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Le Québec contre Donald Trump

Donald Trump
Photo AFP Donald Trump

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Ne soyons pas dupes : l’idée d’une conférence de presse pour défendre le système canadien de gestion de l’offre n’était pas de Philippe Couillard, Jean-François Lisée et Manon Massé, mais un événement organisé par l’Union des producteurs agricoles, le monopole syndical qui représente, veut, veut pas, les agriculteurs québécois.

La rencontre de vendredi se tenait à l’UPA, et le premier rôle revenait à Marcel Groleau, son président. Les autres faisaient potiches. Au fond, François Legault l’a échappé belle.

Rien d’étonnant à cela, car Québec a souvent sous-traité la gestion de l’agriculture à l’UPA.

Je n’arrive pas à me faire une tête sur la gestion de l’offre.

En principe, je m’oppose à ce qui réduit la concurrence quand le consommateur paie la note au final, mais l’agroalimentaire n’est pas une « industrie » comme les autres.

Fermes familiales

Assurer la pérennité des fermes à échelle humaine m’apparaît un juste et prudent combat. J’habite une région 100 % agricole et je me désole de voir ces fermes familiales anciennes transformées, pour survivre, en mégas entreprises spécialistes du maïs et du soja transgéniques, au lieu de pouvoir diversifier leurs cultures, l’assiette des gens en tête.

Malgré la gestion de l’offre, le Québec a quand même perdu 880 fermes laitières depuis 2010.

Et puis, il y a d’autres façons de réduire le prix du lait.

La gestion de l’offre détermine les prix payés aux producteurs canadiens. Les prix au détail sont fixés par la Régie des marchés agricoles du Québec, qui décide que le prix minimum du 4L de 2 % au Québec sera 6,58 $, alors qu’en Ontario, c’est 4,27 $.

Quel show de boucane cette conférence de presse. Un coup d’éclat politique, mais surtout une démonstration de l’utilité de l’UPA. Mais cela ne changera rien à rien. Tous le savent.

Justin Trudeau prendra ses décisions à partir de mathématiques électorales, pas en fonction des états d’âme de tout un chacun. Quelles pertes d’emplois ou recul du PIB lui feront le plus mal en 2019 s’il cède à Trump ?

Au fond, Trump redoute qu’il cède. Rappelez-vous sa sortie post-G7, enragé par les paroles du premier ministre : « cela va coûter beaucoup d’argent aux Canadiens. » De plus, l’homme est réputé être rancunier à l’extrême, n’oublie rien et ne pardonne jamais, même post-mortem, n’est-ce pas « esprit de John McCain » ?

Le bout du bâton

S’il n’y a pas d’entente avec le Canada, Trump imposera des tarifs aux autos – surtout américaines – fabriquées au Canada, ajoutant lors d’un rallye délirant en Indiana, jeudi « ce serait probablement mieux qu’une entente. »

Hier, il a menacé d’annuler l’ALENA au complet si le Congrès refuse d’approuver une entente qui exclurait le Canada, ce qui confirme encore son penchant autoritaire.

Dans cette optique, je doute que nos Tres Amigos de la conférence de presse tiennent le gros bout du moindre bâton.

Manon Massé a dit pendant la conférence de presse que les Québécois seraient mieux servis par un État indépendant. Avec cet optimisme, je lui suggère la culture du navet au Nunavik.