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Un «refuge» pour animaux ne veut pas rembourser

Plusieurs plaintes ont été déposées aux corps policiers de différentes villes

Mélissa Latourelle (gauche) et Nathalie Bujold ont chacune versé un dépôt au Refuge Seconde Chance, géré par Jessica Houle et Maxime April-Bouchard (ci-dessous) afin d’adopter un chien (ci-dessous) qui ressemble à celui sur la photo.
Photo Axel Marchand-Lamothe Mélissa Latourelle (gauche) et Nathalie Bujold ont chacune versé un dépôt au Refuge Seconde Chance, géré par Jessica Houle et Maxime April-Bouchard (ci-dessous) afin d’adopter un chien (ci-dessous) qui ressemble à celui sur la photo.

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Des dizaines de personnes croient avoir été flouées par un couple de présumés fraudeurs qui sévit sur les réseaux sociaux en offrant des chiens en adoption ou demandant des dons pour leur refuge animal.

« L’argent n’est pas vraiment important. Il faut juste les arrêter avant qu’ils ne fassent plus de victimes », se désole Nathalie Bujold, de Longueuil.

« C’est 75 $, ça ne m’empêchera pas de manger, mais je ne veux pas que d’autres se fassent arnaquer », affirme Mélissa Latourelle, de Repentigny.

En début de semaine, les deux femmes ont chacune répondu à une annonce d’adoption sur Facebook pour un chien nommé Léo.

Mélissa Latourelle (gauche) et Nathalie Bujold ont chacune versé un dépôt au Refuge Seconde Chance, géré par Jessica Houle et Maxime April-Bouchard (ci-dessous) afin d’adopter un chien (ci-dessous) qui ressemble à celui sur la photo.
Photo tirée de Facebook

La publication provenait du Refuge Seconde Chance, censé être à Montréal.

Elles ont pris contact afin d’obtenir un rendez-vous pour examiner le petit chien.

« On m’a demandé un dépôt de 75 $ par virement Interac. J’ai fait des vérifications avant. Ils étaient enregistrés au registre des entreprises et avaient un site web bien fait », raconte Mme Bujold.

Silence radio

Une fois la transaction complétée et la confirmation du refuge que l’argent avait été reçu, plus aucune nouvelle. « Ils ont annoncé qu’il avait été adopté », dit Mme Latourelle.

Leurs démarches pour être remboursées les ont menées à Jessica Houle, propriétaire du Refuge Seconde Chance, et Maxime April-Bouchard, son conjoint. « Ils ont refusé de me payer par un transfert Interac. Ils m’ont plutôt demandé mes coordonnées bancaires », déplore Mme Bujold.

Jessica Houle et Maxime April-Bouchard
Photo tirée de Facebook
Jessica Houle et Maxime April-Bouchard

Sentant l’arnaque, elles ont rapidement communiqué avec les policiers comme plusieurs autres personnes l’ont fait.

Le « refuge » n’a pas de permis d’exploitation du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) et n’a pas de locaux commerciaux. Le numéro de téléphone indiqué sur son site web n’est plus valide. L’entreprise est officiellement enregistrée à Laval dans une résidence.

Le couple est connu dans le milieu de l’adoption animale depuis plusieurs années. Ils écument les groupes d’animaux à donner pour les revendre à fort prix.

Plusieurs services de police ont reçu des plaintes, notamment à Repentigny, Longueuil et Mirabel dans la dernière semaine.

Piratage et compte gelé

Pour expliquer leurs agissements, Mme Houle a d’abord parlé d’un « piratage » de leur page. Joint par Le Journal, M. April-Bouchard a d’emblée affirmé n’avoir rien à voir avec le « refuge ».

Mais il ajoute « avoir tenté de communiquer [avec les plaignants] pour les rembourser personnellement » d’ici vendredi.

Cette semaine, le « refuge » parlait d’un paiement en « 24 à 48 heures ». Sa page Facebook a été fermée après l’appel du Journal.

« Il n’y a pas de fraude ou de personne flouée », a répété M. April-Bouchard.

Quant au permis d’exploitation du MAPAQ, M. April-Bouchard dit que « c’est en processus », même si le « refuge » aurait été fondé en 2011 ou 2014 selon son site.

 

Les bêtes dans la mire de la SPCA

Le couple est dans la mire de la SPCA depuis quelque temps déjà.

En octobre dernier, cinq chiens ont été saisis par l’organisme au logement qu’occupaient Maxime April-Bouchard et Jessica Houle.

« Deux des chiens ont dû être euthanasiés en raison de leur état médical tellement ils étaient mal en point », explique Me Sophie Gaillard, directrice de la défense des animaux à la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal.

Des constats en vertu de la Loi sur le bien-être et la sécurité animale ont été émis.

Insalubre

En mars dernier, c’était au tour de la Ville de Laval, en collaboration avec l’organisme, d’effectuer une nouvelle saisie de huit chiens pour cause d’insalubrité. La municipalité a également obtenu une ordonnance du tribunal un mois plus tard pour les évincer définitivement du logement délabré.

Le jugement fait état de récipients d’eau stagnante, d’aliments pourris ou décomposés, de cartons et papiers journaux imbibés de matières fécales ainsi que de matières putrescibles.

Finalement, le cas de Zoey, une femelle de 8 ans pour laquelle le Refuge Seconde Chance et plusieurs de ses alias en ligne recueillaient des dons pour une opération, fait l’objet d’une enquête par la SPCA.

« Nous suivons la situation de près », confirme Me Gaillard.

C’est cette histoire qui a sonné l’alarme pour plusieurs internautes qui ont communiqué avec l’organisme.

L’opération devait d’abord se dérouler à Laval, puis à Repentigny avant d’être prévue à Saint-Jérôme mardi d’après différents messages envoyés par leur page.

Une campagne de sociofinancement avait également été mise en place avant d’être bloquée.

Menaces

Intimidations, menaces et harcèlement font aussi partie des tactiques qu’utilise le couple.

« Prochaine fois que tu tente de communiquer avec moi de façon direct ou indirectement, une mise en demeure te sera envoyé. J’espère que j’ai été assez clair sur ce sujet [sic] », a écrit par courriel M. April-Bouchard au Journal.

Une pratique courante, a-t-on constaté. « Toutes personnes qui menaces notre personnel aura une plainte pour atteinte à la réputation [sic] », ont-ils d’ailleurs écrit au nom du Refuge Seconde Chance devant les dénonciations qui s’accumulaient.

En entrevue, il affirmait ne menacer personne.

« [Si] tu enlève pas la plainte, je vais au poste de police ! [sic]», a quand même transmis M. April-Bouchard dans un autre échange avec une personne qui cherchait à se faire rembourser.