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Tout privatiser pour plus de concurrence : un fantasme

Tout privatiser pour plus de concurrence : un fantasme
PHOTO Emy-Jane Déry

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Toujours les mêmes universitaires embrigadés

Qui suggère tout le temps de privatiser les services publics et nos instruments collectifs? D’avoir recours aux partenariats public-privé (PPP), à la sous-traitance et à l’économie sociale pour le monde ordinaire (l’économie formelle largement subventionnée étant réservée aux vrais gens d’affaires)? De laisser tomber le français pour les immigrés, surtout ceux qui investissent? De signer des traités de libre-échange avec tout le monde? De baisser les impôts sur le revenu, de tarifier les services publics et de recourir aux taxes à la consommation (TVQ-TPS)? Et, enfin, de préconiser un État allégé et ratatiné? Qui, je vous le demande? Et à qui ça va profiter toutes ces patentes? Est-ce que ces initiatives vont réduire les inégalités économiques ou les accentuer?

Toutes ces mesures économiques et sociales ont toujours été véhiculées par le patronat et leurs mercenaires que sont leurs universitaires assujettis, leurs politiciens inféodés, leurs organismes de recherche et parfois même leurs journalistes et chroniqueurs. Toujours la même cassette remplie d’inepties, mais toujours reprise par les politiciens et les médias. Des mirages qui ne résistent pas à l’analyse objective des faits, mais qu’à cela ne tienne, devant la réalité, la classe dominante très riche et très puissante va clouer la discussion, afin d’imposer son agenda, en prétextant que l’on n’a pas le choix, que c’est inévitable et qu’il faut s’adapter au risque de disparaître collectivement de la « map ».

Le leurre de la privatisation des services publics pour plus de concurrence

Tiens, tiens, en 2010, le PLQ a mis en place un autre comité consultatif composé évidemment d’« experts », méticuleusement sélectionné, présidé par l’universitaire ultraconservateur Robert Gagné des HEC, qui a déjà suggéré d’augmenter la TVQ à un petit 18 % de rien du tout. Leurs recommandations tellement originales et puissantes : « Soumettre le secteur public à la concurrence du privé » (Le Devoir, 28 janvier 2010). Ça prend vraiment un expert pour suggérer ça pour la millième fois. Très impressionnant, n’est-ce pas? Léo, fais gaffe de ne pas tomber en bas de ta chaise. Léo, laisse pas la jalousie t’emporter sur le dos de tes collègues universitaires.

Ah oui, il y a aussi l’éminent et émérite économiste Marcel Boyer de l’Université de Montréal et de l’Institut économique de Montréal, que La Presse très subventionnée aimait bien en publiant souvent ses chimères et poncifs comme celui-ci : « Place à la concurrence. Tous les services municipaux devraient être évalués à intervalles réguliers pour vérifier s’ils sont compétitifs » (La Presse, 20 octobre 2009). C’est drôle, La Presse et le journal Les Affaires de Transcontinental militent toujours pour plus de privé dans tout et moins d’État. Mais pour leur propre business, ils quémandent aux gouvernements des millions en aides gouvernementales. Une théorie de l’économie de marché assez particulière et à géométrie variable, non? Quand monsieur Boyer dit « pour vérifier s’ils sont compétitifs », compétitifs avec qui au juste?

En passant, l’IEDM et Marcel Boyer sont de farouches adeptes de la privatisation (même de l’eau que l’on devrait, dans un geste humanitaire, exporter aux États-Unis et la privatiser) et évidemment des PPP comme dans cette autre opinion de monsieur publiée dans, oh surprise, La Presse du 13 juin 2009 : « Soyons courageux. Plus les ouvrages sont complexes (comme le CHUM et le CUSM), plus les avantages des PPP sont importants ». Dans son autre épitre, l’expert ajoutait : « Renoncer aux PPP pour le futur CHUM serait une erreur ». Avec tous les dépassements de coûts et les scandales à répétition, la solution aurait été justement de renoncer au PPP-CHUM. Mais Monique Jérôme-Forget, Jean Charest et leurs amis aimaient bien les PPP.

Cherchez la concurrence dans la privatisation des services publics

Avant d’aller plus loin, deux gros canons de La Presse s’étaient mis de la partie de soumettre coûte que coûte la population aux « bienfaits » et aux « mérites » des PPP. Mentionner l’ex-rédacteur en chef devenu sénateur, André Pratte, avec son psaume daté du 31 mars 2009 : « Le CHUM et les chialeux ». Qui ça les chialeux? Et puis il y a le grand connaisseur autodidacte en économie, Claude Picher, qui dans son oraison du 12 juin 2010 a entonné : « Ces PPP qu’on aime tant haïr ». Mais non, il faut même chérir les PPP!

