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Caïd des Hells aux crochets de l’État

Un trafiquant indemnisé comme victime d’acte criminel devra rembourser 97 415$ au gouvernement

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Pendant qu’il produisait du pot pour les Hells Angels, un caïd de l’Estrie a empoché près de 100 000 $ du gouvernement québécois à titre de « victime d’acte criminel » inapte au travail.

Ce super bougon, Guy Boucher, devra maintenant rembourser à l’État l’aide financière de 97 415 $ qu’il a perçue de façon « frauduleuse » durant deux ans et demi, a ordonné le Tribunal administratif du Québec la semaine dernière.

<b>Guy Boucher</b></br>
<i>Condamné</i>
Photo courtoisie
Guy Boucher
Condamné

Atteint d’un projectile d’arme à feu dans un bar en 2007, cet ex-grutier de 54 ans avait convaincu des professionnels de la santé et le gouvernement qu’il souffrait d’un syndrome de stress post-traumatique l’empêchant de travailler.

Anxieux et agoraphobe, le résident de Cleveland disait vivre « enfermé » dans son bungalow truffé de caméras de surveillance et protégé par un chien de garde.

Surnommé Gus dans le monde interlope, il bénéficiait d’une indemnité annuelle non imposable de 38 000 $ défrayée par les contribuables, avant d’être démasqué dans l’opération policière Kayak.

La relève des Hells

Entre 2011 et 2013, l’Escouade régionale mixte de lutte au crime organisé et la Sûreté du Québec ont ciblé la relève des Hells de Sherbrooke incarcérés dans l’opération SharQc.

Boucher contrôlait la vente de drogue dans certains secteurs en Estrie et versait 10 % des recettes aux motards quand il s’est fait piéger par un trafiquant à la solde de la police.

La « taupe » lui a acheté 9000 comprimés de méthamphétamine et l’a enregistré à son insu, notamment dans un bar situé à l’intérieur d’un immeuble qui appartenait à la conjointe de Boucher, à Richmond.

Guy Boucher avait aménagé une serre clandestine de marijuana dans une ancienne grange à Weedon, en Estrie. Éclairée par 70 lampes, la serre comptait un millier de pots afin d’y faire pousser autant de plants de cannabis tous les deux mois.
Photo courtoisie
Guy Boucher avait aménagé une serre clandestine de marijuana dans une ancienne grange à Weedon, en Estrie. Éclairée par 70 lampes, la serre comptait un millier de pots afin d’y faire pousser autant de plants de cannabis tous les deux mois.

Boucher, qui s’est targué d’avoir produit pour 1,5 million $ de marijuana en 2011, a proposé à l’infiltré d’exploiter avec lui une serre de cannabis dans une grange à Weedon.

Pour que le site de cette usine à pot reste secret, Gus y faisait conduire les travailleurs à bord d’une fourgonnette en leur bandant les yeux.

Stressé par le crime

Arrêté en juin 2013, Boucher a été condamné à 45 mois de détention pour gangstérisme, production et trafic de stupéfiants.

En sortant de prison, il a poursuivi l’État en cour après s’être fait couper ses prestations d’invalidité.

Les policiers avaient aussi saisi 12 000$ et un calendrier des Hells Angels à l’intérieur de son domicile de Cleveland, lors de son arrestation en 2013.
Photo courtoisie
Les policiers avaient aussi saisi 12 000$ et un calendrier des Hells Angels à l’intérieur de son domicile de Cleveland, lors de son arrestation en 2013.

Les juges Lucie Le François et François Gauthier ont cependant conclu que « toute la preuve » de l’enquête policière « contredit clairement » les rapports médicaux de ce trafiquant « très organisé ».

Si Boucher souffrait d’anxiété, c’était en raison de ses « activités illicites », a ajouté le tribunal.

Guy Boucher, qui s’est vanté de n’avoir aucune propriété à son nom pour échapper à toute saisie, a déclaré faillite l’an dernier. Revenu Québec, qui lui réclamait 1,4 million $, a récupéré une partie de sa créance en vertu d’ententes dont les détails sont confidentiels.

Ce que L’enquête policière révèle

  • Guy Boucher passait « le plus clair de son temps à l’extérieur de chez lui » à négocier des ententes de prix de vente de drogue, à collecter des milliers de dollars de ses trafiquants ou à planifier des projets de production de marijuana.
  • À plus d’une reprise, il a affirmé qu’il n’hésiterait pas à utiliser la « violence pour maintenir sa position dans la hiérarchie du trafic de stupéfiants ».
  • Malgré des revenus illicites qu’il dit considérables, il se vante de n’avoir aucune propriété à son nom, tel le chalet de 640 000 $ de sa conjointe à Magog, pour être « intouchable » en cas de saisie par la police ou par le fisc.
  • « Calme et en contrôle » après son arrestation, il appelle sa conjointe de la prison pour la rassurer et lui dire que même s’il est détenu, « tout va bien » puisqu’ils « ont tous deux la santé ».

Ce que Boucher et ses psys ont dit

  • Depuis qu’il a survécu à une tentative de meurtre en 2007, des psychologues lui ont diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique avec crises de panique.
  • Voici une énumération de ses symptômes : anxiété, hypervigilance, dépression, agoraphobie, insomnie, cauchemars répétés, perte de libido et difficulté à se concentrer.
  • « Il se dit et paraît complètement épuisé », fait « très peu d’activités » et semble « incapable de fonctionner », selon le psychologue qui le suivait entre 2012 et 2013.
  • Après son arrestation, il a vainement demandé à un juge de le remettre en liberté provisoire en plaidant que sa « condition médicale » l’empêchait de rester en prison.