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Ian Lafrenière a-t-il dégainé trop rapidement?

L’ex-policier «n’est pas crédible», selon ses adversaires politiques

Ian Lafrenière a dû préciser le fond de sa pensée, dimanche, devant les médias, après ses déclarations de samedi.
Photo Martin Alarie Ian Lafrenière a dû préciser le fond de sa pensée, dimanche, devant les médias, après ses déclarations de samedi.

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L’ingérence politique dans les affaires policières s’invite dans la campagne électorale. Recruté pour son aura d’intégrité, le candidat policier de la CAQ, Ian Lafrenière, a dû se défendre d’avoir agité inutilement des épouvantails.

L’aspirant-député de Vachon, en Montérégie, a créé la commotion, samedi, en affirmant sur les ondes de TVA que le politique s’ingérait dans les affaires de la police.

Attaqué de toutes parts par ses adversaires qui réclamaient des exemples concrets, l’ex-agent du SPVM est revenu sur ses déclarations, dimanche. Ian Lafrenière a précisé que l’ingérence dont il parlait était finalement uniquement liée à l’épisode précis de la crise des journalistes espionnés par la police, laissant ses rivaux sur leur faim.

«Ce à quoi je faisais référence, c’était la commission Chamberland. On se rappellera que des coups de fil ont été passés par un maire qui était en poste [Denis Coderre] et par un ministre qui était en poste aussi [Stéphane Bergeron, Parti québécois]», a soutenu M. Lafrenière, lors d’une mêlée de presse au Festival bières et saveurs de Chambly. Il affirme avoir collaboré avec la commission Chamberland sur la protection des sources journalistiques.

Lundi, le candidat caquiste a réitéré que la frontière doit être étanche entre le politique et la police.
 

 

Pichet s’en mêle

Dans une entrevue accordée dimanche à TVA, l’ex-chef du SPVM, Philippe Pichet, a tenu à mettre un terme aux rumeurs et à préciser que Ian Lafrenière n’a pas été écarté de son poste de porte-parole à la demande de Denis Coderre, lorsqu’il était maire. «Une chose est certaine, c’est que personne ne m’a demandé de tasser Ian Lafrenière», a soutenu M. Pichet.

Ce dernier a laissé entendre que la décision de déplacé Lafrenière de la section des communications et des renseignements était était basée sur le style de gestion de celui qui est maintenant candidat caquiste, et non une commande politique.

Lundi matin, l’ex-visage public du SPVM ne s’est pas gêné pour écorcher son ancien patron.

«Je ne l’ai jamais vu, mais ce n’est pas grave, dit-il en parlant du rapport. Ce que j’aime, c’est d’entendre une personne qui a dû quitter le SPVM, qui était le chef qui nous a emmenés au plus bas. C’est quand même une personne qui m’avait donné un grade, une promotion... J’étais tellement incompétent qu’il m’a donné une promotion, qu’il m’a déplacé aux renseignements, qu’il a organisé une conférence de presse pour dire qu’il n’avait rien à me reprocher! Les gens ne sont pas dupes.»

Les patrons au ballotage

François Legault en a profité, lui, pour annoncer, dimanche, que les postes des grands patrons de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), de la Sûreté du Québec (SQ) et du SPVM seront réévalués si la CAQ est élue.

Le chef caquiste fait toutefois la promesse que les prochaines nominations des patrons de la police seront avalisées par l’obtention des deux tiers des votes à l’Assemblée nationale.

Une proposition qui a profondément choqué le premier ministre sortant, Philippe Couillard, qui estime qu’on ne peut soumettre de la sorte les chefs de police du Québec au «ballottage idéologique de la CAQ».

«Les commentaires sur les chefs de police faits aujourd’hui sont un des cas les plus graves d’ingérence politique dans le travail policier qu’on ait vu au Québec depuis longtemps!» a pesté le chef libéral.

Notons qu’il n’est pas rare qu’un gouvernement nouvellement élu place des personnes de confiance aux postes de direction de corps policiers.

En 2014, le gouvernement Couillard avait dégommé le DG de la SQ, Mario Laprise, pour nommer Martin Prud’homme. M. Laprise avait auparavant été nommé par le gouvernement péquiste de Pauline Marois, qui avait elle aussi congédié l’ancien directeur peu après son arrivée au pouvoir.

«Pas crédible»

Aux yeux du chef péquiste, la CAQ sort affaiblie de cet épisode. «On aurait pensé que Ian Lafrenière leur donnerait de la crédibilité, il leur en enlève, il empire le déficit de crédibilité de la CAQ en faisant une affirmation qui est très grave, a lancé le chef péquiste, de passage à Sept-Îles. Cet homme ne me paraît pas crédible!»

C’est un autre candidat de la CAQ qui «déçoit», selon Jean-François Lisée, qui a été interpellé durant sa conférence de presse sur la Côte-Nord par un homme qui criait «le PQ, c’est fini!».

 

RÉACTIONS

Ian Lafrenière a dû préciser le fond de sa pensée, dimanche, devant les médias, après ses déclarations de samedi.
Capture d'écran, TVA Nouvelles

«Cette proposition de mettre en ballottage les chefs de police du Québec, c’est des intentions d’ingérences qui sont extrêmement graves pour un leader politique»

— Philippe Couillard, premier ministre libéral sortant


Ian Lafrenière a dû préciser le fond de sa pensée, dimanche, devant les médias, après ses déclarations de samedi.
Photo Pierre-Paul Poulin

«On aurait pensé que Ian Lafrenière leur donnerait de la crédibilité, il leur en enlève, il empire le déficit de crédibilité de la CAQ en faisant une affirmation qui est très grave»

— Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

– Avec Marc-André Gagnon