Bon, regardons un peu les faits et allons-y promptement avec ces privatisations salvatrices de nos services publics. Des résultats époustouflants que je vous dis.

Service des égouts

« L’instigatrice du cartel tasse la concurrence. En dénonçant ses partenaires, Véolia obtient l’immunité » (Le Devoir, 25 novembre 2011);

« Nouvelles accusations pour un cartel des égouts » (La Presse, 21 décembre 2012);

« Les Montréalais floués de plus de 50 millions. Les contrats d’égouts ont totalisé 175 millions entre 2000 et 2008 » (La Presse, 25 octobre 2012);

« Au moins 95 % des contrats du cartel des égouts “arrangés” » (La Presse, 24 octobre 2012). Ben quoi, il y a tout de même 5 % des contrats pas truqués?

Léo, je t’en prie, ne te décourage surtout pas. À force de chercher, tu vas en trouver plein de concurrence dans les services publics privatisés à nos entrepreneurs.

Service de l’asphaltage

Ah ben zut, ça va pas très bien pour moi : « Asphaltage au Québec. 18 entreprises. 30 ans de collusion » (La Presse, 22 juillet 2015). En bons socialistes qu’ils sont, ces 18 entreprises se sont partagé les contrats publics. Moi je trouve ça beau le partage, l’entraide et la collaboration fraternelle. Pas vous?

Toujours dans le domaine de l’asphaltage : « Témoignage du président de construction DJL. Pactes de non-agression et stratagème de prête-noms » (La Presse, 11 avril 2014). Pactes de non-agression riment pour moi avec paix dans le monde. J’espère pour vous que vous n’êtes pas contre ça? Et prête-noms sonne pour moi la modestie de gens importants qui ne veulent pas se péter les bretelles et veulent passer incognito. Moi je trouve que c’est une belle qualité, surtout pour des gens d’affaires habitués à être admirés par les... Léo, laisse les journalistes tranquilles. Tu n’as donc pas le tour de te faire des amis.

Service des trottoirs

Ce que je ne suis pas chanceux : « Collusion. L’industrie du trottoir s’attire les soupçons » et « Le quatuor des trottoirs sévit encore » (Le Devoir, 6 novembre 2014 et La Presse, 6 novembre 2014). Léo, persévère, et lâche pas la patate!

Service de l’éclairage

Ah non, pas encore : « Enquête sur le cartel de l’éclairage. Perquisition dans un bureau d’avocats » et « L’opposition craint le cartel de l’éclairage » (La Presse, 19 juin 2013 et 19 décembre 2011). Pourquoi cette crainte du cartel de l’éclairage? C’est peut-être un cartel qui fait du bien. Bah, le cartel de l’éclairage c’est pas pire que le cartel des pétrolières, des banques, des...

Service du déneigement

Là je commence vraiment à déprimer : « Toujours de la collusion dans le déneigement. Quelques entrepreneurs (qui nous entreprennent) mènent le secteur, dit l’inspecteur général de Montréal » (Le Journal de Montréal, 24 novembre 2015). En 2015, on signale que : « Déneigement. La collusion perdure à Montréal » (Le Devoir, 24 novembre 2015), Et en 2016 : « Déneigement : encore de la collusion à Montréal » (Le Devoir, 21 juin 2016). C’est peut-être une collusion éthique et responsable socialement?

J’abandonne, je suis à boutte

« Scandales des compteurs d’eau. Des allures de large complot » (La Presse, 30 juillet 2015). Et pour finir, cette nouvelle du 19 mars 2018 publiée dans le Journal de Montréal : « Montréal envisage de poursuivre la compagnie qui l’a facturé pour enfouir les déchets d’autres villes ». Ben Montréal doit aider des villes de banlieue!

J’ai bien d’autres exemples, mais je m’arrête drette là. Vous voyez bien mes amis qu’il faut en tout temps se méfier des cabales intéressées et commanditées de nos experts et spécialistes de tout poil qu’il faut mettre à nu. Mais qu’à cela ne tienne, ils vont continuer à sévir dans nos médias d’information avec l’aide des affairistes et de leurs élus. Arrêtez donc, je vous en prie, de vous faire remplir comme des valises et de vous faire prendre pour des crétins pour ces « smattes ».