à avoir obtenu une lettre l'autorisant à conserver de tels liens avec le secteur privé. »

Fabrice Brunet, président du CHUM n’est pas en reste. Il siège aux conseils d’administration d’un plus grand nombre de sociétés privées en santé que sa collègue de Québec. À un point tel qu’on serait en droit de se demander quand trouve-t-il le temps d’être PDG du CHU à Montréal?

Mais quel est le problème?

Le problème est le suivant : comment Mme Bourdon peut-elle oublier qu’elle est PDG du CHU de Québec dans des discussions de MedTech par exemple, alors que de ses comparses au CA ont vendu pour des millions $ de matériel de santé au gouvernement?

Come on ! Y faut quand même pas prendre les Québécois pour des valises...

Les compagnies d’assurances, les pharmaceutiques, les entreprises de bio-tech, de e-health, etc. n’attendent qu’une opportunité de faire du fric avec l’État qui aura décidé de privatiser encore plus la santé au Québec.

C’est comme le loup dans la bergerie.

Barette a préparé le terrain

De plus, les réformes Barette des dernières années ont accru indument la pression sur le personnel professionnel en santé. Il s’agit ni plus ni moins qu’un incitatif détourné pour elles et eux de se partir « en business ».

C’est déjà le cas d’ailleurs.

Les médecins, eux, se gâtent. Le ministre Barrette leur a ouvert la porte toute grande avec les Super-cliniques, de véritables PME qui chargent à l’État et qui enrichissent des médecins incorporées, déjà grassement payés et leurs copains investisseurs.

Les dentistes et les optométristes sont déjà quasi-exclusivement privés. En totalité ou presque, ils ont leur propre cabinet et facturent à l’État quand c’est couvert par l’assurance-maladie. Sinon vous payez, même s’il s’agit de soins de santé essentiels.

75% des psychologues pratiquent au privé : une augmentation de 150% de 1991 à 2011. La moitié des physiothérapeutes sont aussi au privé : il en coûtait en 2016 en moyenne près de 60$ pour un traitement. 40% des orthophonistes et des audiologistes sont en pratique mixte, soit public et privé; au privé, il en coûte 100$/heure pour un traitement auxquels il faut ajouter 200$ pour l’évaluation initiale.

Vive la gratuité en santé ! (ironie)

Faisons le débat : oui ou non au privé en santé?

Je veux bien qu’une future ministre de la Santé possède une connaissance approfondie du réseau public, des capacités de gestionnaires hors du commun et un parcours exemplaire, mais qu’elle ait aussi des accointances avec le secteur privé me dérange.

Si aujourd’hui, celle qui aspire à devenir ministre de la Santé ne voit aucun problème à frayer avec les dirigeants d’entreprises qui reluquent les milliards $ avec lesquelles elle jonglerait, je me demande sérieusement comment elle pourrait résister à leurs pressions une fois qu’elle siègera comme ministre.

Encore plus inquiétant si elle fait partie d’un gouvernement libéral. Les dernières années n’ont rien pour me rassurer en matière d’éthique, de collusion ou de corruption avec les Libéraux au pouvoir.

Dans le pire des cas Mme Bourdon, je suis franc avec vous : venez donc vous présenter dans Jean-Lesage pour le PLQ finalement. On ne sera pas loin pour débattre de notre système de santé : je vous invite chez moi, dans Limoilou.



[i] La visualisation des relations corporatives de 600 membres de CA des établissements en santé et services sociaux a été réalisée par François P. Robert, chargé de cours en communications à l'UQÀM.