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Le succès monstre d’Emil Ferris

Emil Ferris
Photo courtoisie, Antoine Tanguay Emil Ferris

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On n’a peut-être pas l’habitude de lire des romans graphiques, mais, pour l’instant, c’est l’un de nos plus gros coups de cœur de l’année. À découvrir sans faute.

Sans vouloir tomber dans le mélo, on a sérieusement été ébranlé en découvrant tout ce qu’Emil Ferris avait dû endurer et traverser avant de pouvoir nous offrir Moi, ce que j’aime, c’est les monstres. Ce que cette dessinatrice et mère célibataire a vécu au cours des 16 dernières années dépasse carrément l’entendement. On espère d’ailleurs qu’une bio lui sera bientôt consacrée, son histoire étant en soi un incroyable exemple de courage et de détermination susceptible d’inspirer des milliers de lecteurs. Car en 2002, alors qu’elle célébrait avec des amis son 40e anniversaire, elle a été piquée par un moustique porteur du virus du Nil occidental. Résultat ? Elle se réveillera trois semaines plus tard à l’hôpital sans savoir si elle sera un jour capable de recouvrer l’usage de ses jambes ou de la main dont elle s’est toujours servie pour dessiner et décrocher quantité de contrats dans le merveilleux monde des jouets et des films d’animation.

« Je ne pouvais même plus tenir un crayon [elle devait se le scotcher à la main] et après une longue période de rééducation, il a fallu que je m’inscrive au Chicago Art Institute pour réapprendre à dessiner, précise Emil Ferris. Je ne voyais pas d’autres moyens de recommencer à gagner ma vie pour pouvoir soutenir financièrement ma fille. »

Une fois son diplôme en poche, elle travaillera donc ensuite d’arrache-pied pendant six ans sur Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, un volumineux petit chef-d’œuvre... qui sera refusé par pas moins de 48 maisons d’édition. À titre de comparaison, J. K. Rowling n’a essuyé que 12 refus en soumettant le premier tome de la série Harry Potter ! Et si bien d’autres artistes avaient probablement jeté l’éponge depuis longtemps, Emil Ferris ne s’est pas laissé démonter. Une bonne chose, puisqu’à sa 49e tentative, l’éditeur de bande dessinée alternative Fantagraphics a fini par accepter de publier son génial roman graphique, qui a presque instantanément remporté un succès monstre.

Autoportrait
Photo courtoisie
Autoportrait

Fiction empreinte de vérité

« J’ai entamé Moi, ce que j’aime, c’est les monstres sans rédiger le moindre synopsis, explique Emil Ferris. Je ne savais même pas sur quoi ce récit allait déboucher, parce que c’était généralement les personnages qui décidaient à ma place. Ce que j’écrivais prenait parfois le dessus, mais souvent, en les dessinant, ils me soufflaient certaines idées et m’aidaient à explorer de nouvelles avenues. »

Une petite fille loup-garou...

« Ceci étant, le personnage de Karen m’est apparu pour la première fois quand, quelques années avant la naissance de ma fille, je me suis résignée à suivre des cours de théâtre pour tenter de surmonter ma timidité. À l’époque, parler en public était pour moi très difficile et mon professeur (qui a par la suite été engagé à Hollywood !) m’a incitée à écrire un scénario. J’ai ainsi imaginé l’histoire d’une jeune fille loup-garou qui allait être consolée par un garçon au visage couvert de cicatrices et même si, après l’avoir lue, mon professeur m’a fortement suggéré d’aller tenter ma chance à Los Angeles, je ne l’ai pas fait. »

Mais près de 15 ans plus tard, cette histoire est revenue la hanter et au lieu de la coucher noir sur blanc, elle sortira ses crayons de couleur pour décliner avec brio une large palette d’émotions et raconter avec beaucoup de clairs-obscurs­­­ le difficile quotidien de Karen.

Contrairement à la plupart des gamines de son âge, Karen préfère – et de loin ! – les monstres aux princesses ou aux fées. Dans son journal intime, elle se dessine d’ailleurs sous les traits d’un loup-garou, son grand frère Deeze, qui adore les surréalistes, l’ayant initié très jeune à l’art et au dessin. C’est donc à travers les pages de ce journal qu’on apprendra qu’Anka Silverberg, sa jolie voisine de l’appartement du dessus, a été retrouvée dans son lit le 14 février 1968, avec une balle tirée en plein cœur. Portes et fenêtres étant toutes verrouillées de l’intérieur, la police conclura rapidement à un suicide, ce que Karen trouvera assez difficile à croire. D’après elle, Anka a été assassinée et pour le prouver, elle décidera de mener sa propre enquête. Une enquête fascinante qui la plongera dans le mystérieux passé de cette Juive qui, du temps de l’Allemagne nazie, en a peut-être trop vu.

« En principe, la suite devrait paraître en anglais dans le courant de l’année prochaine et déjà, ses droits de publication ont été achetés par 13 pays », ajoute Emil Ferris. Et oui, on a très hâte de pouvoir la lire.

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Emil Ferris, aux Éditions Alto, 
416 pages
Photo courtoisie
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Emil Ferris, aux Éditions Alto, 416 pages