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Elle réussit à marcher son premier kilomètre

Marie-Sol St-Onge
Photo Amélie St-Yves Marie-Sol St-Onge dans un parc de Trois-Rivières situé près de chez elle.

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TROIS-RIVIÈRES | Une femme de 41 ans amputée des deux bras et des deux jambes après avoir contracté la bactérie mangeuse de chair a réussi récemment son défi de marcher 1 kilomètre en 30 minutes, en équilibre sur ses prothèses et ses béquilles.

Après un mois de durs entraînements et beaucoup d’effort, Marie-Sol St-Onge a réussi ce que la plupart des gens font sans même y penser. Elle a marché un kilomètre.

Son monde s’est écroulé en mars 2012, quand une forme virulente de bactérie mangeuse de chair l’a foudroyée. Ses membres étaient nécrosés à son réveil à l’hôpital, la quadruple amputation était inévitable pour la mère qui avait 34 ans à l’époque.

Entraînement

Malgré les difficultés, Mme St-Onge croque dans la vie et est devenue un exemple de persévérance où elle habite à Trois-Rivières.

Marie-Sol St-Onge a commencé à s’entraîner à marcher au début de juillet, quand l’organisation d’une course au profit de la Fondation prévention suicide les Deux Rives de la Mauricie lui a proposé d’être marraine d’honneur. Elle a accepté et s’est inscrite au parcours de 1 km. Le tour des rues qui encadrent sa maison fait justement cette distance.

Elle était déjà à l’aise sur ses prothèses, mais pas sur des longues distances. Elle a commencé à sortir s’entraîner tous les matins vers 8 h 30, avec son fils de 12 ans, Louis-Matis Robert.

« J’en profite, ça me rappelle quand je pouvais aller les reconduire à l’école à pied, lui et son frère. Ça a toujours été des moments privilégiés de marcher avec mes enfants et ça m’a toujours manqué », dit-elle.

Au début, la maman marchait 100 mètres, puis 200 mètres. Elle se fixait des objectifs comme une bouche d’égout ou un poteau sur le bord de la rue en s’assurant d’avoir assez d’énergie pour rentrer, puis faisait demi-tour.

Le suicide n’a jamais été une option pour Marie-Sol St-Onge, même si l’artiste peintre a été amputée au-dessus des genoux et sous les coudes en mars 2012. Elle affirme haut et fort qu’elle a beau avoir quatre membres en moins, sa vie vaut toujours la peine d’être vécue. Elle était donc heureuse de s’impliquer dans la prévention du suicide.

Autonomie

Elle n’a jamais abandonné sa lutte vers l’autonomie, malgré les moments de découragement.

« La vie est plus importante que toutes les difficultés qu’on peut rencontrer », dit-elle, plus de six ans après le drame qui aurait pu lui coûter la vie.

Marcher est très difficile pour elle, car elle est amputée au-dessus du genou. Ainsi, elle doit constamment maintenir son équilibre. Elle doit faire un transfert de poids pour faire plier sa prothèse et ainsi pouvoir marcher.

« Le bas du dos compense beaucoup (pour ne pas tomber). Il y a une espèce de courbe qui se fait pour maintenir l’équilibre et éviter que les genoux plient jusqu’au sol. Rapidement, tu sens que l’os cogne. Mais la grosse différence par rapport à quelqu’un qui n’est pas amputé est la demande énergétique plus grande », explique-t-elle.

L’été caniculaire que le Québec a vécu lui a causé des difficultés, car la sueur fait en sorte que les prothèses tiennent moins bien.

Réussite

Le matin du 16 août, la température était plus fraîche, autour de 20 degrés Celsius. Elle se sentait en pleine forme tandis que son fils avait mal à une cheville. Elle lui a proposé de la suivre assis dans son fauteuil, ce qui lui permettait de pousser son corps jusqu’au bout sans craindre de ne pas pouvoir rentrer.

La mère de famille a ainsi commencé à marcher le long de la rue, en prenant de petites pauses de temps en temps, sans jamais s’asseoir. Elle a eu un petit moment de découragement quand il restait une quinzaine de maisons avant de rentrer.

« Mais mon fils m’a dit qu’on était bientôt arrivés. Je me suis dit que j’allais continuer », raconte-t-elle avec fierté.

Elle a ainsi réussi son premier kilomètre complet en 30 minutes sans qu’elle ait besoin du fauteuil roulant. Enthousiaste, son fils est allé avertir son grand frère Ludovic Robert, 15 ans, tandis que Marie-Sol St-Onge montait dans son petit ascenseur.

« J’avais juste très chaud, mais je me suis vue dans le miroir, et j’ai souri. J’étais super contente », dit-elle.

Après avoir marché un kilomètre, elle a retiré ses prothèses et a sauté dans la piscine, comme elle le fait toujours quand elle revient de marcher.

L’artiste-peintre est ensuite allée terminer une toile d’un phare au milieu de l’eau dans son atelier.

Elle sentait qu’elle avait poussé son corps, car elle avait les extrémités plus chaudes qu’à la normale. Mais elle n’a pas eu de crises de douleurs fantômes comme elle le craignait. Ces douleurs peuvent être insupportables, même si ses membres sont amputés. Elle n’a pas été courbaturée outre mesure.

Fierté

Marie-Sol St-Onge est extrêmement fière d’avoir réussi son objectif, alors qu’elle a passé les premières années après ses amputations à développer sa mobilité au niveau des membres supérieurs.

« Mes bras ont pris une grande place les premières années parce que je suis artiste peintre. Tout réapprendre, comme manger, faire les repas, peindre et plier le linge, ça m’a pris beaucoup de temps », explique-t-elle.

Elle a maintenant changé son inscription pour participer au parcours de trois kilomètres à la course de l’esprit sain au profit de la Fondation prévention suicide les Deux Rives, le 21 octobre prochain. Elle pourra ainsi prendre le départ en même temps que la majorité des gens qui participent à l’événement.

Marie-Sol St-Onge sait que le défi est grand, mais elle entend faire ce qu’elle peut. Son conjoint, Alin Robert, ne sera pas loin avec son fauteuil pour la pousser jusqu’au fil d’arrivée si elle ne complète pas le parcours.

« On le finira ensemble », dit-elle, pleine d’amour à l’endroit de l’homme avec qui elle partage sa vie depuis 25 ans.

Elle souhaite aider Sabryna Mongeon

Marie-Sol St-Onge
Photo Olivier Therriault

Marie-Sol St-Onge se dit prête à aider Sabryna Mongeon, la femme de 18 ans qui a vécu une quadruple amputation après avoir été électrocutée le 24 décembre dernier lors d’un accident de voiture, si elle lui en manifeste le désir.

« J’ai toujours dit que je veux que ça vienne d’elle. Parce que moi, quand j’étais à l’hôpital, je n’en avais rien à cirer des autres handicapés. On me parlait de paraplégique, quadriplégique, d’autres quadruples amputés. Je n’en avais pas envie. Je voulais juste commencer à accepter ce qui m’arrivait », dit-elle.

Reste que la femme de 41 ans s’est tout de suite sentie interpellée quand elle a appris le drame. Elle souhaitait lui montrer des trucs qu’elle a développés au fil des années, entre autres pour se sécher les cheveux.