/lifestyle/psycho
Navigation

«Je me sentais mort à l’intérieur»

Le bassiste de Kaïn et de La Chicane, Éric Maheu, est sobre depuis trois ans

Le bassiste de Kaïn et de La Chicane, Éric Maheu, dans son studio d’enregistrement, dans sa maison de Saint-Cyrille-de-Wendover près de Drummondville.
Photo Alex Drouin Le bassiste de Kaïn et de La Chicane, Éric Maheu, dans son studio d’enregistrement, dans sa maison de Saint-Cyrille-de-Wendover près de Drummondville.

Coup d'oeil sur cet article

SAINT-CYRILLE-DE-WENDOVER | Pendant 25 ans, le bassiste des groupes Kaïn et La Chicane, Éric Maheu, a consommé drogues et alcool de façon excessive. « Lorsque j’ouvrais une bouteille de fort, le bouchon prenait le bord très rapidement », raconte celui qui est sobre depuis bientôt trois ans grâce à une thérapie qui a changé sa vie.

Éric Maheu revient de loin et admet qu’il aurait facilement pu mourir en raison de sa toxicomanie. Il en était rendu au point où il ne se souvient plus du tout de pans entiers de sa vie.

« J’ai fait des tournées en Gaspésie et tout ce dont je me souviens c’est d’avoir ouvert ma première bière au début du voyage et de m’être réveillé chez moi avec un mal de tête quelques jours plus tard », raconte avec regret le père de trois enfants, âgé de 48 ans.

Une fois les lumières éteintes après les spectacles, sa consommation d’alcool et de drogues augmentait. Il ne souhaite pas détailler le type de drogue qu’il consommait, mais il avoue que c’était de la drogue dure.

« On se retrouve dans un monde [le show-business] où l’abondance de drogue et d’alcool est à notre portée. Il suffit de tendre la main, dit-il sans détour. Il y a du monde qui tente de t’atteindre en t’offrant de la drogue, et on baigne toujours dans cet amour artificiel. »

Après les spectacles, il y a souvent de la cocaïne sur les tables, mentionne-t-il.

« Tu en prends ou tu n’en prends pas, mais c’est là. »

Avant les spectacles

Il assure avoir presque toujours été en « parfait état » lors des spectacles, par respect pour le public. Mais il n’était jamais totalement à jeun non plus. Il prenait quelques bières avant les spectacles afin de se dégêner.

Il y a toutefois eu quelques exceptions, comme la tournée en Gaspésie où il était en état d’ébriété sur scène.

Éric Maheu (à droite) en spectacle avec Kaïn au Métropolis en 2008.
Photo d'archives
Éric Maheu (à droite) en spectacle avec Kaïn au Métropolis en 2008.

Après avoir vécu une dose élevée d’émotions pendant les spectacles, il affirme que chaque fin de show était une peine d’amour pour lui. C’est là que commençait son travail d’autodestruction.

« Je n’étais pas capable de faire la gestion émotionnelle de mes gros high et de mes gros down. Plus le show avait été gros, plus le party après le spectacle était gros. »

Les lendemains de spectacle, il avait souvent besoin de trois heures avant de pouvoir se lever de son lit, trop magané de la veille.

Idées noires

Depuis le début de sa carrière, Éric Maheu a toujours vécu la pédale au plancher et il n’a jamais été question de ralentir la cadence.

Épuisé physiquement et mentalement, on lui a diagnostiqué une sévère dépression au milieu de l’année 2015.

« J’avais de plus en plus de travail, mais de moins en moins de force. Lorsque j’ai rencontré mon médecin, je me sentais mort à l’intérieur », se souvient-il.

On lui a prescrit des médicaments, mais ça ne l’a pas empêché de continuer à se détruire. « Mon nouveau terrain de jeu était devenu les antidépresseurs mélangés avec de l’alcool », dit-il avec regret, en mentionnant qu’il a aussi eu des idées noires.

« J’ai eu envie de tout sacrer ça là, incluant ma vie », dit-il, mentionnant toutefois qu’il n’a jamais fait de tentative de suicide.

La thérapie qui lui a sauvé la vie

À l’automne 2015, le chanteur de Kaïn, Steve Veilleux, a fortement suggéré à son ami de prendre du temps pour lui et d’aller en thérapie. Il l’a d’ailleurs aidé à faire ses bagages pour s’y rendre.

Pendant trois semaines, Éric Maheu s’est retrouvé à la Maison d’Aide Villa St-Léonard, un centre de traitement des dépendances dans la région de Québec.

Il se souvient avoir eu besoin d’un peu plus d’une semaine avant de reconnaître qu’il avait un problème et d’oser en parler.

« Je jouais le tough, mais lorsque j’ai réalisé que j’avais un problème, j’ai braillé ma vie comme un enfant de 7 ans. »

Sa thérapie en 12 étapes – comme chez les alcooliques anonymes – lui a fait réaliser qu’il avait le syndrome de l’imposteur. « Je ne croyais pas mériter tout ce succès », confie-t-il.

Isolé du monde extérieur et privé de téléphone cellulaire, ces trois semaines ont changé sa vie à jamais. « La thérapie a été le meilleur cadeau que je me suis fait, reconnaît le bassiste. Ça m’a aidé à sortir d’un long rêve qui était en réalité un cauchemar. »

Lorsque l’envie lui prend de retomber dans ses anciens démons, il dit qu’il n’a qu’à regarder autour de lui. « Quand je vois certains de mes chums se prendre une bonne cuite, je suis fier d’être sobre », souligne-t-il, assurant ne pas avoir pris une seule goutte d’alcool ni consommé de drogue depuis sa thérapie. Il n’en ressent plus le besoin.

« Les thérapies ne fonctionnent pas toujours du premier coup, mais pour moi, ç’a fonctionné. Penser à mes enfants m’a aidé à passer au travers de la thérapie », dit-il.

Maintenant sobre

La journée où il a terminé sa thérapie, Kaïn se produisait en spectacle sur la Rive-Sud de Québec. Malgré ses craintes, il n’était pas question pour Éric Maheu de rater ce spectacle.

« J’étais terrifié à l’idée de monter sur scène sans avoir pris mes petites bières pour être feeling comme je le faisais avant, se souvient-il. Je me sentais comme si j’allais au front, mais sans fusil. »

Selon lui, sa sobriété a eu un impact positif sur son entourage. Il ne se rendait pas compte comment sa dépendance ruinait la vie de ses proches.

Il a d’ailleurs fait tatouer en chiffre romain la date du début de sa sobriété sur son bras, soit le 24 octobre 2015.

L’amour qu’il porte à ses enfants lui permet également de continuer son combat quotidien contre ses dépendances. « Je ne veux plus que mes enfants aient un père tout croche pour le restant de leur vie, dit-il avec sagesse et sérénité. Quand le rock’n’roll ne sera plus là, eux le seront encore. »


► Éric Maheu a également deux albums solos à son actif : La marmite de la sorcière paru en 1997 et Rococo bowling en 2000.