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L’accord États-Unis-Mexique : les bons côtés

L’accord États-Unis-Mexique : les bons côtés
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Après la Seconde guerre mondiale, les pays du monde non communiste se sont réunis pour décider du modèle international à mettre en vigueur. Du 21 novembre 1947 au 24 mars 1948, la conférence de La Havane a mené à l’adoption d’une charte.

Ce projet (que j’ai synthétisé dans un billet l’an dernier) visait un commerce international qui soit mis au service du développement humain. Il est extrêmement dommage qu’il n’ait jamais pu être en vigueur : le Congrès américain a refusé de ratifier la charte.

C’est plutôt sur la voie du commerce agressif que le monde est embarqué. Le libre-échange, bien plus qu’un principe économique, est devenu un régime réglementaire pour imposer la religion de la concurrence dans toutes les sphères de nos vies, et pour libérer maximalement les grandes entreprises, en faire des puissances souveraines et empêcher la force politique d’agir contre elles. C’est ce système que je dénonçais dans mon dernier livre, Despotisme sans frontières, et dans une récente entrevue pour Le Figaro.

Les États-Unis, qui ont aspiré à mener d’une main impériale cette mondialisation, semblent désormais en être victime. L’Asie – qui était au centre des attaques verbales de la campagne présidentielle de Donald Trump – semble désormais en être la principale gagnante. Nous en avons eu un exemple récemment lorsqu’en parallèle à l’échec lamentable du G7 à La Malbaie, l’Organisation de coopération de Shanghai sortait victorieusement de sa rencontre à Quingdao, en Chine.

Il est à ce titre plutôt ironique d’entendre un président américain dénoncer les globalists, comme il le fait à l'occasion. Le monde à l’envers !

Nous pouvions nous demander à quoi aller ressembler un traité commercial portant le sceau trumpien. Comme plusieurs pans de sa présidence, l’accord États-Unis-Mexique est paradoxal. Voyons, aujourd’hui, quels en sont les bons côtés (je reviendrai demain sur les aspects négatifs).

Sur l’industrie automobile

Les bons côtés sont loin d’être négligeables, et innovent grandement par rapport à ce à quoi nous étions habitués en matière de traités.

En premier lieu, on remarquera que, selon le texte, 75 pour cent des parts des véhicules devront être produites en Amérique du Nord (contrairement à 62,5 pour cent dans l’ALÉNA), et que 40 à 45 – c’est faible, mais c’est un début - pour cent des pièces circulant devront être fabriquées par des travailleurs payés 16 dollars (minimalement) par heure. Ce traité établirait donc un véritable salaire minimum. Une contravention à ces normes mènerait à l’établissement de tarifs douaniers.

Dès les premières années de l’ALÉNA, les entreprises (dont plusieurs étaient très polluantes) du sud des États-Unis ont été délocalisées au Mexique afin de profiter de leurs normes sociales et environnementales, beaucoup plus faibles qu’au nord de la frontière, mais aussi d’une main-d’œuvre bon marché.

En 2017, le travailleur mexicain moyen était, dans l’industrie automobile, payé 2,25 dollars de l’heure, contre 21 dollars pour le travailleur américain. C’est donc peu dire que les États-Unis et le Mexique ne s’affrontaient pas à armes égales.

Trump a donc réussi son pari, celui de rééquilibrer le jeu, et ces nouveautés ne devraient pas déplaire au nouveau gouvernement de gauche du Mexique.

Le Mexique a aussi accepté d’adopter des mesures législatives pour renforcer ses conventions collectives. Des travailleurs mieux organisés ne peuvent que mieux arracher des concessions et des avantages.

Une partie du milieu syndical américain serait satisfaite des actions de l’administration Trump, qui aurait adopté leurs suggestions, et qui aurait désormais accès la Maison-Blanche, une situation tranchant avec les relations difficiles, sur la question du commerce, sous Obama.

Sur la protection des investisseurs

Un des éléments les plus problématiques de l’ALÉNA était son chapitre 11, qui, au nom de la protection des investisseurs, permettait à de grandes entreprises de poursuivre les États qui adoptaient des politiques portant atteinte à leurs profits. Est-ce à dire que toute politique environnementale ou sanitaire peut être visée ?  Tout indique que oui.

Ledit chapitre 11 est éliminé de la nouvelle mouture du traité. Des procédures similaires sont hélas toujours en vigueur dans les secteurs du pétrole, des infrastructures, de l’énergie et des télécommunications. Cependant, le nouveau texte stipule que, dans une pléthore d’autres secteurs, la possibilité de poursuivre les États soit considérablement limitée.

Il élimine aussi plusieurs privilèges dont dispose l’investisseur pour renverser la démocratie. Ce dossier est cependant toujours en discussion, et le Canada est très peu chaud à l’idée d’éliminer les dispositions du chapitre 11 de l’ALÉNA, et ce, même si c’est le pays qui a eu droit au plus grand nombre de poursuites.

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Demain : les mauvais côtés de l’accord États-Unis-Mexique.