/misc
Navigation

Marguerite Blais se frappera à un mur à la CAQ, prédit Hébert

Marguerite Blais se frappera à un mur à la CAQ, prédit Hébert
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Marguerite Blais serait rapidement marginalisée dans un éventuel gouvernement caquiste, prédit l’ancien ministre péquiste de la Santé Réjean Hébert, qui affirme que la CAQ l’a recrutée pour faire un «coup de marketing».
 
«Elle avait une place marginale dans le gouvernement libéral. Elle en aura probablement une dans le gouvernement de la CAQ», a-t-il soutenu lorsque Le Journal l’a joint à Montréal mardi.
 
«Je l’aime bien, Marguerite, là», note M. Hébert, médecin gériatre devenu en 2017 doyen de l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM).
 
En 2007, M me Blais, alors ministres responsable des aînés du gouvernement Charest, avait d’ailleurs confié à M. Hébert —de concert avec qu’à la professeure en service social Sheila Goldbloom— le soin de mener une Consultation publique sur les conditions de vie des aînés.
 
Marguerite Blais se frappera à un mur à la CAQ, prédit Hébert
Capture d'écran

Aux yeux de M. Hébert, Mme Blais n’a pas «occupé dans le passé des postes clés au gouvernement» et, par conséquent, n’a pas «obtenu des concessions importantes» pour les personnes âgées. «Et ça a l’air à vouloir continuer», observe-t-il.

«La CAQ a fait un coup de marketing en allant chercher Marguerite. Je ne suis pas sûr que ce soit un mariage qui va tenir la route une fois que la CAQ sera au pouvoir, si la CAQ est élue.»
 
Engagement étonnant
 
«Moi, connaissant bien Marguerite, j’ai été très étonné qu’elle s’engage avec la CAQ. Déjà qu’elle ait été avec les libéraux dans le temps, ça avait été très difficile. Parce qu’elle avait des idées plus progressistes qu’[eux]. Avec la CAQ, je pense que ça va être plus dur encore.»
 
«En tout cas, je lui souhaite bonne chance dans un éventuel gouvernement Legault. Je ne suis pas sûr qu’elle et ce parti soient sur la même longueur d’ondes.»
 
M. Hébert dit imaginer une discussion entre M me Blais et l’économiste Youri Chassin, candidat caquiste dans Saint-Jérôme et connu pour ses positions libertariennes, au sujet de la future Politique de la proche aidance que la CAQ a promise mardi.
 
«Je pense qu’ils auraient du mal à trouver un terrain d’entente.»
 
«Perversion» des crédits d’impôt
 
 
L’universitaire en a contre la formule choisie des «crédits d’impôt pour les proches-aidants», une mauvaise manière de les aider, estime-t-il.
 
«Les crédits d’impôt, c’est pas une mesure de solidarité sociale, c’est une mesure pour stimuler l’économie». Il déplore qu’on soit «en train de l’adapter à toutes sortes de sauces».
 
Selon lui, cette mesure est conçue pour «orienter des décisions de consommation, pas pour orienter des services de santé, de garderie ou autre!»
«C'est une perversion du crédit d’impôt, dans l’optique néo-libérale».
 
Comme en Alberta
 
Il y voit d’abord une manière pour l’État de se désengager. Au fond, le message qu'envoie ce type de mesure est: «Faites ce que vous voulez, débrouillez vous avec vos troubles, et nous on va vous donner un crédit d’impôt pour soulager un peu la facture.» M. Hébert estime que «ce que les proches-aidants veulent, c’est plus de services».
 
Le crédit d’impôt à la proche aidance, doublé du projet «public privé» des maisons des aînés, annoncent une volonté d’un éventuel gouvernement caquiste de se désengager: «Ils ne le diront pas, mais c’est un retrait de l’État des services à domicile. Comme l’Alberta l’a fait. [...] Ce n’est pas le gouvernement albertain qui s’en occupe, ce sont des organisations charitables qui assurent les soins à domicile des personnes âgées.» 
 
Ce désengagement découlerait logiquement, entre autres, de la loi canadienne sur la santé: Celle-ci «prescrit des services hospitaliers et médicaux». Or, les soins à domicile, «ce n'est pas dans la loi canadienne et il y a des provinces, comme l’Alberta, qui ne se sont pas engagées et d’autres, comme le Québec, qui sont en train de se désengager».
 
Même QS
 
M. Hébert trouve étrange que même Québec solidaire, parti qui se dit à gauche, ait annoncé mardi qu’il optait pour un modèle centré sur les crédits d’impôt. Notamment ceux pour «maintien à domicile des aînés» et pour «les aidants naturels d'une personne majeure».
 
«C'est curieux de la part de QS», a commenté M. Hébert, qui a été ministre de 2012 à 2014.
 
Dans le rapport «Préparons l’avenir avec nos aînés» de 2008, M. Hébert, à titre de coprésident de la Consultation sur les conditions de vie des ainés, prônait la création d’une prestation de soutien à l’autonomie (PSA) qui serait «basée sur les besoins des personnes et non sur le milieu de vie où elles habitent».
 
500 millions?!
 
Sa recommandation, restée lettre morte, nécessitait des investissements massifs que le principal intéressé avait estimé à 500 millions «si l'État fournissait 40 % des besoins, ce qui est à mon avis un seuil minimal», selon ce qu’il avait soutenu à l’époque.
 
Ses recherches l'amenait à conclure que l'État au Québec ne fournit que 10 % des besoins en lien avec le soutien à domicile.
 
M. Hébert l’avait précisé pour la première fois le 5 mars 2008,en pleine conférence de presse de présentation du rapport, ce qui avait eu suscité un malaise chez la ministre Marguerite Blais, présente à ses côtés.
«Évidemment, quand on parle de 500 millions, il faut que j'aille voir M me Jérôme-Forget [présidente du Conseil du trésor à l’époque] et que je lui dépose cette recommandation», avait-elle répondu, indisposée.
 
M. Hébert se rappelle que lors de la consultation, «les personnes âgées nous ont dit "on veut rester à domicile le plus longtemps possible et obtenir les services dont on a besoin"».
Sur ce plan, «par rapport à la situation d’il y a 10 ans, on n’a pas fait de progrès. C’est toujours le parent pauvre du système».
 
Assurance autonomie
 
D’où son engagement en politique en 2012 auprès de Pauline Marois et du Parti québécois. 
 
Son projet était de «renverser cette situation en investissant massivement dans les soins à domicile».
 
Ministre, il a défendu un type de prestation «sur le modèle des assurances sur les soins à long terme qu’on retrouve en Allemagne, en Corée du sud, au Japon, en Belgique, en Autriche, bref dans tous les pays qui ont fait face au vieillissement».
 
Cette solution était déjà dans le Rapport de la consultation publique de 2007-2008 mais ne portait pas le nom d'«assurance».
 
«Je l’avais mis sur la table et j’ai essayé de faire adopter lorsque j’étais au gouvernement. Mais il m’a manqué six mois!»