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Après SLĀV et Kanata, le riz?

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Quand j’ai lu cette histoire, je me suis dit que c’était une blague, inventée par un site satirique pour se moquer des guerriers de la justice sociale.

Mais non. Parce qu’il a vendu du riz à la jamaïcaine, alors qu’il n’est pas jamaïcain, le chef britannique hyper médiatisé Jamie Oliver s’est bel et bien fait accuser... d’appropriation culturelle­­­.

EN FAIRE TOUT UN PLAT

C’est une députée d’origine jamaïcaine, Dawn Butler, du parti travailliste (quelle surprise !), qui s’est fâchée, parce que Jamie Oliver avait commercialisé des sachets de riz pour le micro-ondes portant l’appellation : « Punchy jerk rice ». Or, le mot « jerk » en cuisine réfère à un mélange d’épices inventé par des esclaves africains au 17e siècle et utilisé pour assaisonner la viande en Jamaïque.

« Savez-vous seulement en quoi consiste le jerk jamaïcain ? » a-t-elle tweeté à l’intention de Jamie Oliver. « Cette appropriation de la Jamaïque doit cesser ! », a-t-elle ajouté avec virulence.

Jamie Oliver a répondu plus tard en expliquant ce qui, selon moi, est une évidence : « J’ai travaillé avec des saveurs et des épices du monde entier pendant toute ma carrière, j’ai appris et je me suis inspiré de différents pays et différentes cultures pour donner un nouveau “twist” à la cuisine de tous les jours. [...] En donnant ce nom à ce riz, mon intention était simplement de montrer d’où venait mon inspiration ».

Un député conservateur (qui a lui-même des origines africaines) a répondu à la députée offensée qu’elle confondait « appropriation culturelle » et « le plus beau des compliments » : « Nous avons toujours copié et absorbé des éléments des autres cultures, c’est un trait distinctif de la culture britannique. Dawn Butler devrait débarquer de l’autobus des Faux Offensés et relaxer ».

LES PIEDS DANS LES PLATS

Qui aurait cru qu’une poche de riz pour le micro-ondes pourrait susciter autant de controverses ? Personnellement, c’est l’idée même de vendre des poches de riz pour le micro-ondes qui me semble scandaleuse, mais c’est un autre débat.

Ce que nous dit cette controverse, c’est que les Offensés permanents ne comprennent pas le principe du métissage, du mélange des cultures.

S’il y a UN domaine où le mélange des cultures a été un enrichissement commun, c’est bien la cuisine !

Ne dit-on pas précisément que c’est en s’ouvrant à la cuisine des autres que l’on apprend à mieux se connaître ?

N’est-ce pas précisément ce qu’on a tous fait collectivement en 67 à l’Expo : découvrir à travers la bouffe la culture et l’âme du reste de l’humanité ?

Si les Offensés se mettent à crier à l’appropriation culturelle chaque fois qu’un chef utilise un terme ou un ingrédient qui n’est pas issu directement de sa propre culture, on va tous rester chez nous à manger les mêmes plats que mangeaient nos ancêtres.

Ricardo ne pourra proposer que des recettes de tourtières (et encore, il va falloir qu’il prouve qu’il a une bisaïeule venant du Lac-Saint-Jean).

Et on fait quoi avec Giovanni Appolo ? A-t-il le droit de faire de fausses recettes italiennes ou de vraies recettes françaises ?

Non, sincèrement, vaut mieux en rire. Parce que, sinon, ces histoires d’accusation d’appropriation culturelle sont tristes à pleurer.