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Les anti-lapins

0902 Martienau
Photo courtoisie, Défi OSEntreprendre Alexandre Brazeau (à droite) avec son cousin Francis Leblanc

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Une lectrice m’a écrit cette semaine pour me demander pourquoi je déteste autant les jeunes.

« Dans vos textes ironiques sur les petits lapins, on sent chez vous un mépris de la génération des milléniaux... »

Un projet ambitieux

Rassurez-vous, madame, je n’ai rien contre les jeunes.

J’en ai contre certains jeunes. Vous voulez que je vous parle d’un jeune qui m’a super impressionné, cette semaine ?

Alexandre.

Ce gars de 25 ans est serveur à l’excellent restaurant Béatrice, sur la rue Sherbrooke à Montréal.

Entre deux plats servis avec un sourire ravageur, Alexandre m’a parlé d’un projet qu’il a mis sur pied avec son cousin Francis Leblanc : une ferme d’huîtres aux Îles-de-la-Madeleine.

On peut maintenant consommer d’excellents produits québécois (dont de la vodka et du gin), mais on ne peut pas manger d’huîtres québécoises. Ces deux gars ont décidé de remédier à la situation. Avec Carlo Éloquin, de Grande-Entrée Aquaculture, ils vont élever des centaines de milliers d’huîtres dans la baie d’Old Harry.

Ça fait deux ans que les cousins travaillent d’arrache-pied sur ce projet, et dans trois ans, leurs premières huîtres seront prêtes à être consommées. Il faut entendre Alexandre parler de son projet. Le gars a de l’ambition à revendre, il ne vise pas que le marché québécois, il veut prendre l’Asie d’assaut !

En attendant, comme Nicolas Duvernois qui lavait des planchers la nuit pendant qu’il concoctait sa fameuse vodka PUR, Alexandre bosse dans un resto pour gagner sa croûte.

Après quelques minutes, ma femme et moi étions prêts à investir.

Lors du dernier Gala des Grands Prix Desjardins, qui célèbre les lauréats nationaux du Défi OSEntreprendre, Alexandre et Francis ont remporté une bourse de 20 000 dollars remise par la ministre de l’Économie, des Sciences et de l’Innovation, Dominique Anglade.

Bâtir l’avenir

Ça, c’est le genre de jeunes que j’aime !

Pas un petit lapin hyper fragile qui se roule en boule à la moindre critique et au premier refus, et qui crie à l’appropriation culturelle parce qu’un Blanc ose — scandale ! — vendre des sushis, du couscous ou des tacos, mais un gars qui voit loin, qui croit en lui et qui défonce des portes.

« La situation n’est pas facile en région, m’a dit Alexandre. Les jeunes quittent et partent faire leur vie en ville. Or, nous, nous voulons créer des emplois là-bas, montrer qu’on n’a pas besoin de s’exiler à Québec ou à Montréal pour concrétiser ses rêves. »

Des jeunes comme ça, j’en veux à la pelle. Ils m’inspirent et me donnent confiance en l’avenir.

Alexandre Brazeau et Francis Leblanc ne perdent pas leur temps à insulter les gens qui font la file indienne au TNM. Ils bossent. Ils travaillent. Ils rêvent.

Ils construisent le Québec de demain. Malheureusement, ces jeunes-là, on les voit et les entend trop peu dans les médias.

On préfère donner la parole à des « indignés » et à des « offensés » qui, du haut de leur ignorance crasse et de leur méconnaissance de l’Histoire, sermonnent le « bon peuple » comme de vieux curés.

Je méprise les jeunes, madame ?

Faux. Je méprise certains jeunes, que les vieux nostalgiques des années 60 adorent, car ils parlent comme eux.