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Le petit chaperon rouge

23 avril 2007

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Lise Payette a été chroniqueuse au Journal de 2004 à 2007. En sa mémoire, nous publions aujourd’hui trois chroniques qui sont représentatives de la relation qu’elle avait développée avec ses lecteurs.



La composition du Conseil des ministres rendue publique par Jean Charest la semaine dernière a donné matière aux loups pour hurler leur mécontentement.

Ils ont parlé de l’incompétence de la ministre des Transports, pharmacienne, confrontée aux viaducs qui s’effondrent et aux routes qui rappellent le tiers monde. Comme si ce n’était pas des hommes qui les avaient construits. Ils ont brandi le manque d’expérience des nouvelles ministres. Comme si un homme parfaitement incompétent ou sans expérience n’avait jamais été nommé ministre ou à un autre poste important. Les journaux sont pleins de ces nominations chaque semaine.

Le petit chaperon rouge n’a plus peur du loup. Il est prêt à faire face. Le petit chaperon rouge est allé à l’école. Il est instruit et bardé de diplômes. Il assume les responsabilités qu’on lui confie et s’est montré digne de la confiance qu’on lui porte.

J’ai écrit que « les femmes travaillent plus et mieux que les hommes ». J’ai failli me faire crucifier à cause de cette phrase. Je la maintiens pourtant. Les femmes ont-elles le choix ? Elles ne peuvent pas dormir sur leurs lauriers car elles doivent constamment prouver qu’elles méritent le poste qu’on leur a confié. Elles travaillent toujours plus et mieux.

Si elles avaient le choix, peut-être qu’elles finiraient par faire comme les hommes et qu’elles cesseraient de se croire obligées de faire leur preuve encore et encore. Mais nous n’en sommes pas là.

Il m’est arrivé souvent, au cours de conférences, pour faire comprendre la situation ridicule dans laquelle se trouvait l’Assemblée nationale du Québec, de demander aux gens quelle serait leur réaction si la dite assemblée était composée de 105 femmes et de cinq hommes. C’était le rire assuré après cette question. Le contraire, 105 hommes et cinq femmes, comme c’était le cas en 1976, ne faisait pourtant rire personne. [...]

Le pouvoir est masculin

Le pouvoir politique est masculin dans presque tous les pays du monde, sauf de très rares et fragiles exceptions. Le pouvoir économique est masculin. Les femmes sont bien rares dans les structures économiques telles qu’on les connaît. Elles se battent encore pour accéder aux conseils d’administration d’entreprises qui inventent sans cesse de nouveaux motifs pour les tenir éloignées.

Le pouvoir religieux est masculin. Toutes les religions sont des chasses gardées masculines. Des structures pratiquement immuables qui visent la soumission des femmes autant chez les catholiques que dans l’Islam. Seuls les moyens diffèrent.

Le pape Benoit XVI a confirmé récemment l’existence de l’enfer. En entendant la nouvelle, les femmes ont souri. Elles espèrent que l’enfer sera réservé seulement aux hommes comme le reste de la religion, car pour plusieurs d’entre elles, leur enfer, elles l’ont vécu sur terre. [...]

Quant à l’égalité des femmes, disons que le geste de Jean Charest envers les femmes a l’air absolument révolutionnaire comparé à ceux de Benoit XVI. Les femmes, il faudra toujours s’en souvenir, s’en vont, d’un pas tranquille, à leur rythme, vers l’égalité. Quand un homme, quelque part, prend le temps de les appuyer ou de les aider, elles savent le reconnaître et le remercier d’être de leur côté.

Les loups peuvent bien hurler. Il y a longtemps qu’ils ne font plus peur à personne.