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Victoire au graffiti

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Fini le temps où le graffiti était uniquement associé à des actes de vandalisme du mobilier urbain. Signe que les mentalités évoluent, deux expositions mettant à l’honneur des artisans de ce mouvement débutent cette semaine à Montréal.

C’est en grande pompe que le Quartier des spectacles lance ce mercredi 23 août l’exposition à ciel ouvert «Surfaces», qui présente des œuvres d’art urbain signées par 16 artistes et collectifs montréalais qui ont eu carte blanche. En parallèle, l’exposition «Time is Gold» qui débute le 24 août à la galerie Livart rend hommage au légendaire graffiteur Alex Scaner, décédé l’an dernier à l’âge de 36 ans.

Ces deux événements s’ajoutent aux festivals Mural et Under Pressure, où le travail de nombreux graffiteurs est mis de l’avant. «On ne s’en rend pas compte quand on regarde les gribouillis sur les murs, mais des centaines de milliers d’artistes, voire des millions, s’adonnent à ce mouvement et ils prennent de plus en plus de place dans le milieu institutionnel et sur le marché de l’art aussi», constate le galeriste Simon Bacon, aussi responsable des ventes de l’exposition «Time is Gold». Il rappelle qu’Alex Scaner était un artiste très prolifique qui a su se tailler une place d’exception tant sur la scène locale qu’internationale, et a ainsi participé à démocratiser l’art de rue.

Le graffiteur Alex Scaner était une figure de proue du mouvement avant de s'éteindre à l'âge de 36 ans.
Courtoisie
Le graffiteur Alex Scaner était une figure de proue du mouvement avant de s'éteindre à l'âge de 36 ans.

D’autres graffiteurs sont devenus des artistes reconnus et sont maintenant bombardés de contrats professionnels. C’est le cas de l’artiste-graffiteur Zek One, qui participe aux deux expositions qui débutent cette semaine. «Je crois que le mouvement s’est démystifié avec les années, grâce à des artistes comme Alex Scaner, qui a su montrer au public que lorsqu’on nous permet de développer notre plein potentiel, ça donne place à des oeuvres de calibre», explique-t-il.

L'artiste-graffiteur Zek One participe à deux expositions honorant l'art de rue.
Matt Joycey
L'artiste-graffiteur Zek One participe à deux expositions honorant l'art de rue.

Pas de murale sans graffiti

Espérant favoriser la multiplication des murales et diminuer les graffitis indésirables, la Ville de Montréal investit dans des programmes de «prévention graffiti». Leur nature varie d’un arrondissement à l’autre et ils sont souvent chapeautés par des organismes communautaires. Mais leur but est semblable: on organise des activités qui mettent en contact des artistes avec des jeunes et on réalise des murales et de l’art-graffiti. Celui de l’arrondissement Lachine semble particulièrement dynamique et reconnu par la communauté des graffiteurs.

Ces programmes sont intéressants puisqu’ils essayent d’encadrer les jeunes artistes et leur offre des alternatives au simple flânage dans les rues, constate Kris Murray, candidat Candidat au doctorat en Analyse sociale et culturelle à l’Université Concordia. Par contre, les autorités ne doivent pas croire pour autant que les graffitis de type «tags» ou autre interventions jugées indésirables vont disparaître pour autant. Les «magnifiques murales-graffitis» seront toujours accompagnées de «tags» ou d’autres types de graffitis moins «esthétiques», fait valoir Kris Murray. «Ils vont ensemble, ce sont deux extrémités d’un même spectre», souligne-t-il.

Courtoisie

L’élu municipal et ex-graffiteur Sterling Downey abonde en ce sens. «N’oubliez pas que pour être respecté dans ce milieu, il faut être visible, et pas juste en faisant des contrats légaux, sinon tes murales vont se faire «crossed out» parce que tu es vu comme un vendu», dit-il.

M. Downey, bien qu’élu sous la bannière de l’administration Plante, n’est pas du tout impliqué à l’heure actuelle dans le dossier graffiti. Il souhaite pourtant profiter de son expertise dans le domaine pour remettre sur pied une table de concertation qui réunirait tous les acteurs touchés par le graffiti, du service de police à Postes Canada en passant par la Société de transport de Montréal. «C’est important car c’est dans ce genre de rencontres qu’on peut essayer de leur faire comprendre le mouvement».

L'élu municipal et ex-graffiteur Sterling Downey et son fils.
Matt Joycey
L'élu municipal et ex-graffiteur Sterling Downey et son fils.

Investir pour... et contre le graffiti

Si la Ville de Montréal investit de plus en plus d’argent dans les événements qui honorent les artisans de la rue, elle injecte encore des sommes importantes pour effacer les graffitis.

Les montants alloués varient énormément d’un arrondissement à l’autre. Par exemple, en 2018, l’arrondissement Ville-Marie a prévu une enveloppe d’environ 550 000$ annuellement pour le programme d’enlèvement de graffitis tandis que l’arrondissement Lachine a prévu un peu plus de 10 000$, affirmant que les effets bénéfiques du programme de «prévention graffiti» (investissement de 56 000$) se font sentir et qu’il y a de moins en moins d’effacement à faire.

Selon une compilation effectuée par la Presse en 2015, ce serait 5 millions de dollars que la métropole investirait annuellement dans ce domaine.