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La dissidence de Maxime Bernier

Maxime Bernier
Photo Agence QMI, Matthew Usherwood

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À un peu plus d’un an des prochaines élections fédérales, alors que le Parti conservateur semble en position de mener une vraie bataille contre le Parti libéral du Canada, au pouvoir depuis 2015, Maxime Bernier a décidé de quitter son parti pour en fonder un nouveau. C’est ce qu’on appelle avoir un sens étrange du timing.

Les raisons, on le devine, sont mixtes. Maxime Bernier se sentait de plus en plus marginalisé sous le leadership d’Andrew Scheer, alors qu’il ne manque manifestement pas d’ambition et se voyait jusqu’à tout récemment chef du Parti conservateur. Mais Maxime Bernier semblait aussi se sentir étranger idéologiquement dans un parti conservateur qu’il jugeait trop centriste et insuffisamment ... conservateur, ce qui n’est pas un si mauvais diagnostic, le PC fédéral se laissant aisément intimider par le politiquement correct. Bernier a manifestement programmé sa rupture avec le Parti conservateur en transgressant le tabou du multiculturalisme, certainement le tabou par excellence de la politique canadienne. Il y a ajouté une remise en question des seuils d’immigration, ce qui du point de vue de l’élite politique et médiatique canadienne, ne se fait tout simplement pas.

Sans aucun doute, il vient de se faire remarquer par le commun des mortels, en s’emparant de ces questions explosives. S’il y a un point de rupture dans la politique canadienne, c’est celui-là. Qui s’éloigne du consensus médiatique en la matière est vite transformé en infréquentable. Y a-t-il un espace politique pour le conservatisme version Maxime Bernier? Assurément. Les dérives du multiculturalisme hantent aussi la politique canadienne et une portion que l’on devine significative de la population voudrait bien intégrer cette variable dans son comportement électoral. Mais paradoxalement, la question du multiculturalisme, qui sert de rampe de lancement à Bernier, ne sera probablement pas la part centrale de son offre politique. Le créneau fondamental de Bernier, c’est une forme de libertarianisme. S’il va de l’avant dans son aventure politique, il jouera la carte de la «vraie droite». Un tel discours, dans sa dimension identitaire, pourrait trouver de l’écho au Québec, surtout dans une scène politique fédérale décomposée depuis l’effondrement du Bloc Québécois, mais son créneau naturel se trouve dans la frange populiste de l’Ouest canadien, là où l’hégémonie conservatrice n’est pas vraiment menacée.

De son côté, Justin Trudeau se frotte les mains. Si le PLC a pu dominer intégralement la politique canadienne de 1993 à 2006, c’est parce que la droite fédérale était désunie entre son aile réformiste, incarnée successivement par le Parti réformiste, l’Alternative unie et l’Alliance canadienne, et son aile traditionnelle, incarnée par le Parti progressiste-conservateur. Ce que Justin Trudeau doit souhaiter plus que tout au monde, c’est une guerre civile à droite où le Parti conservateur serait constamment critiqué sur sa droite par la formation politique improvisée de Maxime Bernier. De ce point de vue, Bernier, même s’il s’en défendra, sera peut-être, dans l’année à venir, le meilleur allié électoral de Justin Trudeau, surtout si son initiative trouve un véritable écho politique. Mais l’initiative de Bernier semble terriblement isolée. On ne voit pas trop qui, dans la mouvance conservatrice, l’appuiera, sauf ceux qui sont toujours disponibles pour une aventure politique protestataire. Pour l’instant, c’est moins une frange du PC qui le quitte qu’un homme qui fait son petit schisme personnel.