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En quête de sens

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La campagne électorale actuelle est le parfait reflet d’une société en quête de sens. Fini les grands projets. La question nationale croupit dans l’indifférence. Le fédéralisme et le centre droit triomphent. Tout particulièrement chez les 18-34 ans.

Le souverainisme n’est plus qu’un lointain souvenir. Pas étonnant. Une génération entière a grandi dans un vide post-référendaire sidéral. Un grand trou noir créé par le silence combiné du PLQ et du PQ sur la question nationale.

Se projeter dans l’avenir, collectivement, est devenu ringard. L’individualisme règne. Idem pour l’obsession du déficit zéro. Depuis deux décennies, la politique comptable a remplacé les débats d’idées. On ne cherche plus des gouvernants. On veut des gestionnaires.

L’Histoire et la culture ne sont d’intérêt que lorsqu’elles ne sont pas celles du Québec. Même la langue française peut reculer en paix. L’important est d’être full bilingue.

Parquer le monde

Le gouvernement « parque » les vieux et les handicapés sans se soucier de leur qualité de vie. Et l’environnement ? Les pauvres ministres qui en ont la charge sont réduits par leur premier ministre au rang peu enviable de plantes vertes.

L’école ? Silence radio sur la vampirisation du système public par le privé grassement subventionné. Ce dernier profite trop bien aux élites et à la classe moyenne dite supérieure – un beau bassin de votes. Le Conseil supérieur de l’éducation sonne pourtant l’alarme : notre système scolaire est devenu le plus inégalitaire au Canada. Mais qui veut l’entendre ?

Les milliards, NOS milliards, pleuvent néanmoins en promesses. Les partis rivalisent de micromesures destinées à un électorat saucissonné comme autant de clientèles en attente des spéciaux de la semaine chez Costco.

Plusieurs de ces propositions sont certes avancées de bonne foi.

La plupart des candidats à l’élection ont le cœur à la bonne place. Après tout, qui peut être contre des lunchs fournis à l’école ou des lunettes payées en partie par l’État ? Pour bien des familles, ces problèmes sont réels. N’empêche que ce qu’on nous sert relève plus de la gestion que de la gouverne.

Les vrais cyniques

Le plus gênant est ceci. Au pouvoir depuis 15 ans presque sans arrêt, le gouvernement de l’austérité, craignant de perdre l’élection, fait maintenant semblant de s’intéresser à l’éducation et la santé. Et après, on dira des citoyens que ce sont eux, les cyniques...

D’où l’élément le plus bizarroïde de la campagne : un parti politique osant demander l’inconcevable aux Québécois. Soit un cinquième mandat au pouvoir en l’espace de 15 ans. Rien de moins. Maurice Duplessis, sortez de ce corps.

Le danger qu’une telle perspective pose à la démocratie québécoise est pourtant évident. Pour n’importe quel parti, c’est beaucoup trop de pouvoir pendant beaucoup trop longtemps.

D’où le vent de « changement ». Mais quel changement ? C’est ce qu’on saura après le 1er octobre. Pour la suite, malgré l’état courant des lieux, l’espoir d’éventuels jours meilleurs pour le Québec reste néanmoins entier. Il le faut bien. Il en va de la pérennité de la seule nation que nous avons vraiment.