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Mafioso déclaré mort par la cour

Le consigliere du clan Rizzuto n’a jamais été retrouvé par la police depuis son enlèvement en 2010

Opération Colisée
Photo d'archives Paolo Renda, l’ancien consigliere de la mafia montréalaise, photographié lors de son arrestation par les policiers de la Gendarmerie royale du Canada dans le cadre de l’opération Colisée, en novembre 2006.

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Le décès de l’ancien consigliere de la mafia montréalaise, disparu depuis son kidnapping en 2010, a finalement été confirmé par les tribunaux même si la police n’a jamais retrouvé son corps.

Après une première demande rejetée en 2013, la Cour supérieure a accordé la seconde requête de la conjointe du mafioso Paolo Renda, Maria Rizzuto, dans un jugement passé inaperçu l’hiver dernier.

Le juge Brian Riordan a déclaré que Renda – beau-frère du défunt parrain Vito Rizzuto – « est décédé à Montréal le 20 mai 2010 », le jour de son enlèvement, dans cette décision succincte que Le Journal a pu consulter.

L’entrepreneur en construction a longtemps été considéré comme le numéro 3 de la mafia et le « financier » du clan Rizzuto.

Respecté dans le monde interlope, Renda y exerçait une « autorité morale » en arbitrant des conflits et percevait « de l’argent provenant de la commission de crimes », selon des documents de l’opération Colisée lors de laquelle il fut arrêté par la Gendarmerie royale du Canada en 2006.

Faux policiers

Le 20 mai 2010, trois mois après sa sortie du pénitencier, l’homme de 70 ans est allé jouer au golf avant de se rendre au complexe funéraire Loreto, propriété de sa famille. Sur place, il a appelé sa conjointe vers 13 h, pour l’aviser qu’il passait acheter des steaks avant de rentrer à la maison.

Quelques heures plus tard, à 500 mètres de la résidence familiale, son gendre a trouvé la voiture du disparu sur le boulevard Gouin : les portières déverrouillées, les vitres baissées, la clé dans le contact et la viande encore sur la banquette.

Des travailleurs de la construction ont dit avoir vu la victime partir avec deux hommes de grande taille à bord d’une auto noire munie de gyrophares, laissant présager que les ravisseurs s’étaient fait passer pour des policiers en civil.

Clan décimé

Cinq mois avant la disparition de Renda, son neveu Nick Rizzuto Junior avait été assassiné. Cinq mois après l’enlèvement, c’est le « patriarche » du clan, Nicolo Rizzuto, qui fut tué par balle dans sa maison. À ce moment, le parrain Vito Rizzuto était incarcéré aux États-Unis pour avoir comploté trois meurtres.

Paolo Renda n’a jamais donné signe de vie ni effectué de transaction financière. Aucune rançon n’a été réclamée par ses ravisseurs. Il ne détenait pas d’assurance vie non plus.

Si la deuxième requête judiciaire de sa famille n’a semblé qu’une formalité, c’est que les tribunaux canadiens consentent à rendre un jugement déclaratif de décès lorsqu’il s’est écoulé au moins sept ans après la disparition d’une personne.


Le Journal a déjà rapporté que le caïd Giuseppe Ponytail De Vito a été soupçonné par la police d’avoir été mêlé à cette affaire qui n’a jamais été élucidée. En 2013, De Vito est mort empoisonné au cyanure, au pénitencier de Donnacona.

 

Qui était Paolo Renda ?

  • Né en Italie le 10 septembre 1939
  • Marié avec la fille de Nicolo Rizzuto, Maria, le 5 septembre 1964, à Montréal
  • Condamné à quatre ans de prison, le 28 janvier 1972, pour avoir incendié son salon de coiffure de Boucherville avec l’intention de frauder ses assureurs
  • Dès la fin des années 1970, il aide son beau-père Nicolo Rizzuto et son beau-frère Vito Rizzuto à prendre la tête de la mafia montréalaise, en prenant part aux décisions importantes du clan
  • Il habitait une résidence cossue de la rue Antoine-Berthelet, dans le secteur Cartierville, située entre celles de son beau-père et de son beau-frère
  • Entre 2002 et 2006, lors de l’opération Colisée de la GRC, il est filmé à 51 reprises au café Consenza, le quartier général du clan Rizzuto, en train de participer à des transactions financières douteuses et d’accepter des liasses d’argent
  • En avril 2004, la GRC l’enregistre en train de remettre à l’ordre le mafioso Lorenzo Giordano après que celui-ci ait tiré un projectile d’arme à feu dans les testicules d’un trafiquant d’héroïne au restaurant Le Globe
  • En novembre 2006, il est l’un des six leaders mafieux arrêtés dans l’opération Colisée, avec Nicolo Rizzuto, Francesco Arcadi, Rocco Sollecito, Lorenzo Giordano et Francesco Del Balso – du groupe, seuls Arcadi et Del Balso n’ont pas été assassinés depuis
  • En septembre 2008, Renda plaide coupable à des accusations de gangstérisme et de recel de sommes d’argent provenant de la criminalité ; il obtient sa libération conditionnelle en février 2010 après avoir été emprisonné durant près de trois ans et demi
  • En 2012, durant la commission Charbonneau, il est identifié comme l’un des mafiosos qui se partageaient une « commission » de 2,5 % que de nombreux entrepreneurs en construction remettaient au clan Rizzuto sur les contrats publics qu’ils recevaient de la Ville de Montréal en participant à un stratagème de collusion