/opinion/blogs/columnists
Navigation

Gertrude Bourdon connaît-elle Google?

Gertrude Bourdon connaît-elle Google?
Photo Agence QMI, Pascal Huot

Coup d'oeil sur cet article

Gertrude Bourdon, candidate «vedette» de Philippe Couillard et graciée déjà par le premier ministre sortant du titre de prochaine ministre de la Santé, est enfin sortie de son mutisme.

Pas sûr, toutefois, que pour le Parti libéral du Québec, c’était l’idée du siècle.

Aujourd’hui, elle a donné au moins deux entrevues proprement surréalistes. La première à l’émission Gravel le matin et la seconde, chez Drainville PM.

Chez Gravel le matin, Mme Bourdon a enfilé les perles de sophismes et de contradictions. Sa déclaration la plus fracassante, par contre, est celle-ci :

«Je savais que mon saut en politique allait marquer l’histoire.»

Rien de moins. Comme quoi, tous candidats confondus, Mme Bourdon n’est sûrement pas le pogo le plus humble de la boîte...

Un trait de caractère qui se constatait aussi amplement dans cette vidéo de 2016 reprise par TVA Nouvelles dans laquelle on l’entend dire, parmi d’autres choses, que dans sa vie professionnelle, on lui avait presque toujours servi ses postes sur un «plateau d’argent». Certains préfèrent l’effort, d’autres, les plateaux d’argent.

Dans la même vidéo, Mme Bourdon raconte aussi comment au théâtre et à l'opéra, elle aime se «faire raconter des histoires». L’impression est qu’elle ne dédaigne peut-être pas non plus s'en raconter à elle-même.

Or, au-delà de ce bien mauvais spectacle, il reste encore un détail majeur à élucider. Question de crédibilité pour la nouvelle candidate.

Soit, comment se fait-il que si elle partage autant les «valeurs» du PLQ en santé, comme elle jure maintenant que c’était toujours le cas, elle a néanmoins «magasiné» encore tout récemment une possible candidature à la CAQ? Et ce, à coup de sept rencontres : trois avec le chef François Legault et quatre avec son chef de cabinet, Martin Koskinen?

Dans ses entrevues, Mme Bourdon répète que c’était parce qu’elle voulait s’informer des «valeurs» et des positions de la CAQ. Comme Mme Bourdon se voit elle-même comme prochaine ministre de la Santé, on imagine que ce qu'il l'intéressait le plus était les positions de la CAQ en santé. Positions qu’elle ne partageait pourtant pas, de toute évidence. Ce qui lui aurait néanmoins pris sept rencontres privées avec M. Legault et M. Koskinen pour bien le comprendre elle-même? On en attrape le torticolis.

Bien entendu, comment ne pas en sortir avec l’impression que la candidate vedette se moque ici un brin de l’intelligence des gens et de celle des animateurs qui, fort patiemment, ont enduré son récit.

Pour une grande technocrate de l’État, que voulez-vous, comment croire qu’elle ne pouvait pas connaître les positions de la CAQ aussi facilement et rapidement qu’un clique sur Google?

Eh oui. On n’a qu’à cliquer : Coalition avenir Québec et santé. Et boom! On tombe sur ceci :

Soit, miracle (!), la position de la CAQ en santé!

Incluant, entre autres choses, «une nouvelle entente avec les médecins spécialistes pour rétablir leur rémunération à un niveau raisonnable», et la «décentralisation» du réseau de la santé.

Facile à trouver, non?

Or, il s’adonne que ces mêmes positions de la CAQ – disponibles sur le web à la vitesse de l’éclair -, sont contraires à celles du PLQ et du ministre Gaétan Barrette.

Et comme la vie est quand même bien faite, les positions CONNUES de la CAQ sont également contraires à celles que défend Gertrude Bourdon puisqu’elle n’hésite pas à s’insurger contre toute réouverture de l’entente avec les médecins spécialistes et jure que si le PLQ est réélu, elle poursuivrait dans la voie des principales les réformes de Gaétan Barrette. Ce qui, comme par hasard, comprend aussi l’hypercentralisation du système de santé à laquelle s’oppose la CAQ.

Alors, de qui la candidate vedette se moque-t-elle?

Par conséquent, tout cela soulève de sérieuses questions. Voici ce que j’en écrivais ici en chronique :

«Technocrate du réseau de la santé, Mme Bourdon est convaincue que sa mission ultime est d’en être la prochaine ministre. Elle a donc « magasiné » sa candidature.

De la CAQ au PLQ en passant brièvement par le PQ, Mme Bourdon s’est finalement rangée du côté libéral.

Jusqu’à tout récemment, elle avait pourtant multiplié les rencontres avec le chef de la CAQ, François Legault, et son chef de cabinet. Une telle assiduité, ce n’est plus du « magasinage », c’est une demande en mariage. C’est pourquoi son intense butinage aura eu raison de sa crédibilité, tout en soulevant une question inquiétante.

Dans la mesure où le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, faisait aussi la cour (politique) à Mme Bourdon, ce bien drôle de va-et-vient entre le PLQ et la CAQ ne prend-il pas aussi des airs de guet-apens tendu au chef caquiste

La question, je persiste, se pose pour deux raisons.

«Primo, Mme Bourdon jure qu’elle partage les valeurs libérales. Or, des valeurs, ça ne se « magasine » pas. Deuxio, entichée des réformes Barrette dès leur genèse, incluant le gavage financier des médecins spécialistes, si elle était sincère, elle n’aurait eu aucune raison de se taper sept rencontres avec la CAQ, dont le programme propose le contraire.»

Malheureusement, et jusqu'à preuve du contraire, les dernières entrevues de Mme Bourdon ne font que renforcer ce même questionnement, aussi troublant soit-il.