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La métropole qui quémandait

La métropole qui quémandait
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

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La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a fait part aux partis politiques provinciaux de ses priorités en lien avec l’élection provinciale qui arrive. Du prolongement de la ligne rose à la lutte à l’itinérance, en passant par le développement des espaces verts et la modernisation du recyclage, on y retrouve les priorités mises de l’avant par Projet Montréal lors de l’élection la dernière élection. Une triste réalité se dégage de cet exercice : la mairesse et son équipe ont beau avoir reçu un mandat clair de l’électorat afin de mettre en place ce programme électoral, ceux-ci n’ont pas, pour utiliser l’expression consacrée, « les deux mains sur le volant » pour le réaliser.

La gouvernance de la métropole est un cauchemar, et ça fait longtemps qu’on le sait. Denis Coderre a d’ailleurs fait de l’augmentation des pouvoirs du conseil municipal l’un de ses premiers chevaux de bataille lors de son mandat. Le gouvernement provincial a finalement adopté une loi sur le statut de métropole de Montréal en septembre l’an dernier, mais les nouveaux pouvoirs qui lui ont été accordés sont d’une portée somme toute limitée. On est loin d’une révolution en matière de gouvernance.

Le fait est que pour tout projet de grande envergure que Montréal souhaite entreprendre, l’administration doit composer avec deux obstacles de taille. D’abord, puisque les revenus de la municipalité sont limités, celle-ci est dépendante de la bonne volonté des gouvernements provinciaux et fédéraux. Ensuite, comme la prise de décision est morcelée entre différentes organisations dans la métropole (arrondissements, conseil d’agglomération, autorité régionale de transport métropolitain...), il est difficile pour l’administration centrale de s’assurer que tout le monde rame dans la même direction.

Nous en avons eu un bel exemple cette semaine quand des journalistes ont demandé à Philippe Couillard si un gouvernement libéral réélu accepterait de financer la ligne rose. Le Premier ministre a alors répondu qu’il fallait d’abord que Valérie Plante convainque l’Agence Métropolitaine de Transport, une organisation dirigée notamment par les maires et mairesses de Laval, Longueuil, Repentigny et Varennes, du bien-fondé du projet. En d’autres mots, pas d’argent de Québec tant que les banlieues n’acceptent pas de faire du développement du métro à Montréal une priorité!

La dépendance fiscale de Montréal envers le gouvernement provincial est non seulement un frein au développement de la métropole, elle pose aussi un problème politique. Au sens strict, le poste de mairesse de Montréal est celui pour lequel le plus de gens sont invités à voter : 485 000 personnes se sont exprimées en novembre dernier afin d’élire celle qui dirige aujourd’hui la municipalité. C’est 15 fois plus que le nombre de personnes qui ont voté dans la circonscription du Premier ministre Philippe Couillard, Roberval. Les élus et élues de Montréal devraient avoir la marge de manœuvre leur permettant de mettre en place leur programme sans être à la merci des aléas de la politique provinciale.

Des neuf demandes formulées par la Ville de Montréal, celle concernant la diversification des revenus est donc de loin la plus importante. Comme le gouvernement fédéral ne cesse d’en faire la démonstration, le pallier gouvernemental ayant la plus grande capacité fiscale est toujours celui avec le gros bout du bâton, peu importe la distribution officielle des compétences. Donner à Montréal les moyens d’obtenir de façon indépendante les revenus lui permettant de financer ses grands projets est la façon la plus simple d’assurer leur réalisation.

Philippe Couillard a promis en mai de verser un point de TVQ aux municipalités et de payer à celles-ci l’entièreté des taxes foncières des immeubles du gouvernement provincial abritant écoles et hôpitaux - mais seulement s’il est réélu, bien sûr. La CAQ et le PQ sont quant à eux muets sur la question jusqu’à maintenant. Le sujet n’est peut-être pas le plus excitant de cette campagne électorale qui débute, mais pour les municipalités, c’est celui qui aura le plus grand impact sur leur développement à long terme.