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Le bar d’un candidat de la CAQ accumule les infractions

La CAQ largue son candidat dans Saint-Jean, dont l’établissement accueillait illégalement des mineurs

Sur cette photo qu’il a publiée fin août sur sa page Facebook, Stéphane Laroche prend la pose devant sa propre pancarte électorale, où on le voit à côté du chef de la CAQ, François Legault.
Photo tirée de la page Facebook de Stéphane Laroche Sur cette photo qu’il a publiée fin août sur sa page Facebook, Stéphane Laroche prend la pose devant sa propre pancarte électorale, où on le voit à côté du chef de la CAQ, François Legault.

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La Coalition avenir Québec a montré la porte mardi à son candidat Stéphane Laroche, propriétaire d’un bar qui s’est fait pincer à de multiples reprises pour avoir servi des mineurs en plus d’enfreindre la Loi sur l’équité salariale.

«Sérieuses lacunes à l’égard du contrôle des mineurs à l’établissement», «engagement non respecté», «cas de multiples récidives» nécessitant «une sanction qui comprend des considérations punitives et exemplaires». Le moins qu’on puisse dire, c’est que Stéphane Laroche s’est fait taper sur les doigts à répétition par la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) dans les dernières années.

Son bar, O’Bock, situé à proximité du cégep Saint-Jean-sur-Richelieu, s’est retrouvé à quatre reprises devant la Régie pour des manquements concernant les mineurs, selon des documents consultés par notre Bureau d’enquête. Au début de l’année, l’établissement s’est même vu imposer une sanction doublée en raison de manquements répétitifs.

Le bar a également été sanctionné l’an dernier par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour ne pas s’être «acquitté de ses obligations en matière d’équité salariale». L’entreprise n’a pas réalisé de démarche pour assurer l’équité salariale alors qu’elle avait plus de 10 employés.

Au début 2017, la RACJ a également tapé sur les doigts du commerce pour des publicités incitant à une consommation d’alcool non responsable, notamment une faisant la promotion du jeu beer pong.

La version change

Questionnée mardi en mi-journée par notre Bureau d’enquête, la Coalition avenir Québec (CAQ) a d’abord affirmé avoir confiance en M. Laroche, qui portait les couleurs du parti dans la circonscription de Saint-Jean, en Montérégie.

Le porte-parole Mathieu St-Amand nous a dit que la CAQ était au courant des problèmes du bar.

«M. Laroche a été entièrement transparent. Ça ne le disqualifie pas pour occuper une fonction publique», a-t-il affirmé dans un premier temps.

Le ton a changé complètement quelques heures plus tard. La formation a affirmé par communiqué que son chef François Legault avait demandé à M. Laroche «de retirer sa candidature en vue de l’élection du 1er octobre, ce qu’a accepté ce dernier».

La CAQ a affirmé dans son communiqué que M. Laroche «n’a pas été transparent» lors du processus de mise en candidature. Elle l’accuse d’avoir caché «plusieurs informations».

«Le manque de transparence et le non-respect de l’équité salariale n’ont pas leur place au sein de la CAQ», a de plus indiqué le parti.

M. Laroche est actuellement le seul actionnaire et administrateur du bar O’Bock, selon le Registre des entreprises du Québec.

Temporairement fermé

Au début juillet, le bar a annoncé qu’il allait fermer ses portes, mais un article publié au début août dans le journal Le Canada français indiquait que la fermeture n’était que temporaire.

Sur le site web de la CAQ, M. Laroche était présenté comme un «gestionnaire altruiste et généreux».

«Ce père de deux jeunes enfants est la personne qu’il nous faut pour faire des gains concrets et défendre les familles de la circonscription de Saint‐Jean», pouvait-on lire.

– Avec Charles Lecavalier, Bureau parlementaire

 

Plusieurs condamnations

12 décembre 2011

RACJ

► Suspension d’un jour du permis du bar

La compagnie «n’a pas pris les mesures appropriées pour empêcher la présence de mineurs dans son établissement, puisqu’une jeune mineure a réussi à se faufiler à l’intérieur, par l’escalier de l’entrée».


14 juillet 2014

RACJ

► Suspension de trois jours du permis du bar

«Malgré les mesures de contrôle additionnelles mises en place par M. Laroche, une personne mineure a réussi à entrer dans le bar le 12 décembre 2011, une autre le 25 août 2012 et une troisième le 6 juillet 2013.»


27 juin 2017

CNESST

► Le bar se fait épingler pour ne pas avoir réalisé un «exercice d’équité salariale» tel qu’exigé pour les entreprises de plus de 10 employés.

«La Commission exige que l’employeur [...] détermine les ajustements salariaux nécessaires afin d’accorder, pour un travail équivalent, la même rémunération.»


12 février 2018

RACJ

► Suspension de six jours du permis du bar. La sanction est doublée «en prenant en considération l’historique problématique de l’exploitation».

«Deux mineurs ont été interceptés à l’établissement de la titulaire le 6 avril 2015. [...] Un des mineurs a pu consommer des boissons alcooliques sans qu’aucune vérification soit effectuée à son égard.»


Autre infraction

Le 2 octobre 2017, la RACJ a fait parvenir au bar un «avis au titulaire» pour une liste de prix non affichée, une publicité annonçant la consommation gratuite de boissons alcoolisées et des publicités incitant à la consommation non responsable, à savoir le jeu de beer pong.