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Barrette dans le centre d’achat

Barrette dans le centre d’achat
Photo Stevens LeBlanc

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« Il est futé, ce monsieur Couillard! En annonçant que Gaétan Barrette deviendra président du Conseil du Trésor s’il est réélu, il s’est sorti une épine du pied pour toute la campagne! »

La plupart des observateurs ont réagi ainsi devant l’inélégant remaniement ministériel auquel le premier ministre s’est livré au lendemain du déclenchement, pour faire de la place à Gertrude Bourdon. Si tôt expédiée, la nouvelle était passée.

Il semble pourtant qu’il y aurait plusieurs raisons pour se dire que si les Québécois ont détesté le passage de Gaétan Barrette à la Santé, il y a peu de chances qu’ils aiment le voir sévir aux commandes de l’ensemble des dépenses du gouvernement.

Gourmand

On le sait, ça fait plusieurs décennies que le budget de la Santé vampirise le reste des missions de l’État. Il accapare plus de 50 % des investissements gouvernementaux et près du deux tiers de leurs augmentations, lesquelles ont largement servi à améliorer le traitement salarial des médecins.

Et on sait aussi qu’à cet égard, Gaétan Barrette s’est montré gourmand. Lorsqu’il était président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, il proposait même que le Québec exporte son eau et monte les tarifs de garderies pour financer leurs augmentations. D’aucuns prétendent également que c’est notamment parce que Gertrude Bourdon exigeait une hausse annuelle de 8 % des dépenses en Santé que ses négociations ont achoppé avec François Legault.

Dans un tel contexte, comment peut-on penser que c’est une bonne idée d’offrir à Gaétan Barrette la tâche d’être celui qui décidera à quel collègue ministre il dira oui ou non? Autant remettre immédiatement la Visa du Fonds consolidé du Québec à la profession médicale!

L’éléphant gambade

Au cours des quatre dernières années, on a souvent comparé les retombées du passage de Gaétan Barrette à la Santé à celles de la randonnée d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Sous sa direction, on a brassé les structures pour les centraliser, replacer les médecins (et le ministre!) au centre du système comme ça ne se fait plus ailleurs depuis 20 ans et poussé des centaines de gestionnaires à la retraite ou à l’épuisement professionnel. Le tout sans que les patients perçoivent quelque amélioration que ce soit.

Philippe Couillard vient donc de décider de déverrouiller les portes du magasin pour laisser l’éléphant gambader à sa guise dans le centre d’achat. Et il paraît que c'est une bonne nouvelle.

Ça va être joli quand arrivera le moment de faire les arbitrages entre les différentes missions du gouvernement et lorsqu’il sera temps de renouveler les contrats de travail des employés de l’État.

Certains s’en réjouiront. Une forte poigne à la table de négociation, ça ne peut certainement pas nuire, diront-ils.

Ça me fait penser à une blague de l’humoriste américain John Mulaney. Il a trouvé une manière originale de parler du phénomène Donald Trump, un thème qui commence déjà à être usé dans sa profession. Il compare sa présence à la Maison-Blanche à celle d’un cheval qui va à grands galops dans les corridors d’un hôpital, ce qui n’est pas sans inquiéter les gens qui travaillent minutieusement au bloc opératoire. « Quelqu’un sait dans quel coin de l’hôpital est le cheval ? »

Mulaney se met ensuite en scène, demandant à un ami pourquoi il a voté pour laisser entrer la bête dans l’établissement. Celui-ci répond : « Parce que je trouvais que l’hôpital était inefficace! »

Comme si ça allait arranger les affaires...

Mesquins et intempestifs

Il faut se rappeler que Gaétan Barrette a déjà été placé au coin à quelques reprises par le même chef qui lui promet une réaffectation, suivant ses propos souvent mesquins et intempestifs. Il a notamment été écarté des dernières discussions avec les médecins spécialistes.

On dit parfois, lors d’une négociation, que c’est quand les différents partenaires multiplient des déclarations dans les médias que les choses piétinent. Avec un accroc de Twitter au Trésor, on peut s’attendre à ce que ça traîne longtemps.

Mais bon. Philippe Couillard a écarté Gaétan Barrette de la Santé, mission chouchou des Québécois, puis nommera à sa place une disciple de ses réformes. 

Bref, l’éléphant pourra continuer à faire des dégâts, tant dans le magasin de porcelaine que le centre d’achat. Le « gouvernement des médecins » sera plus fort que jamais.

Et il paraît que c'est un bon coup.