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Des dangers publics sur nos routes

Un ex-camionneur dévoile des vidéos où il se fait dépasser sur des lignes doubles par des poids lourds

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VAL-D’OR | Un ancien camionneur dénonce le comportement dangereux de plusieurs confrères qui l’ont dépassé dans des courbes sur des lignes doubles sur la route 117.

Sylvain Poupart, 52 ans, n’a pas dormi de la nuit lorsqu’il a vu dans Le Journal mardi qu’une famille de Landrienne en Abitibi avait failli périr la semaine dernière parce qu’un camionneur aurait fait un dépassement sur une ligne double dans une courbe.

Entre juin 2017 et mai 2018, il a lui-même filmé au moins huit camionneurs en train de le dépasser sur des lignes doubles sur la route 117 entre Val-d’Or et Mont-Laurier alors qu’il conduisait son camion.

Sur une des huit vidéos, qui n’ont jamais été rendues publiques avant aujourd’hui, le dépassement est tellement dangereux qu’une automobiliste venant en sens inverse doit bifurquer sur l’accotement pour éviter la collision. Sur une autre, deux poids lourds passent à quelques mètres d’entrer en collision.

Sylvain Poupart, Ex-camionneur
Photo Annie Leblanc
Sylvain Poupart, Ex-camionneur

« Inconscient »

« Il faut être inconscient pour faire des affaires comme ça. Ils auraient pu décimer une famille. Il faut que ça arrête. Chapeau au père de famille qui a eu le réflexe de passer entre les deux camions pour sauver sa famille. C’est très dangereux dans le Parc [La Vérendrye] », affirme celui qui n’est plus camionneur depuis le printemps dernier.

Son médecin l’a mis en arrêt de travail, car il souffre d’un syndrome de stress post-traumatique à la suite d’un accident subi en 2009 lors duquel un homme suicidaire s’était jeté devant son camion. Il dit avoir peur au volant.

La voiture venant en sens inverse a ici dû bifurquer sur l’accotement pour éviter le camion.
Photo capture d’écran, Sylvain Poupart
La voiture venant en sens inverse a ici dû bifurquer sur l’accotement pour éviter le camion.

M. Poupart dit avoir vu une augmentation des dépassements dangereux depuis que certains employeurs, dont le sien, ont bloqué la vitesse des camions à 90 km/h .

« L’impatience est souvent la cause de collision. On l’observe sur la 117 et sur d’autres routes. Mais il faut comprendre que la limite est de 90 km/h. Donc, un véhicule qui roule entre 80 et 90 km/h respecte la limite. Ce sont les autres qui sont en infraction », dit le porte-parole de la SQ, Jean-Raphaël Drolet.

Ce dernier ne souhaite cependant pas commenter les vidéos ou l’accident de vendredi, car une enquête est en cours.

Le camionneur a vu à la dernière seconde la voiture venant en sens inverse.
Photo capture d’écran, Sylvain Poupart
Le camionneur a vu à la dernière seconde la voiture venant en sens inverse.

Avertissement

Sylvain Poupart a déjà appelé la police après un dépassement dangereux. Le camionneur a été arrêté et mis à l’amende. Mais M. Poupart affirme en avoir payé le prix.

« J’ai eu des menaces par la suite. Les gars se sont parlé entre eux », a-t-il dit.

Le camion a à peine eu le temps de revenir dans sa voie avant d’éviter un poids lourd.
Photo capture d’écran, Sylvain Poupart
Le camion a à peine eu le temps de revenir dans sa voie avant d’éviter un poids lourd.

Son employeur lui a d’ailleurs remis une lettre d’avertissement lui disant de « donner une chance à l’autre camion qui vous doublait par la gauche [...] Nous ne pourrons pas tolérer une telle conduite dangereuse », est-il écrit.

Contacté hier, l’employeur a admis avoir vu les vidéos et constaté des choses dangereuses, mais a refusé de commenter publiquement.

« De créer des situations dangereuses quand tu conduis, c’est très facile. Donne une chance au monde et tu ne créeras pas ces situations-là », a-t-il simplement dit, avant de demander l’anonymat.

Le camion a roulé un bon moment de l’autre côté de la ligne double, le temps de doubler le véhicule de M. Poupart.
Photo capture d’écran, Sylvain Poupart
Le camion a roulé un bon moment de l’autre côté de la ligne double, le temps de doubler le véhicule de M. Poupart.

Sylvain Poupart affirme qu’il ne retournera jamais derrière un volant de camion, lui qui était camionneur depuis 2000.

« Il y a des gars qui ne veulent pas parler ou dénoncer, car ils ont peur de perdre leur job. Je n’ai pas peur et je le fais pour la vie du monde », a-t-il dit.

L’association des camionneurs se dit très surprise par ces vidéos

L’Association des routiers professionnels du Québec (ARPQ) affirme que les camionneurs qui dépassent sur une ligne double doivent être dénoncés, mais qu’il ne s’agit pas d’une pratique courante.

« Je suis très surpris de voir des camions dépasser sur une ligne double un camion qui roule à 90 km/h. C’est une pratique très dangereuse et dénonçable. Mais ce n’est pas généralisé », a répété en entrevue hier le directeur général de l’ARPQ, Charles Englehart.

Comportement de chaudrons

Selon lui, les camionneurs qui font cela ont des comportements de « chaudrons ».

« Mais il ne faut pas partir une polémique pour dire que c’est généralisé, car ça ne l’est pas », dit M. Englehart.

Selon la contrôleuse routière, Marie-Josée Michaud, qui a visionné les vidéos de M. Poupart hier, les conducteurs témoins de gestes imprudents sur la route doivent dénoncer à la police.

Selon elle, les conducteurs fautifs peuvent cumuler plusieurs points d’inaptitudes et des amendes de quelques milliers de dollars pour avoir franchi une ligne double, dépassé dans une courbe ou au sommet d’une butte, dépassé sans avoir une distance sécuritaire et à la limite, et avoir fait une action imprudente si la vie des gens a été en jeu.

Des accusations criminelles de conduite dangereuse peuvent aussi être déposées.